Africains de la diaspora - Africa Nouvelles

A la mémoire des victimes! 

Le 13 décembre, a été commémoré à Firenze, le 2ème anniversaire de l'assassinat des sénégalais Samb Modou et Mor Diop, tués à Piazza Dalmazia, par la main meurtrière de Gianluca Caseri: un italien sympathisant du mouvement d'extrême droite Casa Pound. Trois autres compatriotes furent également grièvement blessés:  Mbengue Cheikh, Sougou Mor et Moustapha Dieng, ce dernier, resté paralysé et contraint à vivre dans un centre pour handicapés.

altLe 13 décembre, a été commémoré à Firenze, le 2ème anniversaire de l'assassinat des sénégalais Samb Modou et Mor Diop, tués à Piazza Dalmazia, par la main meurtrière de Gianluca Caseri: un italien sympathisant du mouvement d'extrême droite Casa Pound. Trois autres compatriotes furent également grièvement blessés:  Mbengue Cheikh, Sougou Mor et Moustapha Dieng, ce dernier, resté paralysé et contraint à vivre dans un centre pour handicapés. .

La Communauté sénégalaise toute entière s'est resserrée pour commémorer leurs frères lâchement abattus, à  Piazza Dalmazia où une plaque rappelle les victimes. Une couronne et de nombreuses gerbes de fleurs ont été déposées par les dizaines de personnes qui sont venues rendre hommage aux victimes du lâche attentat.

altAu cours de la matinée, il y a eu aussi une manifestation de l'ANPI (Association Nationale des Partisans Italiens) et du syndicat CGIL (Confédération Générale des Travailleurs Italiens) et de l'ARCI (Association Récréative des Communistes Italiens) à laquelle a pris part le Secrétaire de la Chambre du Travail, Mauro Fuso.
Etaient présents le président du Conseil Municipal Eugenio Giani, le président du Quartier 5, Federico Gianassi et les conseillers Tea Albini, Susanna Agostini, Cecilia Pezza, Andrea Vannucci, Leonardo Bieber (Parti Démocratique), Valdo Spini, Eros Cruccolini (Sinistra per Firenze), Mario Tenerani (Forza Italia), Bianca Maria Giocoli (Noi con Matteo Renzi), et l'Honorable Riccardo Nencini qui, ensemble avec les nombreux citadins présents, se sont recueillis en une minute de silence, à la mémoire des victimes.
«Dommage qu'il y ait eu une double commémoration" a dit l'Association des Sénégalais: "La Commune pouvait attendre qu'on revienne de la mosquée".

altSon Excellence l'Ambassadeur du Sénégal, Mme Seynabou Badiane, qui a déclaré: "La lutte au racisme, nous la faisons ensemble avec la société et les institution italiennes, nous ne sommes pas seuls. Pour cela, je remercie l'Italie qui est un pays d'accueil où il y a de nombreux Sénégalais. Aujourd'hui, nous sommes ici pour rappeler ce qui s'est passé. il  y a 2 ans; un geste isolé, accompli par une personne pleine de sentiments racistes. Des sentiments que nous avons tous le devoir de combattre à tout prix".

Le Ministre de l'Intégration Cécile Kyenge est intervenue déclarant: "Aujourd'hui est une journée particulière pour Firenze parce que le 13 décembre d'il y a deux ans, est arrivé ce tragique épisode et je crois donc que c'est une journée contre la discrimination et contre il racisme. C'est une journée triste, mais aussi un jour où pouvoir repartir encore plus fort avec des valeurs unificatrices de l'Italie. Il serait juste qu'au lieu de crier et hurler, on commençât à faire la politique du silence pour faire entendre la voix des derniers. Les batailles des droits de l'homme devraient être les batailles de tous, elles ne sont ni de droite ni de gauche , ni de centre, elles  doivent être de tous les citoyens".
altAprès avoir réaffirmé son intention de poursuivre "la lutte pour la citoyenneté, une bataille de l'Italie", le ministre Kyenge a souligné l'importance du rôle "de qui est assis dans les institutions ou fait campagne électorale".
Pour elle, il s'agit d'œuvrer "pour laisser à nos enfants un pays qui respecte les droits de l'homme, qui soit centré sur les différences".
Et pour cela, il faut commencer par une politique de prévention, "par ce que peut faire l'école», a conclu le ministre de l'Intégration Cécile Kyenge, qui a également écrit au feutre, "Merci Madiba" sur le mur du souvenir dédiée à la mémoire de Nelson Mandela, et installé, quelques jours après la mort du père de la lutte contre l'apartheid, à Firenze, à l'intérieur du Palais des Sports qui porte son nom.

