Africains de la diaspora - Africa Nouvelles

Leçon de vie! 

Sobuj Khalifa, 33 ans, arrivé du Bangladesh en Italie, en 2008, sans un permis de séjour en poche, s'est jusqu'ici "arrangé", faisant le parking abusif, vendant  des parapluies les jours de pluie ou des fleurs aux couples dans le centre-ville de Rome. Son toit? Un pont! Et entre-temps, il envoie à sa famille au pays les maigres euros qu'il réussit à épargner.

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Mardi 12 mai après-midi, face à l'Ile Tibérine, Sobuj Khalifa a vu une femme se jeter dans le Tibre. Sans hésitation, il a plongé, l'a rejointe et l'a ramenée à la nage sur la rive.  Elle, une touriste israélienne de 55 ans, a été portée à l'hôpital tandis que lui, trempé jusqu'aux os, s'est retrouvé à la police, où a été découverte sa situation de sans-papier.

Mais un héros, ça ne se rapatrie pas! Ainsi donc, la "Questura" a décidé de récompenser le courage de Sobuj Khalifa par un permis de séjour pour motif humanitaire.

Le maire de Rome, Ignazio Marino également l'a appelé: «Je l'ai remercié pour son beau geste héroïque et humain. Je suis vraiment heureux que son action a été "récompensée" avec le permis de séjour». 

«J'ai appris à nager dans mon pays. Il y a la mer, mais aussi de nombreuses inondations tout le long de l'année. Ou tu nages ou tu crèves: le courant est fort, plus que dans le Tibre», a déclaré Sobuj Khalifa.

Et quand on a lui fait remarquer que lui, un musulman, a sauvé une femme juive, il a calmement répondu: «Je l'aurais fait pour n'importe qui».

Maintenant, il y en a qui voudraient pour lui une reconnaissance plus grande.

«Nous allons demander au Maire et à la Junte municipale l'attribution de la citoyenneté honorifique à cet homme courageux», annonce Gianluca Peciola, leader du parti SEL (Gauche, Ecologie et Liberté) au Campidoglio (Hôtel de Ville de Rome).

Ce sera peut-être un peu matérialiste mais on peut pas s'empêcher de penser une chose.

Oui, la citoyenneté honorifique, les médailles, les plaques, tout ça c'est bien beau mais, sans doute, ce dont aurait le plus besoin cet "homme courageux", c'est, après toute cette clameur, de ne pas se retrouver (espérons que non) à devoir retourner à continuer dormir sous... son pont!

Présentation des demandes depuis le 30 avril 2015! 

Le Ministère de l'Education rouvre les classements. L'appel d'offres réservé aux Italiens et aux citoyens UE était discriminatoire.  

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Tout est parti en mai 2014, lorsque le ministère de l'Education émana un décret (DM 353/2014) pour la mise en place des listes de cercle et d'institut à utiliser pour les enseignants suppléants (supplenze). 

Parmi les conditions d'admission, fut insérée la "nationalité italienne" ou celle de "l'un des Etats membres de l'UE".

L'unique liste admettant les étrangers était celle pour la "conversation en langue étrangère" et ils auraient dans tous les cas obtenu moins de points que les Italiens et les citoyens UE.

L'ASGI (Association pour les Etudes juridiques de l'Immigration), "Avocati per Niente" et le syndicat CUB présentèrent un recours, accueilli début mars par le Tribunal de Milan.

Le juge a dit que l'appel d'offres en question était discriminatoire et a ordonné au ministère de le rouvrir, tout en acceptant les demandes des étrangers pour lesquels la loi prévoit déjà l'accès aux concours publics:

◙ possesseur du permis CE long terme (ex carte de séjour);

◙ parents de citoyens italiens citoyens UE;

◙ réfugiés politiques;

◙ bénéficiaires de la protection subsidiaire;

◙ travailleurs hautement qualifiés titulaires de la «carte bleue».

Les enseignants étrangers de «conversation en langue étrangère" ne doivent pas subir de pénalités, lit-on encore dans le verdict.

Finalement, le ministère de l'Education s'est aligné! 

Entre le 30 avril et le 29 mai 2015, explique une note envoyée à tous les conseils scolaires régionaux, les professeurs d'approvisionnement remplissant toutes les conditions requises prévues par le décret, pourront présenter une demande à l'école de leur choix, par:

♦ lettre recommandée avec accusé de réception (raccomandata con ricevuta di ritorno);

♦ à la main;

♦ ou courrier électronique certifié. 

