Africains de la diaspora - Africa Nouvelles

Le discours du Président Alassane Ouattara! 
 
Honorables, Distinguées personnalités ;
Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs ; Messieurs les Consuls Honoraires de la Côte d’Ivoire ; Chers Compatriotes ;
Chers amis de la Côte d’Ivoire ;
 Mesdames et Messieurs ;
 Buongiorno ; buongiorno à chacun et à chacune de vous.

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Nous sommes très heureux, Madame Dominique OUATTARA et moi- même, d’être ici à Milan ; d’être accueillis au Pavillon de la Côte d’Ivoire. Ce pavillon, avec les nombreuses personnalités et les compatriotes qui sont là et qui représentent notre beau pays. Ce qui m’amène à dire qu’aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est à Milan.
Je voudrais remercier Mme Diana BRACCO, Présidente du Pavillon d’Italie et surtout dire à Mme Paolo DI MICHELI, Sous- Secrétaire d’Etat à l’Economie et aux Finances ainsi qu’à M. Bruno PASCHINO, Commissaire Général de l’Expo Milan 2015, que nous sommes très honorés par votre invitation.
Merci beaucoup.
La Côte d’Ivoire tenait à être présente ici, aujourd’hui, à Milan ; car c’est la journée de la Côte d’Ivoire ; et bien évidemment, dans quelques instants, nous aurons l’agréable occasion de visiter l’ensemble du Pavillon.
Je voudrais donc, au nom du Gouvernement dont plusieurs Ministres sont présents ici (M. Charles Diby KOFFI, Ministre d’Etat, Ministre des Affaires Etrangères ; M. Jean- Louis BILLON, Ministre du Commerce ; M. COULIBALY Sangafowa, Ministre de l’Agriculture ; M. Kouassi ADJOUMANI, Ministre des Ressources Animales et Halieutiques ; M. Roger KACOU, Ministre du Tourisme; Mon Doyen, frère et ami, le Président du Conseil Café- Cacao, Lambert Kouassi KONAN ; je n’ai pas besoin de vous présenter Mme l’Ambassadeur ; je vous réserve le meilleur pour la fin, Mme la Première Dame, Dominique OUATTARA), dire que nous sommes très heureux d’être là.
En réalité, c’est la deuxième fois de son histoire que l’Italie abrite cet évènement majeur depuis 1906.
Je voudrais féliciter tous les professionnels et les techniciens qui n’ont ménagé aucun effort pour concevoir, aménager et faire de ce pavillon un lieu « particulier » ; un lieu qui permet d’offrir aux visiteurs de l’Expo Milan, le meilleur de la terre ivoirienne.
Madame la Sous-Secrétaire d’Etat à l’Economie et aux Finances, Monsieur le Commissaire Général de l’Expo Milan 2015, Honorables invités,
Mesdames, Messieurs,
La présence de la Côte d’Ivoire, à Expo Milan 2015 est le témoignage des liens d’amitié entre la Côte d’Ivoire et l’Italie, deux pays qui ont décidé de rechercher dans la solidarité et la confiance mutuelle, les solutions aux défis qui interpellent l’humanité, notamment la disponibilité de ressources alimentaires, saines et abondantes pour tous, à l’horizon 2050. Voyez, Mme la Sous- Secrétaire d’Etat, c’est exactement ce que vous avez dit. C’est comme si j’avais vu votre discours à l’avance. Donc nous sommes totalement en parfaite harmonie.
Notre présence ici, s’inscrit également dans la droite ligne des préoccupations majeures de la Côte d’Ivoire, qui, depuis la Conférence de Rio de Janeiro sur l’Environnement et le Développement Durable de 1992, entend soutenir les initiatives d’ordre privé ou institutionnel, qui portent sur l’environnement et le développement durable.
Le thème de la présente édition de l’exposition universelle « Nourrir la Planète, Energie pour la Vie », est d’une importance capitale pour l’humanité, tant la faim et la malnutrition sévissent encore, hélas, dans de nombreuses régions du monde et particulièrement en Afrique.
Nous avons grand espoir que cette exposition mettra en évidence des solutions et des bonnes pratiques, adaptées aux réalités de nos pays et contribuera de manière significative à la réduction de la malnutrition et à la promotion du développement durable.
A cet effet, je voudrais saisir cette opportunité pour adresser mes vives félicitations à l’Expo Milan 2015, pour l’initiative prise de récompenser solennellement les lauréats des concours organisés à travers le monde, sur les bonnes pratiques et les projets mis en œuvre.
Cette initiative permettra de lutter efficacement contre la famine et la pauvreté, tout en prenant en compte les besoins des générations futures.
