Africains de la diaspora - Africa Nouvelles

Il fout le chômage au... chômage!

L’Afrique aurait bien aimé profiter du savoir faire de son fils Tcherno Baldé qui résout le problème du chômage en France alors que son continent d’origine bat le record de la pauvreté.  L’informaticien guinéen a eu l’ingénieuse idée de s’auto-employer  tout en offrant de l’emploi à d’autres milliers de chômeurs. En 2008 Baldé lance Waliidays, le salon de recrutement virtuel dont il a conçu toutes les applications.

altCoup d’essai, coup de maître, le fils de médecin a su convaincre 7 grandes entreprises basées en Afrique dont le groupe Ecobank. Pour une première édition, Baldé n’en demandait pas plus. 500 demandeurs d’emploi se sont manifestés.

L’accueil réservé au projet de Tcherno Baldé l’a poussé à prendre le risque de démissionner de son poste antérieur, sachant qu’il pouvait perdre son permis de séjour.  En 2010 il s’organise et crée Job2day sa première boite. Très vite, il propose ses solutions à Handicap.fr qui a accepté collaborer avec lui. Il crée Handi2day en 2011 qui a mobilisé 30 000 candidats.

Le projet du Guinéen non seulement évite aux personnes handicapées le cauchemar des déplacements, mais également permet à ces dernières de ne pas être jugées par rapport à leur handicap, lors des recrutements.

«Tcherno a une dimension humaine qui nous a plu, affirme Bissardon. Il a attaqué sa carrière par la face nord, en travaillant pour les chômeurs et les handicapés ! En plus, c’est très rare de voir quelqu’un d’aussi engagé sur le handicap sans être concerné directement», a affirmé Nicolas Bissardon, directeur commercial de handicap.fr.

Tcherno Baldé est fière de son initiative et il ne le cache pas. «François Hollande veut inverser la courbe du chômage: peut-être que, modestement, ce sera un tout petit peu grâce à nous», raconte-t-il d’un air amusant sur le site de Jeune Afrique.  

Aujourd’hui Baldé est marié et père de 2 enfants. Son entreprise réalise un chiffre d’affaire d’un million d’euros et emploie une demi-dizaine de salariés et plusieurs collaborateurs.

C'est... "peau" d'assumer sa diversité!

Atteinte de vitiligo, elle a décidé de ne pas se camoufler, jusqu'à devenir mannequin...

altChantelle Brown Young est particulière dans le monde de la mode. A l'aise face à l'objectif, elle accepte sa différence, qui s'est d'ailleurs muée en atout. Sa peau est dépigmentée de manière inégale sur tout le corps. Cette maladie, c'est le vitiligo, la même que Michael Jackson. Sauf qu'elle, elle l'a acceptée et ne s'en cache pas.

La jeune fille de 19 ans admet pourtant avoir connu une enfance douloureuse. Surnommée le «zèbre» par ses camarades de jeux, elle a tant souffert que des pensées suicidaires lui ont traversé l'esprit. Heureusement, Chantelle a décidé de prendre sa vie en main.

alt"J'ai accepté la manière dont Dieu m'a créée: originale! Je suis telle que je dois l'être", clame-t-elle sur les réseaux sociaux. Et en quittant le Canada pour la Californie, elle est devenue l'un des mannequins les plus prometteurs des Etats-Unis.

Moins de 1% de la population mondiale est atteinte de vitiligo. Les causes de cette maladie échappent encore aux scientifiques et les traitements sont inexistants. Tout comme le mannequin albinos, Shaun Ross, Chantelle Brown Young est un bel exemple de réussite.

Porte-drapeau de la «communauté» vitiligo, elle est une source d'inspiration pour toutes celles et ceux qui ont été moqués et brimés à cause de leurs différences.

Luxe à l'africaine!

Elle fait partie des 20 femmes qui font l’Afrique selon Forbes. Swaady Martin-Leke règne sur une marque de thé de luxe, Yswara.

altTout a été vite dans sa carrière : elle a été l’ancienne directrice de General Electric au sud du Sahara, avant de lancer dans cette nouvelle aventure à Johannesburg.