IMPORTANT:  Les demandes déjà présentées et injustement rejetées seront reprises en considération.

Il faudra donc réécrire le classement des professeurs d'approvisionnement, valables jusqu'en 2017.

Un nouveau boulot donc pour les écoles et de fâcheuses surprises pour quelque professeur italien qui se verra dépasser par quelque nouveau venu.

Des complications que le ministère de l'Éducation aurait pu éviter, étudiant un peu mieux la loi.

www.stranieriinitalia.it

Fondée à Empoli par le frère italo-marocain Said El Bourji.

Les musulmans ont eux aussi, en Italie, la garantie d’accomplir leur dernier voyage selon les rites de leur religion. A Empoli est née la première agence islamique spécialisée en funérailles, grâce à un projet réalisé par Said El Bourji (49 ans, originaire du Maroc, en Italie depuis 28 ans) en collaboration avec Harmouchy Rajae (32 ans, en Italie depuis 10 ans). Leur entreprise est devenue un point de référence, une histoire curieuse qui rime bien avec le mot «intégration». 

Les musulmans ont eux aussi, en Italie, la garantie d’accomplir leur dernier voyage selon les rites de leur religion. A Empoli est née la première agence islamique spécialisée en funérailles, grâce à un projet réalisé par Said El Bourji (49 ans, originaire du Maroc, en Italie depuis 28 ans) en collaboration avec Harmouchy Rajae (32 ans, en Italie depuis 10 ans). Leur entreprise est devenue un point de référence, une histoire curieuse qui rime bien avec le mot «intégration». A Empoli, où ses deux fils vont à l’école, Said El Bourji a mis de solides racines, participant activement à la vie sociale de la ville, tant comme membre du Conseil des Etrangers, que président du Cercle multiculturel Acroterio. Au début de son expérience italienne, il a travaillé pour un bon bout de temps dans la construction, mais il a toujours été tenté de devenir entrepreneur.

Depuis 1997, Said est italien tout en conservant avec orgueil le lien avec ses origines et traditions. Grâce à la collaboration de Harmouchy, il a décidé de démarrer cette nouvelle aventure de l’entreprise "Honneurs Funèbres Islamiques", nouant des rapports particuliers avec les ambassades et les consulats de divers pays islamiques dont l’Egypte, la mère-patrie du Maroc, l’Egypte et le Sénégal.

«J’ai décidé d’ouvrir une agence funèbre islamique après avoir connu des expériences du genre dans d’autres pays européens comme la Belgique, la Hollande et la France. J’ai fait un peu d’apprentissage à l’étranger avant de commencer ensuite ici en Italie. Le rite funèbre islamique suit diverses spécificités que nous suivons à la lettre, fournissant aux clients un service complet, selon les coutumes et traditions de la religion musulmane. Pourquoi Empoli? C’est une ville démocratique où j’ai vécu et grandi, Je me sens désormais citoyen d’Empoli», dit Said.

L’agence, inaugurée le 1er janvier 2010, grandit jour après jour: le cellulaire vibre, même la nuit.

En peu de jours, plusieurs services avaient déjà été effectués en Toscana, à Firenze, Prato, Viareggio, Santa Croce sull’Arno, mais aussi hors de la région, comme à Varese.

«On offre un service complet qui généralement se conclut par le rapatriement du corps, même s’il y aurait la possibilité d’enterrement dans des cimetières spéciaux comme par exemple celui de Trespiano, à Firenze. Pour le rapatriement du corps, nous sommes conventionnés avec une société de Bologna. Nous nous occupons de la bureaucratie et, pour ça, je dois remercier le grand travail de Harmouchy, précieux dans la traduction de l’arabe à l’italien et vice-versa».

Le service s’adresse «non seulement les étrangers mais aussi les italiens musulmans», précise Said, ponctuant les nombreuses différences par rapport au rite occidental:

■ le corps doit être lavé avant d’être enveloppé dans un sudoir blanc d’étoffe simple, composéde trois draps pour les hommes et 5 pour les femmes;

■ le cercueil doit être rigoureusement rectangulaire;

■ et il n’est prévu aucun cortège funèbre comme ici en Italie.