En Côte d’Ivoire, l’innovation paysanne se base essentiellement sur la recherche scientifique et la promotion des bonnes pratiques dans l’agriculture et la gestion durable des ressources naturelles. En résonnance au thème de l’Expo-Milan 2015 «Nourrir la Planète, Energie pour la Vie », nous sommes fiers de la contribution de notre pays pour nourrir le monde.
En effet, tout à l’heure, je voyais les jeunes Ivoiriens avec des paniers qui contiennent les principaux produits agricoles de la Côte d’Ivoire. Nous sommes le premier producteur mondial de cacao ; et maintenant, nous sommes le premier producteur mondial de noix de cola (alors chaque fois que vous allez boire du coca cola ou du pepsi cola, dites- vous que vous buvez une moitié de la Côte d’Ivoire) ; nous sommes également premier producteur d’anacarde (je sais qu’en Italie, on aime beaucoup les noix de cajou, donc chaque fois que vous mangez des noix de cajou, pensez à la Côte d’Ivoire); Nous sommes également le premier producteur africain de palmier à huile, de banane et d’ananas. D’ailleurs, tout à l’heure, les jeunes filles avaient dans leur panier des bananes et des ananas ainsi que des cabosses de cacao. Je les félicite d’exposer ainsi les produits phares de la Côte d’Ivoire.
Notre ambition est de contribuer encore plus par d’importantes réformes pour favoriser et encourager les investissements y compris les investissements privés dans l’Agriculture.
Pour ce faire, nous concentrons nos efforts sur les filières du Café, du Cacao, du Coton, de l’Anacarde, des Fruits et Légumes et des autres Cultures vivrières. Tous ces investissements sont articulés dans le Programme National d’Investissement Agricole (PNIA, dont le Responsable, le Ministre de l’Agriculture, COULIBALY Sangafowa est ici présent). Ce programme couvre un montant global d’environ 3 milliards d’euros pour la période 2012- 2015 (ce qui est un chiffre impressionnant, plus de 2000 milliards de Francs CFA).
Depuis la mise œuvre de ce programme, nous avons réussi à augmenter de façon significative la production des cultures agricoles. En 2011, avant le PNIA, le cumul des productions vivrières était d’environ 12 millions de tonnes. En 2014, avec la mise en œuvre du PNIA, le cumul des productions vivrières est passé maintenant à 16 millions de tonnes, soit une augmentation d’un tiers en quatre ans.
En ce qui concerne le riz, qui constitue une denrée alimentaire consommée partout en Côte d’Ivoire, la production de riz blanchi a fait un bond spectaculaire de 793 000 tonnes, passant de 550 000 tonnes en 2011 à 1 343 000 tonnes en 2014 du fait des projets exécutés dans le cadre du PNIA. Cela veut dire que nous avons quasiment triplé la production de riz. Et nous espérons que dès l’année prochaine, nous serons autosuffisants en riz.
Pour les cultures pérennes, en 2011, le cumul des productions était de 4 631 004 tonnes. En 2014, le cumul des productions de rente est passé à plus de 5 557 625 tonnes, soit une augmentation de 20% grâce toujours au PNIA.
C’est vous dire que pendant cette période toutes les productions ont augmenté. C’est donc la grande contribution de la Côte d’Ivoire à la manière de nourrir la planète.
J’ai souvent séjourné ici à Milan, et je sais que nos frères et sœurs Italiens adorent le Chocolat. Alors, il faudrait qu’ils sachent que la Côte d’Ivoire à elle seule produit 40% du cacao mondial. Donc chaque fois que vous allez prendre une barre de chocolat, dites- vous que 40% de chocolat proviennent de la Côte d’Ivoire. Et la production a augmenté de manière considérable. Elle atteint aujourd’hui 1700000 tonnes.
Donc, nous voulions, en venant ici, partager notre expérience et notre savoir-faire mais aussi marquer notre volonté de créer des opportunités pour notre commerce extérieur avec l’Italie.
Nous voulons donner un nouvel élan aux débats et aux échanges en encourageant les progrès scientifiques et technologiques pour améliorer l’utilisation des terres, tout en maintenant un équilibre entre les différents écosystèmes et la gestion judicieuse des ressources naturelles.