Entrée comme auditrice en 2001 chez General Electric, elle en est rapidement devenue la directrice pour l’Afrique subsaharienne, dès 2009 et, sous sa direction, les revenus africains du géant américain sont passés de 20 millions à 300 millions USD (environ 250 millions d’euros) par an. Une belle réussite pour cette franco-ivorienne à la tête bien faite: elle a un  MBA conjoint de la London School of Economics, de l’université de New York et de l’École des hautes études commerciales (HEC) de Paris.

Le risque fait partie de sa vie. Elle a décidé d'implanter sa marque de luxe, YSWARA, en Afrique du Sud, en ouvrant une première boutique à Johannesburg, puis une autre au Cap. Et bien sûr, elle a vu plus grand très vite: le  Nigeria puis l’ensemble du continent via le digital et la vente par correspondance via un site web à la mi-2013.

«Je suis née en Côte d’Ivoire, j’ai grandi là-bas et au Liberia avant de devoir m’exiler. Mais j’ai toujours eu envie de revenir créer une entreprise mettant en valeur le savoir-faire local. L’idée de m’investir dans la fabrication et la distribution de sachets de thé est venue pendant mon MBA. J’étudiais comment les grandes marques françaises de luxe comme Louis Vuitton ont su préserver et industrialiser leurs produits culturels. Je me suis mise à chercher un créneau où il est possible de garder la valeur ajoutée en Afrique. Grande amatrice de thé, j’ai naturellement pensé à cet univers. J’ai étudié la stratégie de groupes comme le français Mariage Frères, spécialisé dans les variétés de thés dits gourmets, absents des échoppes du continent, et j’y ai vu un segment porteur».

Elle travaille avec des producteurs rwandais et malawites de qualité. En 5 ans, elle espère atteindre un chiffre d’affaires annuel de 4 millions à 6,5 millions d’euros.

«C’était mon rêve de capter le vrai luxe africain, changer la perception du monde sur l’Afrique et de produire une marque de luxe qui est vraiment africaine dans ses origines, sa nature et sa tradition. J’avais atteint un moment dans ma carrière où je voulais tout gérer et avais les compétences nécessaires, ainsi qu’un réseau pour lancer ma propre entreprise et alors réaliser mon rêve. Ainsi, a été créé YSWARA». 

Swaady Martin-Leke est mariée à un camerounais. Elle se considère comme une citoyenne du monde: «Si vous me posez la simple question: "D’où venez vous?" vous n’obtiendrez pas une réponse simple. Je n’appartiens à aucun lieu en particulier, mais me sens chez moi dans de nombreux endroits. Je suis née en Côte d’Ivoire, d’une mère franco-ivoiro-guinéenne et d’un père américano-germano-britannique. J’ai grandi au Libéria et au Sénégal, je suis allée au lycée en France et au Royaume-Uni. Je vis aujourd’hui entre l’Afrique du Sud et le Nigeria. La diversité incarnée, je suis citoyenne du monde, une "PanAfropolitan"».

 

Elle est fière de défendre le luxe sur le continent: «J’ai choisi l’industrie du luxe, car c’est une industrie avec laquelle on peut transmettre une culture et une identité forte. C’est l’image d’un pays, d’un continent qu’on peut présenter au monde. L’Afrique est trop souvent considérée comme un lieu de marchandises de mauvaise qualité et de manque de raffinement. Dans la plupart des marchés émergents (Afrique incluse), la qualité de l’artisanat de luxe est à la hausse. Nos milliers d’années de culture, d’histoire, de savoir-faire de notre patrimoine démontre que nous pouvons faire plus que produire des "babioles" artisanales et "ethniques". L’industrie du luxe est également un excellent vecteur de croissance et champion de l’exportation. Il génère de nombreuses activités dans une grande variété de domaines, y compris l’édition, le tourisme, l’immobilier, la culture et l’éducation».