«Notre agence offre un service qui n’existait pas encore et est absolument complémentaire à celui des agences funèbres opérant sur le territoire. Je tiens à préciser qu’on n’est en concurrence avec elles», observe Said, qui souligne aussi que les prix sont assez contenus.

«Des funérailles islamiques, ça part de 2.000 euro, avion inclus. Naturellement tout dépend ensuite des exigences du clients. Dans le rite islamique, il y a en effet des différences qui peuvent varier d’un pays à un autre».

Elvio Pasca

 

La belle histoire d'un jeune héros! 

Lassana Bathily est français. Mardi 20 janvier, à 19 h 30, le chef du gouvernement, Manuel Valls, lui a remis de sa main trois symboles d'entrée dans la citoyenneté française. Le jeune Malien, héros de la prise d'otages du supermarché casher de la porte de Vincennes, le 9 janvier, a reçu du premier ministre une lettre signée du chef de l'Etat, un passeport et une médaille. Trois preuves concrètes que son rêve d'enfant, «devenir français», était bien devenu une réalité. Le ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve, y a ajouté un livre d'Ernest Renan et un autre du photographe Raymond Depardon. Deux regards sur la France. 

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La cérémonie d'entrée dans la citoyenneté française de ce Malien de 24 ans s'est déroulée dans la salle des fêtes du ministère de l'intérieur, place Beauvau. Une salle surchauffée par la large affluence des journalistes, mais aussi par un parterre très VIP. Un auditoire à la hauteur du geste de ce jeune qui a risqué sa vie pour en sauver d'autres. Le premier ministre, Manuel Valls, avait tenu à être présent sur l'estrade, et dans la salle ses ministres étaient nombreux, de Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'Education nationale et de l'enseignement supérieur, à la Garde des sceaux, Christiane Taubira. A leur côté, les représentants des grandes religions avaient aussi fait le déplacement pour saluer le nouveau citoyen français, comme les associations qui l'ont aidé à rester en France, ses collègues de l'Hyper Cacher ou son employeur.

«Je ne suis pas un héros, je suis Lassana» 

Si Lassana Bathily a déclaré vouloir prendre «un peu de recul» face au tumulte médiatique qui l'assaille depuis le 9 janvier, il a montré lors de cette cérémonie une remarquable modestie et une grande distance par rapport à son geste. Après avoir «remercié ceux qui [lui] ont fait confiance et soutenu depuis toujours» et souligné qu'il pensait là en particulier à «ses parents», le jeune homme a rappelé un vibrant «je ne suis pas un héros, je suis Lassana et je resterai moi­-même».

Il a salué la mémoire de son collègue et ami Yohan Cohen, tué par Amedy Coulibaly. «J'ai perdu quelqu'un que j'aimais beaucoup», a­-t­-il tenu à rappeler, «quelqu'un avec qui j'ai beaucoup ri. On s'appelait “Boss­boss”», a-­t­-il pudiquement avancé, comme un cri du cœur. 

Lassana Bathily, c'est au départ un parcours de migrant comme tant d'autres. Né en juin 1990, dans un village de la région de Kayes, au Mali, le jeune homme quitte sa mère pour rejoindre son père à Paris. Aîné d'une fratrie de trois enfants, il partage sa vie entre son foyer et l'école républicaine. Il est scolarisé dans un lycée professionnel du nord de Paris, où il prépare un CAP de carreleur. 

«Une erreur manifeste d'appréciation»  

En 2010, cet élève «respectueux, sérieux et intelligent» décroche son diplôme, comme le raconte un de ses enseignants. Mais n'a toujours pas de papiers. Son parcours en France aurait même pu s'arrêter là, puisqu'il se retrouve sous le coup d'une obligation de quitter le territoire, à la fin de l'année 2010. Bernard Cazeneuve rappelle que le tribunal administratif reconnaît alors que cette décision du préfet est «une erreur manifeste d'appréciation». Mais c'est grâce à ses anciens profs du lycée, dont plusieurs sont membres du Réseau Education sans Frontières, qu'il ose mener cette démarche. Le jeune Malien obtient, à leur côté, un titre de séjour, en juin 2011. Il renouvelle ensuite son titre, sans problème, année après année, jusqu'à son acte de bravoure du 9 janvier. 