Savez- vous que l’Italie a 60 millions d’habitants pour un peu plus de 300000 km2 ? Alors que la Côte d’Ivoire qui n’a que 24 millions d’habitants, a 342000 km2. C’est dire que nous avons une marge de progression formidable pour que la Côte d’Ivoire puisse continuer d’augmenter sa population et sa production. Ceci est très important. Je le disais d’ailleurs partout où je suis allé, aux jeunes Ivoiriens qui sont dans les différents pays y compris l’Italie, de retourner en Côte d’Ivoire parce que nous avons du travail pour tous les Ivoiriens. Nous ne voulons pas ressembler aux pays où les enfants, les jeunes, vont se jeter à la méditerranée pour pouvoir venir dans d’autres pays. Nous avons tout en Côte d’Ivoire. Nous voulons vous encourager. Nous avons créé plus de 1.300.000 emplois depuis que je suis aux affaires et nous continuons d’augmenter le nombre d’emplois pour les jeunes. J’ai même créé récemment un ministère chargé de la Promotion des jeunes et de l’Emploi pour la jeunesse.
Donc, je suis venu vous dire que notre fierté nationale nous demande de ne pas nous associer aux pays qui sont en guerre, aux pays qui ont la famine, qui ont la pauvreté. La Côte d’Ivoire doit être un modèle de développement réussi. Tous les Ivoiriens sont en Côte d’Ivoire. Et bien entendu, nous accueillons tous ceux qui veulent venir vivre avec nous.
Je voudrais cependant réitérer notre reconnaissance au peuple italien. Nous suivons l’actualité et nous connaissons l’esprit d’hospitalité du peuple italien.
Madame la Sous- Secrétaire d’Etat, je vous prie de transmettre au Premier Ministre, au Président et à tout le peuple italien, toute la reconnaissance que nous avons pour les décisions courageuses que vous prenez par rapport au reste de l’humanité. Ce n’est pas facile de voir tant de migrants, venant donc se jeter à vos côtes par le trafic d’un certain nombre de personnes qui ne méritent pas d’être appelées des êtres humains. Donc, nous vous encourageons et nous vous félicitons.
Mais nous demandons également aux pays concernés, aux pays africains, aux pays qui sont à l’origine de cette migration, de faire des efforts pour avoir la paix dans leur pays. Notre premier Président, le Président Félix HOUPHOUET – BOIGNY disait toujours, et c’est notre philosophie, que la paix est la prunelle de ses yeux. Parce que quand on a la paix, on n’a pas besoin de fuir son pays. Quand on s’occupe de son peuple, quand on nourrit son peuple, quand on lui donne de l’eau potable, de l’électricité, des centres de santé, des écoles, comme nous sommes en train de le faire, les populations ne quittent pas leur pays pour aller se jeter dans la méditerranée.
Chers Ivoiriens, comme notre hymne national le dit, je sais que c’est notre préoccupation à tous et l’histoire de notre pays l’a démontré. Nous avons traversé une crise difficile qui a amené certains Ivoiriens à fuir la Côte d’Ivoire. Mais aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est en paix. La sécurité est revenue. Vous savez que la croissance de la Côte d’Ivoire est parmi les meilleures au monde. Nous sommes parmi les dix premiers pays qui ont la plus forte croissance dans le monde avec un taux moyen de croissance de 9% par an. Depuis 2012, nous sommes parmi les premiers pays en matière de bonne gouvernance.
J’aimerais que vous sachiez également que dans les indicateurs fournis par la Banque Mondiale dans le doing business, nous sommes parmi les dix premiers grands réformateurs d’économie dans le monde. C’est dire que la Côte d’Ivoire est sur le bon chemin. Et cela grâce au travail des Ivoiriens, du Gouvernement et des Institutions. C’est pour cela que j’invite, Madame la Sous- Secrétaire d’Etat, les entreprises italiennes, dont le savoir-faire est reconnu, à saisir les importantes opportunités d’affaires qu’offre la Côte d’Ivoire et à contribuer ainsi à son développement.
Je voudrais, pour terminer, exprimer à nouveau au Gouvernement italien, Organisateur et Hôte de cette importante manifestation thématique et institutionnelle, notre profonde gratitude pour l’appui inestimable apporté pour rendre possible la participation de mon pays à ce grand concert des nations.
Milan est un choix important pour nous tous. C’est une ville de renommée mondiale par son hospitalité, sa culture et sa beauté.
Donc, je finirai en disant : Vive Milan ;
Vive l’Italie ;
Vive la Côte d’Ivoire !
Je vous remercie.