alt"Après le massacre du 13 Décembre 2011, on s'attendait à  des mesures des institutions, au niveau national et local contre le racisme, mais qui cependant ne  sont jamais arrivées. Et Casa Pound est encore libre de distribuer des prospectus dans les rues sans que personne ne fasse rien", a polémiquement dénoncé le porte-parole des Sénégalais de Firenze, Pape Diaw.
Et de renchérir se référant au cas de Moustapha Dieng, un des trois sénégalais grièvement blessés par Gianluca Caseri et qui est resté paralysé et contraint à vivre dans un centre pour handicapés: "Il n'y a pratiquement  personne qui va le voir; ce massacre est en train d'être oublié. Afin que cela ne se produise pas, il faut un engagement quotidien; il ne suffit pas de venir ici une fois par an pour faire la passerelle, le jour de l'anniversaire''.
La référence polémique, a ensuite expliqué le porte-parole de la communauté sénégalaise, est adressée aux représentants du Conseil municipal qui, dans la matinée, ont organisé une initiative indépendante pour commémorer les victimes de Gianluca Caseri. Une commémoration bipartite, à laquelle ont participé des représentants de la majorité et de l'opposition du Conseil municipal.

Mor Sougou, un des sénégalais survivants a fait une déclaration très émouvante:
"Merci au président de la République Giorgio Napolitano, qui nous a donnés la nationalité italienne. J'ai encore confiance aux Italiens. Ne nous oubliez pas. Ne nous abandonnez pas. Depuis deux ans,  après le massacre, je n'arrive plus à bien bouger les bras et je n'ai plus la même force qu'avant. Je ne travaille plus et je ne peux pas m'occuper de ma famille comme je le faisais avant. Je combat chaque jour avec la peur: mais j'ai trouvé tant d'amis, tant d'affection après ce qui s'est passé, et c'est contre cette peur que je veux continuer à me battre ".

Quant à Mme Ken, la femme de Samb Modou, une des victimes, face aux journalistes et aux caméras, après quelques mots, elle s'est mise à pleurer ne réussissant qu'à murmurer à peine: "Aujourd'hui, c'est un jour plein de douleur parce que ça me rappelle que mon mari ne reviendra plus jamais".

M. Kwami et Ndèye F. Seck

Vive les mariés!

Le 23 novembre à Orte, Marco Kéi et Florine Lobé se sont mariés. Nos meilleurs voeux de grand bonheur à ce jeune et splendide couple ivoirien!

altA 11h, à la Mairie d'Orte, l'union civile de Marco Kéi et Florine Lobé a été célébrée par l'Assesseur Angelo Ciocchetti, dans une atmosphère très détendue, qui a mis à l'aise tous les présents.

A suivi, à la Salle d'Orte Scalo, le rite religieux qui a été officié par Vincent Nobime, dont le sublime sermon a exhorté les deux époux à être une seule chair, Dieu ayant créé Eve de la cote d'Adam.

Puis ce fut la fête à gogo pour marquer la splendide journée que Marco Kéi et Florine Lobé ont offert à la communauté ivoirienne et africaine, accourue nombreuse pour leur témoigner toute la chaleur de leur affection. AUGURI AGLI SPOSI!!!

SOUS L’ARBRE À PALABRES

■ Raymond Lobé (Père de la mariée)

«Savoir que sa fille se marie, c'est un honneur mais cette fois, de par leur âge, l'honneur est double parce que, de nos jours, les gens ne se marient plus. Les gens cherchent à vivre ensemble sans se marier légalement parce qu'ils pensent que c'est la corde au cou.