On devrait vite encore entendre beaucoup parler d’elle dans ces domaines.

Réflexions envers l'immigration à l'envers!

Qu'arrive-t-il lorsque les citoyens du «pays développés» décident de partir et émigrer dans des pays que, souvent, beaucoup qualifient de "moins développés" ou "tiers monde"?

altLa crise de ces dernières années a certainement porté à se tourner vers de nouveaux horizons. Même si cela puisse sembler étrange, ces horizons se déplacent aussi vers certains pays africains qui, jusqu'à il ya quelques années, étaient considérés comme des pays à secourir, à aider mais jamais comme pays où émigrer pour pouvoir aspirer à une vie, peut-être meilleure.

Beaucoup d'Italiens, souvent entrepreneurs, ont décidé de transférer leur entreprise en Afrique, pour tenter une nouvelle économie. Mais beaucoup de jeunes étudiants aussi ont voulu et décidé d'étendre l’intérêt de leurs études vers l'Afrique. D'autres Italiens ont trouvé leur bien-être, leur nature dans les pays africains où ils ont ouvert de petites entreprises : de la construction à la restauration à l’embauche dans des entreprises locales .

Mais ce que j'ai remarqué chez ceux qui ont décidé d’émigrer en Afrique, c’est souvent le désir de changer, le rachat d'une vie parfois insatisfaite à cause du stress, du chômage, de la routine et du désir de liberté . Souvent, ceux qui émigrent dans les pays "en voie de développement" retrouvent la sérénité et la simplicité des choses, très souvent, perdues en Europe.

Une autre chose que j'ai comprise lors de mon dernier voyage au Sénégal, en parlant avec mes collègues italiens, était la différence de «l'intégration».

En Italie, pour de nombreux étrangers, le processus d'intégration est très lent et, souvent, c’est comme  comme si on y est forcé, tandis que dans de nombreux pays africains, ce terme n'existe pas: on n'a pas besoin d'être intégré, le processus d'insertion semble plus facile, on n’est pas jugé en fonction de sa provenance, en fonction de son pays d'origine, mais pour sa propre identité! En se basant sur la personne. Chacun est libre: libre d’apprendre, libre de voyager d’une ville à l’autre, de maison en maison et il n’y a pas besoin d'avoir sur soi le laissez-passer appelé permis de séjour.

Au Sénégal, j'ai eu la grande chance de rencontrer Chiara Barison, Docteur en Sciences de la communication et en Politiques transfrontalières. Elle vit depuis 4 ans au Sénégal, où elle travaille comme présentatrice dans l’émission Tv "Yeewu leen".

Avec son émission et sur son blog "Dakarlicious", elle s’occupe justement de ce nouveau phénomène: émigration à l’envers, faisant un approfondissement sur le mix culturel « Italie – Sénégal », découvrant souvent de nombreux points communs entre les deux cultures, aidant les gens à surmonter les stéréotypes,  essayant de faire comprendre à son large public, qu’émigrer est universel.

Connaitre Chiara  m'a fait réfléchir sur l'évolution rapide de la société et, avec elle, la manière de pensée. Mais ce qui m’a paru étrange, c'est le fait qu’elle se définisse une émigrée au Sénégal. Certes, les sociétés sont en pleine évolution, il n'y a rien de plus beau que de parler et de se mesurer avec une italienne qui vit au Sénégal, mon pays d'origine.

Comme elle l'a dit, la liberté de circulation doit être garantie à tous, tout être humain devrait pouvoir se déplacer dans le pays qu’il désire et ne pas réserver cette liberté aux seuls ressortissants de certains pays. Voyager, connaitre, apprendre à confronter  les cultures et à les respecter, cela nous libérera des stéréotypes qui, pendant trop d’année, nous ont été imposés.

Mariata Diop

"Role model" pour les jeunes!