Faut­-il croire le ministre de l'intérieur lorsqu'il lui lance un «vous auriez été naturalisé, car la citoyenneté française n'est pas réservée aux braves»? Les données chiffrées ne plaident pas vraiment pour les paroles ministérielles, puisque seuls 57.610 personnes ont obtenu la nationalité française par décret en 2014. C'est peu, mais la courbe est ascendante, et le chef du gouvernement a rappelé lors de cette cérémonie avoir «relancé le processus de naturalisation, car c'est une chance pour notre pays».

Debout à côté de l'orateur, son dos courbé comme un effet secondaire d'une haute stature, ou pour ne pas paraître bien plus grand que les deux ministres de la République, Lassana Bathily a gardé les yeux vers le sol durant tous les compliments qui ont pu lui être faits.

«Vous êtes un des visages de cette France en l'honneur de laquelle ont défilé près de 4 millions de Français», lui a déclaré Manuel Valls. «Vous participez pleinement au projet de la France», a ajouté Bernard Cazeneuve.

Derrière les mots ministériels, sur le ton solennel du moment, le premier ministre comme le ministre de l'intérieur ont su donner à ce moment des accents de sincérité. Bernard Cazeneuve a osé, une fois n'est pas coutume, utiliser l'image de son père, instituteur de la République, réunissant des enfants de confessions différentes autour du savoir. Manuel Valls, lui, a laissé poindre ses souvenirs d'enfant né ailleurs.

Mardi 20 janvier, la France a gagné un nouveau citoyen. Un chemin d'espoir pour tant d'immigrés qui rêvent un jour aussi de vivre ce moment. Même si ce n'est pas sous les ors du ministère de l'intérieur. 

Ma soeur, on t'adore! 

Elle porte le dossard n°64173, qu'elle a fixé sur sa tenue traditionnelle. Siabatou Sanneh, Gambienne âgée d'une quarantaine d'années, a pris dimanche 12 avril le départ du marathon de Paris, en marchant, un bidon d'eau sur la tête. Son but: sensibiliser l'opinion publique aux problèmes des kilomètres que de nombreux Africains doivent parcourir pour pouvoir accéder à l'eau. 

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Chaussée de simples sandales, la marcheuse porte son message sur des pancartes: «En Afrique, les femmes parcourent chaque jour cette distance pour de l'eau potable», «Aidez-nous à réduire la distance».

«Chaque jour, on va chercher de l'eau et c'est très loin», expliquait-elle avant la course. Cette femme longiligne a accepté de quitter pour la première fois son pays et de se glisser au milieu des 54.000 coureurs du marathon pour «s'aider elle-même, aider sa famille et son village». «Qu'on les aide à avoir de l'eau. Les Africains sont fatigués», exhorte-elle.

Le 12 avril, une date clé! 

Cette participation est hautement symbolique, alors que ce même jour, à Daegu en Corée du Sud, s'ouvre le 7e Forum Mondial de l'Eau, orchestrée par l'ONG britannique Water for Africa. Celle-ci a lancé une campagne de collecte de fonds nommée The Marathon Walker dont le but est de financer des pompes à eau dans des villages africains, dont Bullenghat, où vit Siabatou Sanneh.

L'objectif du périple de Siabatou est aussi de «montrer le contraste entre l'opulence et la beauté de Paris comparé à la pauvreté de l'Afrique», a déclaré Sheryl Greentree, fondatrice de l'ONG. Un puits de pompage coûte 4.900 euros et peut être monté en 5 jours, dit Sheryl Greentree dont l'ONG a déjà financé 120 projets de ce type en Gambie.

Un combat sur plusieurs générations

Siabatou Sanneh doit chercher de l'eau trois fois par jour, accompagnée de ses deux filles de 10 et 4 ans qui ont aussi l'habitude de porter de lourds bidons pour acheminer le précieux liquide, nécessaire «pour boire, pour cuisiner, pour laver les vêtements».

«Depuis que je suis née, j'ai vu mes parents faire ça, je le fais, et je montre à mes enfants», explique-t-elle. Mais parfois, en particulier lors de la saison des pluies, «l'eau n'est pas très bonne et les enfants tombent malades, ont des diarrhées à cause de l'eau».