J'ai servi en Italie toutes les communautés étrangères et notamment l'association ivoirienne dont j'ai présidé personnellement l'organigramme, surtout sans compter les innombrables dossiers que j'ai traités au niveau du syndicat CISL, depuis 1990. C'est un travail difficile mais attrayant dans la mesure où,  quand on aide quelqu'un, c'est une bonne chose. En tant que père, c'est un double honneur qui me démontre que mes efforts ne sont pas vains.

Le fait de voir sa fille se marier avec tous les étrangers présents pour concélébrer ce mariage, pas seulement les Ivoiriens mais d'autres africains dont des pasteurs togolais, béninois, c'est une très bonne chose. Et voir que c'est à Rome que ça s'est célébré, dans la capitale, c'est encore bien et ça m'a fait beaucoup plaisir.

Je souhaiterais que cela entraine beaucoup de mariages de jeunes parce que des "petits enfants" qui se marient, c'est très beau. On m'a dit qu'il y a d'autres mariages qui se feront parce que ça a suscité beaucoup de vocations. J'ai vu des jeunes avec leurs copines qui disaient: "Bientôt c'est notre tour!" ça a tellement réussi que tout le monde veut faire la même chose, disant que sans dépenser une fortune, on peut célébrer un grand mariage.

Tous les repas ont été faits à la maison, sans aller prendre de grands hôtels et restaurants. Simplement on a cuisiné, sélectionné les plats de chez nous, les repas italiens américains, et ça a été une réussite totale. Les gens ne voulaient plus partir ils étaient là, très tard, et voulaient aller jusqu'au petit matin.

Donc c'est l'exemple qu'il faut donner aux jeunes. On n'a pas besoin de millions pour pouvoir faire un mariage avec peu d'argent on peut faire un grand mariage c'est la volonté qui compte c'est pourquoi il faut permettre aux jeunes d'avoir la vocation de se marier ne pas toujours vivre ensemble car quoi qu'il en soit, il faut arriver à ce point».

■ Raymond KEI (Père du marié)

«C'est une très belle journée pour mon fils Marco et sa fraiche épouse Florine,  pour moi, pour nos deux familles Kéi et Lobé, et aussi pour tous les amis et la communauté ivoirienne, africaine et aussi italienne, qui a témoigné un élan de grande affection pour ce jeune couple qui aujourd'hui commence le chemin de vie de son foyer familial.

Comme père, je salue avec profond orgueil ce pas qu'on fait ces deux jeunes, de couronner leur amour par cet acte de témoignage face à la société.

Je leur souhaite tout le bonheur possible, tout en les rassurant que je serai toujours à leur côté, pour les accompagner dans le sentier de cette étape nouvelle de leurs jeunes vies, que nous souhaitons longue, prospère et pleine de joies».

Le Consulat mobile... mobilise!
Le Réseau des Associations de la Communauté Marocaine en Italie (RACMI ) porte à l'attention de la communauté marocaine dans la région de Toscane que le Consul général, Driss Rochdi informe que: «Le Consulat Général du Royaume du Maroc à Bologne organisera un consulat mobile, le 10 Novembre 2013 à Arezzo, à la Maison de la Culture, Piazza A. Fanfani 5 ( Parking Cadorna ) - 52100 Arezzo».

altL'objectif de ce déplacement est de permettre aux citoyens marocains résidant dans cette ville, et les villes limitrophes de la Toscane, de bénéficier des services consulaires sur place et sans devoir se rendre à Bologne (demandes de passeport ou carte d'identité, légalisation de documents, atestations, timbres fiscaux, etc.)

L'équipe du Consulat sera composé d'une douzaine de fonctionnaires, pour assurer le succès de cette opération.

«Tous les citoyens marocains sont invités à profiter de cela», explique le consul général.
Yassine Belkassem (RACMI)

Unique Consul d'un pays africain en Sardaigne!