Nairobamania! 

Durant sa visite à Nairobi, le président américain Barack Obama est allé à la rencontre de la population kényane. Il s'est retrouvé notamment devant 5 000 personnes, en majorité des jeunes, au stade couvert Safaricom Arena, en périphérie de Nairobi. 

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Le discours assez personnel d'Obama a visiblement conquis les jeunes Kenyans qui sont sortis de cette rencontre revigorés. Tout au long de son intervention dans une ambiance électrique, le président américain a fait le lien entre le chemin parcouru par le Kenya et sa propre histoire. Il a rappelé que son grand-père kenyan était un domestique pour les colons britanniques.

Barack Obama a fait part des nombreux progrès qu'il a relevés au Kenya à chacune de ses visites. Il a insisté aussi sur les méfaits du tribalisme qui a failli jeter le pays dans l'abîme en 2007 et 2008, avant d'articuler son discours autour de trois autres axes majeurs.

D'abord la jeunesse «You're in the lead», (Vous êtes en tête), a dit Obama, citant John Fitzgerald Kennedy. «Vous n'avez plus besoin d'étudier à l'étranger pour trouver une bonne éducation, comme l'a fait mon père. Tout est ici», a ajouté le président.

Au sujet des femmes il a formulé cette mise en garde: «Le Kenya ne réussira pas s'il les traite comme des citoyennes de deuxième classe; l'excision, le mariage forcé, le fait d'empêcher les filles d'aller à l'école... Ces traditions n'ont pas leur place au 21ème siècle », a déclaré Obama, qui contrairement à hier, a presque occulté la question du droit des homosexuels.

Le président américain a encouragé aussi les autorités à ne pas marginaliser des communautés dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. «Elles doivent aussi lutter contre la corruption. Les Etats-Unis seront à vos côtés tout au long des étapes de votre chemin», a dit Obama, qui a aussi remercié les Kenyans. «Grâce à vous ici, je continue de me sentir chez moi».

Le torchon brûle! 

L'Union Africaine (UA) estime que la Cour Pénale Internationale (CPI) ne s'intéresse qu'aux Africains, depuis son lancement en 2002. 

