JACOB GWENANGURUWE: Jeune professeur zimbabwéen aveugle! - Africa Nouvelles

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Son mérite se... voit! 

Jacob Gwenanguruwe n'est pas un enseignant comme les autres : il est aveugle. "Quand les élèves sont dissipés, je reconnais leurs voix et je peux identifier ceux qui font du bruit. Et ça, ça les étonne", raconte-t-il. 

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C'est l'heure de la pause au lycée Entumbane de Bulawayo, au Zimbabwe, et Jacob Gwenanguruwe, 34 ans, m'invite à faire une petite promenade avec lui sous le soleil chaud et hivernal. À nous voir marcher côte à côte, impossible de remarquer que l'un d'entre nous est handicapé visuel.

Jacob a perdu l'usage d'un oeil en 1985, à cause de complications dues à la rougeole. Puis, à l'âge de 16 ans, il est devenu complètement aveugle. Dix ans plus tard, en 2006, il a décidé de devenir enseignant et s'est inscrit dans un établissement de formation, le Hillside Teachers' College.

"Quand j'ai commencé à enseigner l'anglais en 2008, nombreux étaient ceux qui s'étonnaient de voir un enseignant avec un handicap. La directrice n'était pas très chaude pour m'employer. Je lui ai expliqué qu'avec ma voix, je pourrais m'adresser aux enfants de la même manière que tout autre enseignant ", explique Jacob. 

Après 18 ans, les oreilles de Jacob sont devenues ses yeux. Pour l'aider dans son travail quotidien, un assistant aide Jacob à écrire au tableau, à donner des exercices par écrit et à corriger les élèves. Mais c'est Jacob qui enseigne aux étudiants. Il prend un papier écrit en braille pour expliquer sa méthode.

"Quand mon assistant me lit le travail écrit de mes étudiants, je prends des notes sur la progression de l'élève, je garde ainsi un résumé de leur travail. Toutes les notes sont ici, je peux savoir ainsi qui travaille bien et qui doit faire des efforts", raconte-t-il.

Tout en marchant avec lui, je suis fasciné par la manière dont il salue les étudiants et les enseignants qu'il croise par leur nom. Après 18 ans, les oreilles de Jacob sont devenues ses yeux.

"J'ai appris à identifier les personnes par leur voix et j'y arrive très bien. Quand les élèves sont dissipés, je reconnais leurs voix et je peux identifier ceux qui font du bruit. C'est ça qui les étonne. En encourageant tous les étudiants à participer, j'ai appris à connaître leur voix."

Deux élèves nous croisent et saluent Jacob. Il me les présente.

"Nous aimons ses leçons car il est un bon prof et je le comprends. Nous allons même le chercher dans la salle des profs quand il doit nous donner cours. Il est comme les autres profs et nous l'admirons pour ça. Certains autres élèves n'ont pas de professeurs et nous avons de la chance d'avoir un professeur d'anglais", témoigne Andile. 

Linda, l'autre élève, ajoute : "Certains d'entre nous aiment faire le cirque ou quitter la classe, dans ce cas nous sommes ses yeux et il sait qui se comporte mal en classe."

Jacob déplore l'attitude de sa communauté envers l'école locale. "Les gens ici sont sceptiques en ce qui concerne l'école et les normes de l'éducation, et ils envoient leurs enfants dans des écoles situées ailleurs. Ces parents peuvent se permettre de meilleures écoles. Toutefois, nous sommes en train d'améliorer le niveau de notre éducation", assure-t-il.

"En 2013, j'ai enseigné une classe de niveau O [dont les élèves ont environ 16 ans, NDLR] et nous avons eu un taux de réussite de 60 %, ce qui est mieux que le taux de 55 % que nous avions atteint l'année d'avant", confie-t-il avec un petit sourire de satisfaction et le sens du travail bien fait. 

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