COMMUNIQUE DE PRESSE

Par une disposition publiée dans le Journal Officiel n. 86/2013, le Ministre des Affaires Etrangères a concédé l’exequatur à l'avocate Gabriella Marogna, pour la désignation au titre de Consul Honoraire de la République du Sénégal.

altMadame Gabriella Marogna remercie le Président de la République du Sénégal, Son Excellence M. Macky Sall, qui, grace aux bons offices de Son Excellence l'Ambassadrice du Sénégal en Italie, Madame Seynabou Badiane, lui a permis de garder le role de Consul de la Ville de Sassari, soulignant ainsi de fait la haute considération que la République du Sénégal revet à l'endroit de l'Ile de la Sardaigne.

Une désignation qui est advenue en pleine harmonie avec ce qui se passe au Sénégal, où plusieurs femmes recouvrent des roles de dirigeantes et, en Italie également, ce sont elles qui représentent le Gouverenemernt Sénégalais.

Une charge qui honore le long chemin parcouru aux cotés de la Communauté sénégalaise car cela fait près de 10 ans qu'elle a canalisé sa profession, outre que vers les clients italiens, uniquement vers les immigrés sénégalais, s'engageant avec eux pour trouver une solution aux problèmes juridiques et sociaux mais surtout humains.

L’avocate Gabriella Marogna s'est rendue compte que quelque chose était en train de muter quand elle fut convoquée, pour la première fois, par le Ministre des Affaires Etrangères du Sénégal; ce fut la première d'une série de rewncontres institutionnelles; depuis lors, 4 années sont passées et sa désignation a traversé deux Presidents sénégalais, deux Ambassadeurs et deux Gouvernements italiens.

Au fil des années, son engagement a été exercé en harmonie avec la Convention de Vienne, pour ce qui est de la protection et l'assistance aux ressortissants de l'Etat d'envoi, ainsi que la promotion des investissements et paternariats, dans les rapports avec les Institutions italiennes, qui se sont d'ailleurs distinguées par une cordialité mutuelle.

Le Consul de la République du Sénégal estime qu'il s'agit d'une activité qui commence à partir du bas, géographiquement étendue et en mesure de créer des synergies dans divers domaines: politiques, économiques, culturels et sociaux.

Elle est consciente qu'il devrait y avoir une plus grande diffusion des idées, en partageant les cultures afin qu'on puisse arriver à la pleine intégration des peuples, à la redistribution progressive de la richesse et une augmentation souhaitable des investissements européens. L'avocate Gabriella Marogna retyient que c'est un remède possible pour freiner l'immigration clandestine et assurer le développement harmonieux des pays africains.

Le premier engagement a été une salutation amicale au Préfet de Sassari, le second, à la la réunion annuelle des Consuls en Italie, à laquelle a été invitée invitée Mme Gabriella Marogna et, à telle occasion, elle a rappelé les particularités d'être la seule consul d'un pays africain en Sardaigne.

La complexité, l'originalité et la nouveauté du Consulat nouvellement créé, mérite d'être approfondie lors d'une conférence qui sera prochainement réalisé et se tiendra à Sassari.

 

Le Consul Honoraire du Sénégal - S.E. Madame Gabriella Marogna

Consulat de la République du Sénégal - Siège de Sassari

Piazza del Rosario 9 - 07100 Sassari (SARDAIGNE) - Tél: 0792 3815679 - Fax: 0792 6093113


 

STATISTIQUES

- Sardaigne -

Résidents / Domiciliés Sénégalais en Sardaigne: 4000 dont 1/3 de seconde génération

Consulats africains en Sardaigne: 1 (Sénégal)

Consulats à Sassari: 1 (Sénégal)

Association des Sardes liées au Sénégal: plus de 25

En raison de la crise économique, les familles choisissent de retourner au Sénégal


- Sénégal -

Independence:  4 Avril 1960

Régime politique: République semi-présidentielle

Religion: Etat laïc avec liberté religieuse, en prédominance islamique soufi

Population: 12 millions d'habitants dont 42% des jeunes

Droits Humains: Egalité entre les femmes et les hommes depuis 1962

2012: Abolition du Sénat

Commerce extérieur: Droit d'importation française

Garantie constitutionnelle des investissements, des dépôts et de l'entreprise privée

Allégements fiscaux: suspension de la TVA et des crédits d'impôt

Produit Interne Brut (PIB):  22.000 USD 

Bande dessinée de grande destinée!  