À 27 ans, Pascaline Zamuda est conseillère dans le cabinet du Premier ministre congolais, Augustin Matata Ponyo. Cette ex-déplacée de guerre dans l'est de la République démocratique du Congo a aussi créé une organisation qui encadre des jeunes désœuvrés du Congo. Voici son histoire.

altCertains la qualifient d'indépendante et d'ambitieuse. D'autres sont convaincus qu'elle est plutôt chanceuse et charmante. Les proches de Pascaline Zamuda, 27 ans, ont du mal à cerner le caractère plutôt dominant de la cadette du cabinet du Premier ministre congolais, Augustin Matata Ponyo.

Un des ses amis n'en revient pas: "Je connais peu de filles de son âge qui sont si travailleuses et déterminées dans ce qu'elles entreprennent. Je crois que son passé, son expérience jouent un rôle important dans sa vie."

Et Pascaline le reconnaît: "J'ai connu des hauts et des bas dans ma vie. L'essentiel c'est que je me suis toujours adaptée aux situations. Je ne me suis jamais laisser découragée ou affaiblie par des conjonctures de la vie."

Des défis, elle en a connus. En octobre 1996, peu avant la guerre de libération, le Congo s'appelle encore le Zaïre. Pascaline a 10 ans. Loin de sa ville natale du centre du pays, Kananga, elle et sa famille se retrouvent à Bukavu, dans l'est. Son père, enseignant, a été muté dans la capitale du Sud-Kivu. Les Zamuda vivent modestement. De temps en temps, après les cours, Pascaline et ses sœurs aident leur mère à vendre des beignets, au coin de la rue. Pas trop de temps pour les copines du quartier. "Je me souviens, un jour, maman est venue nous chercher pendant que nous jouions avec des amies. Je n'avais pas de choix. Il fallait abandonner mes copines", se souvient-elle.

La guerre, les cadavres et les épidémies

Cette vie sera perturbée par l'avancée des troupes de l'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL), la rébellion qui veut chasser le dictateur Mobutu du pouvoir. Un violent affrontement entre les rebelles et les troupes gouvernementales éclate à Bukavu. Les Zamuda sont obligés de fuir. Avec les moyens du bord, ils prennent le cap vers l'ouest. Destination, la ville de Kindu, à pied. 600 km en 32 jours. "C'était pénible. Nous étions nombreux au départ, mais peu à l'arrivée. Certain étaient morts en cours de route. Des enfants surtout. J'ai vu des cadavres dès le bas âge", se remémore-t-elle.

À Kindu, Pascaline et sa famille vivent dans des hangars et des églises. Les études sont stoppées. Les humanitaires dans la région les appellent des "déplacés de guerre". Ils affrontent des maladies et des épidémies. Elle se souvient encore de ces conditions difficiles: "J'avais l'impression de me trouver dans un pays étranger. Les gens mouraient tous les jours de maladies mal soignées".

Deux ans après, c'est le retour sur Bukavu, en ruines. Les impacts de balles et obus témoignent encore de l'intensité des combats. "Mon papa n'avait plus les moyens d'assurer mes frais scolaires. L'avenir était incertain", dit-elle. C'est la débrouillardise. À 12 ans, elle participe à des concours et castings. Elle décroche son premier boulot comme "enfant reporter" dans une organisation internationale.

Le journalisme, l'amour et ses études

Elle y apprend les rudiments du journalisme. Pascaline sillonnera les rues de Bukavu avec son calepin et son enregistreur à la recherche de témoignages d'enfants soldats. Elle gagne un peu d'argent, ce qui lui permet de poursuivre parallèlement ses études. "Dès le bas âge, j'ai appris à travailler dur pour gagner la vie. J'ai financé moi-même mes études secondaires et universitaires", confie-t-elle.

En 2008, elle tombe amoureuse et se retrouve enceinte sans être mariée. "C'était un coup dur pour moi. Je devais affronter les regards des voisins tous les jours. Dans notre société, c'est toujours mal vu d'avoir un enfant hors mariage. Heureusement que j'avais le soutien de ma famille", lâche-t-elle.