Selon l'ONG, entre 200 et 300 pompes à eau seraient nécessaires en Gambie pour approvisionner les populations et pallier aux 40 à 60% de puits ou systèmes de pompage qui tombent en ruine.

"Ma mission est de vivre dans le respect des lois de Dieu et de la nature".

La réunion de la communauté mouride qui avait marqué l’étape romaine (à Ladispoli) de la tournée spirituelle en Italie, effectuée par Serigne Mame Mor Mbacké (fils de Serigne Mourtada Mbacké et petit-fils de Serigne Touba, le fondateur du mouridisme) fut été l’occasion de rencontrer des soeurs italiennes converties à la religion musulmane. Notre rédaction avait échangé deux mots avec Sokhna Khadija Fall, qui a parlé du parcours spirituel et de la mission de sa foi. 

Afri-Nous: Depuis quand avez-vous embrassé la religion musulmane?

Sokhna Khadija Fall: Ça fait près de 8 ans que je suis musulmane.

Afri-Nous: Comment cela se fait-il que vous ayez choisi cette religion?

Sokhna Khadija Fall: Je ne pense pas l’avoir choisi mais plutôt que c’est l’Islam qui m’a choisie. De toute façon, il y avait longtemps que j’étais à la recherche d’une identité religieuse. C’est ainsi donc que mes recherches continues ont trouvé une réponse conforme à l’exigence de l’âme, pas pour mon propre choix mais par la volonté d’Allah.
En effet, bien qu’étant consciente de l’existence de Dieu, je n’arrivais pas à comprendre quel culte pratiquer pour atteindre un équilibre entre l’esprit, le corps et l’âme jusqu’à ce que Lui m’a fait prendre conscience, illuminant mon chemin à travers une lumière capable de pousser l’individu qui le désire, au-delà des valeurs terrestres, une lumière qui prend le nom de l’Islam. 

Afri-Nous: Est-ce facile pour une italienne d’être une femme musulmane?

Sokhna Khadija Fall: En ce qui me concerne, je n’éprouve aucune difficulté d’être musulmane, ni comme femme, ni comme italienne. Peut-être parce que la tolérance et le libéralisme de la société dans laquelle je vis, n’empêche pas les choix individuels, à condition naturellement que ces choix soient guidés par le bon sens.

Afri-Nous: Quelles sont les difficultés que vous rencontrez en pratiquant la religion musulmane?

Sokhna Khadija Fall: Les difficultés sont sûrement la constance, dans le sens que souvent réaffleurent inconsciemment certaines libertés ou frivolités du passé, qui sont en contraste total avec le parcours spirituel.

Afri-Nous: Pourquoi le mouridisme?

Sokhna Khadija Fall: C’est compliqué de répondre rationnellement; il s’agit d’un parcours spirituel et de croissance intérieure. En effet, avant de connaître le Mouridisme (Confraternité fondée par Cheikh Ahmadou Bamba, le mouridisme constitue un ensemble de pratiques de culte basés sur l’imitation du Prophète  Mahomet, «La paix soit avec Lui»), j’ai senti une irrésistible attraction vers le “bayfalisme”, qui fait partie du mouridisme. Les “baye fall”sont des apôtres de la dure besogne et ils sont entièrement dévoués: le premier est Mame Cheikh Ibrahima Fall, appelé la «porte du mouridisme». Le “baye fall” est le prototype du disciple mouride. En outre, une autre référence fondamentale pour moi a également été la fréquentation de la “Dahira”, (rencontres périodiques des disciples mourides, pour  rappeler les dogmes de Cheik Ahmadou Bamba), où j’ai rapidement appris les contenus indispensables pour pratiquer la religion musulmane, à travers les enseignements de Serigne Touba. L’intérêt a augmenté de manière exponentielle, occupant toujours de plus en plus une place dans ma vie, au point que je peux me retenir une aspirante “yayfall” (qui serait la femme “baye fall”), étant donné que tous les mourides, avant de devenir tels, doivent prendre comme référence le plus grand des “talibés”:   Mame Cheikh Ibra Fall.

Afri-Nous: Est-ce facile de prier et lire le Coran?