"Aya" est une success-story d’une jeune fille de 19 ans qui vit à Abidjan, la capitale ivoirienne, plus précisément dans le quartier de Yopougon (Yop-City). Elle souhaite devenir médecin. C’est un récit qui commence en 2005, avec la sortie du premier tome et gagne le Premier prix du meilleur 1er album au Festival d’Angoulême.

Puis les différents tomes se succèdent jusqu’à arriver aujourd’hui au 6ème, qui clôture la série, ouvrant les portes au projet de réalisation d’un film. «Aya de Yopougon», c’est 450.000 tomes publiés pour les 5 premiers albums et la traduction en 15 langues. C’est une BD qui représente l’Afrique sous un jour des plus positifs. Votre journal Africa Nouvelles a rencontré Marguérite Abouet, à la présentation du 6ème tome d’Aya de Yopougon, au Centre Culturel Français de Rome, au cours d’une rencontre guidée et modérée par Mélanie Marchand.

Mélanie Marchand: Comment ça t’est venu de vouloir raconter des histoires. Quelle est l’origine de ce projet?

Marguérite Abouet: Moi même ce succès me tombe dessus. Je n’en reviens toujours pas. On n’a que des voyages dans plusieurs endroits, au cours desquels je rencontre des gens qui viennent m’entendre parler. Je suis émue à chaque fois. Comment ça a commencé? Moi je ne suis pas littéraire. Je n’avais aucune intention de faire de la BD. Moi ce que j’aimais faire, c’est raconter les histoires. A force d’en raconter aux enfants que je gardais quand j’étais plus jeune, les parents eux-mêmes me disaient à chaque fois: «Mais Marguérite pourquoi est-ce que vous n’écrivez pas, parce que vos histoires sont drôles».
En fait, au départ je racontais mes souvenirs de Yopougon. Je suis partie de la Côte d’Ivoire, à 12 ans et en plus un peu malgré moi. J’étais un peu Akissi, la petite sœur d’Aya. Dans ce quartier, je jouais au foot, je traumatisais un peu les gosses des voisins. J’avais mon grand-oncle qui était médecin en France qui venait chaque fois en vacances; il me voyait traîner dans la rue et il ne comprenait pas pourquoi. Il disait à mes parents qu’à Paris ça ne se passe pas comme ça. «Elle va mal finir si elle reste encore à Yopougon».
C’est ainsi qu’il a proposé à mes parents de me faire venir à Paris. Et j’avoue que je ne comprenais pas pourquoi ils étaient tous contents et surtout qu’étant la dernière de trois enfants, on  me laissait partir comme ça partir loin. J’ai donc beaucoup pleuré surtout pensant à certaines histoires qui se racontaient sur la France. Comme par exemple qu’il faisait tellement froid que les pipis gelaient sur place, ce qui fait que quand on était dans les toilettes, il fallait casser le pipi pour pouvoir sortir.
Ou que les Français vivaient avec des ours pour se couvrir la nuit. Ou encore que dans la journée, ils se baladaient avec des bâtons pour chasser les loups.
Je me sentais donc très malheureuse pendant que tout le monde autour de moi était content.

Mélanie Marchand: Comment ça a été alors le départ de Yop-City?

Marguérite Abouet: Avant de partir, je suis allée saluer tous les voisins et chacun avait quelque chose à me dire ou à me demander. Il y avait par exemple  des tanties qui disaient «là-bas est-ce que tu peux me trouver un blanc» ou des tontons qui voulaient des pains au saucisson. Et je me souviens d’une copine qui m’a disait: «Mais pourquoi tu pleures? Tu vas rencontrer ton amoureux Rahan». Je me suis dit «Bêh oui effectivement je vais peut-être voir Rahan». En fait, on était toutes amoureuses de Rahan. Il était beau, pas très couvert aussi (!) et il avait un couteau. Et c’est avec cette phrase de réconfort de ma copine que j’ai donc pris l’avion.

Mélanie Marchand: Quel a été l’impact de la petite go* de Yop-City que tu étais, avec Paris et la France?