Fille mère et reporter

Elle reprend les études, un mois après son accouchement. Le mariage n'aura jamais lieu. "J'étais mère et fille en même temps. Oui, des stéréotypes existent sur des filles mères mais il faut les refouler. C'est ce que j'ai fait." Elle intègre alors l'Association des Femmes des Médias du Sud-Kivu (AFEM), une structure spécialisée dans la production d'émissions de radio. Là, elle est distinguée par la MONUSCO (Mission des Nations Unies au Congo),  avec le prix du meilleur reportage sur les droits de l'homme.

Diplôme de sociologie en poche et avec son expérience de terrain, Pascaline est contactée par le cabinet du Premier ministre, Augustin Matata Mpoyno. Elle rejoint Kinshasa, la capitale: "Quelqu'un qui connaissait mes compétences m'a proposé cette opportunité, je devais la saisir. À la primature, je travaille dans la cellule des opérations des vols du gouvernement. Ce sont d'autres challenges et expériences. J'apprends beaucoup", affirme-t-elle.

"Role model" et des projets à revendre

Dans 5 ans, Pascaline se voit en "role model" [un exemple, en français, NDLR] pour des milliers de jeunes au Congo. Elle compte travailler en faveur des jeunes désœuvrés. Elle s'y met déjà avec le Cadre de Récupération, d'Encadrement et d'Epanouissement Intégral des Jeunes (CREEIJ), une organisation sans but lucratif qu'elle a récemment créée.

"Je reviens de loin. J'ai eu la chance d'être encadrée par des organisations. À mon tour d'offrir à d'autres jeunes la même chose", explique Pascaline.

Emigrée italienne au Sénégal!

Au Sénégal, j'ai eu la grande chance de rencontrer Chiara Barison, Docteur en Sciences de la communication et en Politiques transfrontalières. Elle vit depuis 4 ans au Sénégal, où elle travaille comme présentatrice dans l’émission Tv "Yeewu leen".

altAvec son émission et sur son blog "Dakarlicious", elle s’occupe justement de ce nouveau phénomène: l'émigration à l’envers, tout en faisant approfondissant le mix culturel «Italie – Sénégal», découvrant souvent de nombreux points communs entre les deux cultures, aidant les gens à surmonter les stéréotypes, essayant de faire comprendre à son large public, qu’émigrer est universel.

Connaitre Chiara  m'a fait réfléchir sur l'évolution rapide de la société et, avec elle, la manière de pensée. Mais ce qui m’a paru étrange, c'est le fait qu’elle se définisse une émigrée au Sénégal.

Je remercie Chiara pour l'interview qu’elle m’a concédée et pour l’intéressant échange de points de vues que nous avons eu. Certes, les sociétés sont en pleine évolution, il n'y a rien de plus beau que de parler et de se mesurer avec une italienne qui vit au Sénégal, mon pays d'origine. Comme elle l'a dit liberté de circulation doit être garantie à tous: tout être humain devrait pouvoir se déplacer dans le pays qu’il désire et cette liberté ne doit pas etre réservée aux seuls ressortissants de certains pays. Voyager, connaitre, apprendre à confronter les cultures et à les respecter, cela nous libérera des stéréotypes qui, pendant trop d’années, nous ont été imposés.

Mariata Diop: Pourquoi encore aujourd’hui, on ne parle toujours pas de cette migration "à l'envers"?

Chiara Barison: On n’en parle pas car il y a un marketing politique en cours. C’est seulement maintenant qu’on en parle à un niveau sociologique, mais les chiffres sont évidents: en 2010, environ 70.000 jeunes Italiens ont émigré vers des pays que personne ne s'attendrait pas, comme le Sénégal. Quand je dis que je suis une émigrée au Sénégal, les  gens sont surpris parce que dans la vision collective d'un européen qui décide d’aller bosser, par exemple en Afrique, cela n’est justifié que s’il travaille à l'ambassade, dans de grandes organisations ou biens comme volontaire. Si un jeune italien décide d'aller en Afrique pour faire un travail ordinaire, les gens s’étonnent.