Sokhna Khadija Fall: Au début, j’ai rencontré quelques difficultés dans l’exécution de la prière. Il s’agit en effet d’une coordination entre corps et âme. En peu de temps, avec constance et volonté de Dieu, j’ai commencé à suivre correctement les oraisons et, petit à petit, à lire le Coran. A tel propos, je voudrais remercier tous ceux qui m’ont patiemment mis à disposition leur temps et leurs connaissances pour me guider et me soutenir.

Afri-Nous: Selon vous, quelle devrait être votre mission dans la religion?

Sokhna Khadija Fall: Ma mission est de vivre comme femme, fille, épouse et mère. Ma mission est de vivre dans le respect des lois de Dieu et de la nature. Ma mission est de m’orienter vers les maîtres pour puiser, des sources sages et véridiques, les connaissances de l’Islam. Ma mission est de transmettre mon savoir.

Ndèye Fatou Seck Wade

Retraite en retrait... de liberté? 

Combien de retraités sénégalais sont encore obligés de revenir en France pour continuer de toucher leurs pensions? Après plus d'une quarantaine d'années de dur labeur, l'heure d'une retraite tranquille pour les immigrés sénégalais n'a pas sonné à cause de la législation actuelle. 

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Combien de retraités sénégalais sont encore obligés de revenir en France pour continuer de toucher leurs pensions? Après plus d'une quarantaine d'années de dur labeur, l'heure d'une retraite tranquille pour les immigrés sénégalais n'a pas sonné à cause de la législation actuelle. Ceux qui ne respectent pas la loi sous forme d'obligation d'une présence en France tous les 3 ans se voient retirer titre de séjour et indemnités de retraite. C'est la mauvaise expérience qu'est en train de vivre Koundou Boubou Konaté. Ils sont nombreux à être dans ce cas. 

Parti au Sénégal depuis le 21 juillet 2011, Koundou Boubou Konaté débarque ce 14 décembre 2014 à l'aéroport d'Orly Sud. Il est loin de s'imaginer en donnant son passeport et son titre de séjour à la Police aux frontières qu'il vient de mettre le doigt dans un engrenage qui va emporter près de 44 ans de sa vie. «"Vous avez fait plus de 3 ans au Sénégal", me fait remarquer l'agente de police chargée de vérifier mon passeport à l'aéroport. "Vous n'avez pas le droit de rester aussi longtemps en Afrique". Et là deux messieurs viennent m'embarquer pour me déposer au centre de rétention en me disant je vais être refoulé», raconte encore ahuri, le retraité Koundou Boubou Konaté, âgé de 64 ans.

En effet, le sénior sénégalais était loin de s'imaginer être en pareille situation car sa carte de résident (titre de séjour) de 10 ans n'expire que le 20 février 2015. C'est tout son processus migratoire qui défile dans sa tête. A partir de son arrivée en France, le 10 février 1971, Koundou Boubou Konaté vivait dans un foyer de travailleurs immigrés de Boulogne jusqu'en 2011. Il a d'abord travaillé dans le plastique pour le compte de « Morel & Frères » de 1971 à 1980. Embauché pour faire la plonge dans la restauration, il obtient un Contrat à durée indéterminé (Cdi) dans un établissement de la rue Vaugirard (15ème arrondissement de Paris) de 1980 à 1999. 

«A partir de 1999, il avait des soucis aux pieds et ne pouvait plus rester longtemps debout. C'est en 1999 que la médecine du travail a constaté que M. Konaté éprouvait des difficultés à rester debout longtemps. Ce qui est une entrave pour faire la plonge. Il a été licencié puis reconnu comme invalide, lors du reclassement. Il a été pris en charge par la sécurité sociale et, à partir de 60 ans, il a basculé sur le régime de retraite pour invalidité», selon Sékou Diarra, cousin de M. Konaté qui s'occupait de ses démarches administratives et avait procuration sur son compte bancaire .

12 jours de détention à Orly 

Pendant ses 42 ans de présence en France, il repartait régulièrement au Sénégal lors de ses congés pour voir épouse et enfants. En ce 14 décembre, pour la Police française de l'air et des frontières (Paf), monsieur Konaté n'est plus le bienvenu en France car il a enfreint la loi au regard des dispositions nationales relatives à l'entrée et au séjour des étrangers. A partir de là, s'enclenche la froide machine des différentes étapes d'une expulsion. « Ils m'embarquent pour me ramener à l'hôtel où je suis en surveillance de 23h à 5h du matin».

 

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