Marguérite Abouet: J’arrive à Paris, il n’y avait pas de Rahan, les gens étaient habillés et il ne faisait pas froid: c’était un 30 août! Je suis entrée en classe de sixième et j’étais tellement triste d’avoir été enlevée de mon pays. J’ai toujours voulu garder cette partie de moi et il me fallait raconter ce que je faisais tout simplement quand j’étais là-bas.
Et c’est comme ça que j’ai commencé avec les enfants, d’abord avec ceux qui étaient dans ma classe. Pour me faire accepter,  je leur disais que je chassais les lions avec mon grand-père, je leur montrais d’ailleurs mes "cicatrices de serpent".
J’étais une grande star aussi et comme je jouais également au foot, tous me voulaient dans leur équipe. J’avais donc beaucoup de succès et tout le monde venait me voir pour que je leur raconte des histoires. Et moi je les contentais, parfois j’en ai beaucoup inventées. C’est donc comme ça que tout a commencé.

Mélanie Marchand: Quand est-ce que tu t’es donc mise à écrire?

Marguérite Abouet: En fait, l’écriture est venue plus tard. A 16 ans, j’avais une chambre de bonne et j’étais tellement contente de l’avoir. J’avais une vieille télé, donnée avec cette chambre; elle était tellement vieille qu’elle mettait deux heures pour s’allumer, ce qui fait que j’avais jugé bon de ne plus l’éteindre. Mais zut! Un soir, en pleine nuit, cette télé explose et je me suis retrouvée donc orpheline de ma boite de compagnie et je n’avais pas les moyens d’aller au cinéma ou autre. J’ai commencé à écrire.

En fait l’écriture ce n’est pas une passion, c’était une thérapie pour moi, une manière de ne pas devenir folle dans ces quatre murs. J’ai commencé à mettre mes souvenirs sur papier et puis j’y prenais goût. Tout ce qui m’arrivait dans le métro, les histoires que j’entendais, j’arrivais et j’écrivais. J’en ai tartinées de pas mal aussi. Voilà donc comment j’ai commencé à écrire.

Mélanie Marchand: Malgré le titre, «Aya de Yopougon», que tu as définie auto-fiction, n’est pas seulement l’histoire d’Aya mais celle de toute une communauté. Tu dis être plutôt Akissi mais dans quelles parts d’Aya tu t’identifies?

Marguérite Abouet: Oui, Aya c’est une auto-fiction, ce n’est pas vraiment elle l’héroïne de cette histoire mais il fallait un fil conducteur. Je dis souvent qu’Aya, c’est mon Tintin à moi. En fait, le héros de cette BD, c’est Yopougon, un quartier où il faut vraiment aller et dont on entend beaucoup parler parce que quand ça chauffe, ça vient de Yopougon. C’est un quartier d’un million de personnes, une petite ville dont les trois quarts sont des jeunes de moins de 18 ans.

Mélanie Marchand: A quelle période est située la BD «Aya de Yopougon»?

Marguérite Abouet: Je situe mon roman vers la fin des années 70. C’est fait exprès parce que je ne pourrais pas inventer. C’est un parti pris car je ne parle pas des guerres du sida. Moi j’ai eu cette chance de vivre à Yopougon en ce moment-là parce que c’était ouvert, c’était des petites maisons avec de grandes ruelles où on entrait un peu chez les voisins comme on voulait. Ce n’était pas comme aujourd’hui où ça a beaucoup changé: la population a triplé et les gens sont devenus beaucoup plus pauvres.
Ce n’est plus le même Yopougon que j’ai quitté mais ce qui reste c’est encore cette solidarité, cette ambiance et tous ces maquis où on danse , on boit et il y a un mélange de toutes les religions.

* fillie en nouchi (argot ivoirien)

Milton Kwami

Madine ne badine pas... avec la beauté!

La bandoulière de "Miss Fair-play", titre national satellite du concours de beauté de "Miss Italie", semble être une affaire privée entre Livournaises.

altEn effet, l'année dernière, la livornaise Giulia Gammannossi conquit le titre; cette année, c'était au tour de l'italo-ivoirienne Madine Konaté. Et la jeune étudiante, 21 ans à peine et hôtesse du club de football Livorno Calcio, a immédiatement reçu au téléphone les compliments de son amie, dont elle a hérité la bandoulière.