Mariata Diop: Que dites-vous à propos des migrants italiens au Sénégal?

Chiara Barison: Maintenant, la communauté italienne au Sénégal a augmenté, grâce aux émigrés sénégalais d’Italie, qui décident d'apporter leurs amis italiens en vacances pour visiter leur pays; une fois arrivés, ils se rendent  compte que c'est un très beau pays, un pays où il fait bon vivre, où il y a des universités, des bureaux, des banques, etc... Et donc ils dépassent le stéréotype de pays pauvre pays, sous-développé où il n'y a rien, des stéréotypes qui sont imposés. Je dirais meme plus, très souvent, les Italiens qui décident d’émigrer au Sénégal arrivent à trouver un boulot lié à leurs études, ce qui n'est pas facile, ces temps-ci, en Italie.

Mariata Diop: Et sur le phénomène des migrants en général?

Chiara Barison: Malheureusement, encore aujourd’hui, beaucoup de gens sont piégés dans les frontières de leurs pays et quelques-uns seulement sont autorisés à bouger ailleurs, sans trop de restrictions. Les personnes privées du droit de circuler et d’émigrer partout dans le monde, ne seront jamais en mesure de développer de nouvelles idées, elles pourront avoir des connaissances et resteront emprisonnées dans leur pays, sans être en mesure de le comparer avec d'autres cultures. Ce n'est pas juste que seulement certains citoyens de certains déterminés jouissent de la liberté de circulation et que, pour d'autres, les frontières sont fermées. Avec le travail que je fais, à travers l’émission que je présente, j'essaie de faire comprendre aux gens que l’émigration est universelle et pas à sens unique.

Mariata Diop: Que pensez-vous de l'intégration?

Chiara Barison: Je me sens comme en Italie, ici au Sénégal. J'essaie de puiser le meilleur de cette culture et de m’en approprier. La société sénégalaise, comme tant de sociétés africaines, est difficile et ne s’ouvre qu’à qui a la patience d'attendre et qui ne cherche pas à émigrer pour «enseigner». Chacun est un citoyen du pays qu’il sent propre.

 

 

Informafrique?

Jessica Colaço est directrice des partenariats à iHub, au Kenya. Elle a assisté à South by South West (SxSW), à Austin, au Texas au  festival de renommée mondiale dédié à l’innovation numérique.

altElle est convaincue que le mobile va tout changer en Afrique. «Notre principal atout, c’est notre capital humain et notre jeunesse. Les jeunes Africains sont en train de se forger des compétences pour rivaliser avec le monde. Autre atout important: notre usage intensif du téléphone portable».

L’Afrique est un continent formé de 54 pays. Chacun est différent, chacun a ses propres problèmes mais aussi ses solutions et sa propre niche technologique. 

Elle croit encore beaucoup au "mobile banking": «Au Kenya et en Afrique de l’Est, effectivement, le « m-banking » est très développé. Le terme regroupe deux réalités différentes: la monnaie virtuelle et l’utilisation du téléphone portable pour faire des transactions financières. Beaucoup de portefeuilles et de monnaies virtuelles sont apparues récemment et permettent d’acheter plus facilement. Au Kenya, elles sont d’ailleurs de plus en plus utilisées. La monnaie Bitcoin est en pleine expansion. Il n’y a aucune régulation et elle facilite les transactions. On se dirige véritablement vers un monde sans cash».

Et de penser que son pays est vraiment bien placé: «Nairobi, la capitale, est en train de devenir "le" hub technologique incontournable en Afrique de l’Est et sûrement même dans toute l’Afrique subsaharienne. Il y a énormément d’activités autour des technologies de l’information et de la communication (TIC). Il y a déjà des Steve Jobs africains! Ils font profil bas et ne sont malheureusement pas très visibles. Mais oui, le prochain Steve Jobs sera africain. Et je pense qu’il apparaitra dans les domaines combinés de l’ingénierie et des sciences de l’information».

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