«C'est une immense satisfaction; on fetera peut-être à un match de Livorno, au Stade Picchi. Pour moi, c'est presque un rêve parce quej jusqu'à la finale régionale de Casciana, je n'avais encore rien gagné. Mais là au contraire, voici cette aventure et un titre national qui me comblent de joie car il est attribué par le vote de toutes les filles. Le groupe est vraiment fantastique et, nous les Toscanes en particulier, avons bien familiarisé entre nous. Lundi, ce fut difficile de se dire "au revoir" même si nous garderons le contact», explique Madine dont la maman est livournaise et le papa, de la Côte-d'Ivoire. 

Madine est en train de vivre un rêve, heureuse de son bon résultat, à la finale de Miss Italie, qui a récompensé la couronne la plus convoitée à Giulia Arena.

«Je n'ai aucune illusion et c'est déjà une grande réussite d'avoir obtenu ce tire satellite», disait-elle avant la proclamation du verdict final du concours. Et de poursuivre: «J'espère que cette vitrine dans laquelle je jouais le rôle de la protagoniste me permette de revoir mon père. Il s'appelle Va et ça fait deux ans que je n'ai pas de ses nouvelles. A Livourne, je n'ai jamais eu de problèmes avec la couleur de ma peau. Je m'y trouve bien et j'ai beaucoup d'amis».

Madine est une étudiante à la
Faculté de Chimie à Pise. Elle a les yeux noirs, les cheveux bruns et elle mesure 1m80. L'athlétisme est son sport favori et le dimanche, elle bosse comme hotesse d'accueil dans la tribune centrale du Stade de Livorno. La lecture est son passe-temps, le cinéma et le théâtre sont ses aspirations artistiques.

Option adoption!

Daniel Spedicato, 53 ans de la ville de La Spezia n'a jamais eu de descendants légitimes ou légitimés. Juste une femme qui l'avait quitté pour retourner dans son pays d'origine en 2010, au moment de son arrestation. Et donc, de la prison de Castelfranco, il a décidé, il y a quelques années, d'adopter Emmanuel Osey Tutu, un Ghanéen de 31 années, son compagnon de cellule, compte tenu de ses problèmes de santé graves. Une histoire d'une grande humanité, d'affection et d'amitié. Des valeurs qu'on pense perdues, une fois en prison, mais il n'en est pas ainsi.

altL'histoire qui a été suivie par l'avocat Maria Pia Lamberti à qui le prisonnier s'adressa quand il fut transféré à travailler à la prison de Sulmona. Une histoire qui a provoqué des clameurs puisque c'est un cas unique en Italie. Un prisonnier qui adopte un autre détenu pour qu'il prenne soin de lui, étant paralysé et bloqué sur un fauteuil roulant, suite à un ictus.

Le verdict a été émis, il y a quelques semaines, par le juge de la Cour de Sulmona, Cyrus Marsella, qui a ainsi motivé sa décision: «La question de l'adoption semble bien fondée et doit donc être accueillie. On retient que les fins du cas en question sont toujours ceux traditionnels visant à perpétuer le nom, le titre et la propriété d'un patrimoine, en l'absence de descendants; d'ailleurs, il est possible que l'adoption acquière une ultérieure fonction d'assistance, un instrument utile à soulager la solitude dans le 3ème age ou en cas de difficultés particulières d'ordre personnel».

Bientot, on parle de quelques semaines, quand Daniel Spedicato franchira les portes de la prison de Castelfranco, où il est actuellement emprisonné, il trouvera à l'attendre son fils, celui qui, pour le Tribunal, est son fils légitime.

"De toutes la multitudes des procès suivis, c'est le seul qui ait eu des implications humaines. Ce verdict, unique en son genre, transmet un message d'affection, d'amitié, mais surtout d'humanité", a précisé l'avocate Maria Pia Lamberti.

Barbara Delle Monache

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