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Le 25e sommet de l'Union Africaine (UA), tenu en ce mois de juin 2015 à Johannesburg en Afrique du Sud, a donné une fois de plus l'occasion de comprendre à quel point la fracture entre les deux camps est profonde. La demande formulée par la CPI au pays hôte d'arrêter le président soudanais Omar El-Béchir, en séjour sur son territoire, n'a pas reçu d'écho favorable. M. Béchir est retourné dans son pays sans en être inquiété. Comme pour davantage enfoncer le clou, Pretoria a fait savoir, lors d'un débat parlementaire, son intention de réclamer des réformes de la CPI. Obed Bapela, ministre adjoint des Affaires traditionnelles, qui s'exprimait au nom du gouvernement sud-africain, a affirmé devant les députés que si ces réformes n'étaient pas acceptées, son pays n'aurait pas d'autre choix que de reconsidérer son adhésion à la CPI.

Auparavant, le sommet extraordinaire de l'UA tenu les 11 et 12 octobre 2013, à Addis-Abeba en Ethiopie, avait déjà mis en exergue les rapports houleux qui prévalent entre l'Afrique et cette juridiction. En réaction aux procédures de la CPI visant le président kenyan, Uhuru Kenyatta, et son vice-président, William Ruto, et le président soudanais, Omar El-Béchir, A l'occasion, certains pays dénonçant un acharnement, ont même menacé de quitter la CPI. Dans un propos dur, Haile Mariam Desalegn, Premier ministre éthiopien, alors président en exercice de l'UA, n'est pas allé du dos de la cuillère pour qualifier le travail de la CPI de «chasse raciale. Le traitement inique que nous avons subi de la part de la CPI est totalement inacceptable», avait-il alors déploré. Un discours en référence au fait que sur la trentaine de personnes déjà inculpées ou jugés par la Cour depuis son entrée en vigueur en juillet 2002, toutes ne sont que des Africains. Alors que des crimes similaires sont commis sous d'autres cieux.

Lors d'un discours officiel, le président Uhuru Kenyatta, qui a déféré le 12 novembre 2014 à La Haye à une convocation de la procureure de la CPI, Fatou Bensouda, s'est montré plus violent contre ce qu'il qualifie de «simple jouet» au service des Occidentaux. «Les chefs d'Etat et de gouvernement en exercice ne devraient pas être poursuivis quand ils sont en fonction. Nous avons décidé de parler d'une seule voix afin d'être sûrs que nos préoccupations soient clairement entendues», a-t-il fait observer. «Elle n'est plus le lieu de la justice, mais le jouet des pouvoirs impérialistes en déclin. Cette Cour agit sur demande des gouvernements européens et américain contre la souveraineté des Etats et peuples africains», s'est-il insurgé.

Pouvoir laisser le pouvoir? 

L'on a vite fait de croire que le combat qui oppose le président burundais à son peuple avait connu son dénouement final à l'annonce du coup d'Etat! Mais bien que le pasteur président ait reçu le coup en plein visage, il a, après avoir titubé et manqué de peu de s'effondrer sur le ring, repris ses esprits. Il a fini par remporter ce premier round d'un combat qui s'annonce palpitant. 

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Le président burundais, Pierre Nkurunziza, a été remis en selle! Le chef de l'Etat dont le mandat court jusqu'en août 2015 l'a vraiment échappé bel. Qui l'eut cru ? Le coup d'Etat, mené, le mercredi 13 mai 2015 par des hauts gradés de l'armée dont legénéral-major Godefroid Niyombare et des commissaires de police, a été un échec. Que fera finalement le président Nkurunziza? Va-t-il renoncer à son projet de briguer un troisième mandat ou foulera-t-il au pied les dispositions de l'article 96 de la Constitution de son pays?

«Le président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de 5 ans renouvelable une fois», telle est la disposition constitutionnelle. Il sait avoir été élu en 2005 puis en 2010. Et selon ses détracteurs, ce troisième mandat n'est ni conforme à la Constitution burundaise ni aux accords d'Arusha qui ne permettent que deux mandats présidentiels. Pour leur part, les partisans de Pierre Nkurunziza estiment que le premier mandat pendant lequel il a été élu par suffrage parlementaire et non universel, ne peut être pris en compte.

En tous les cas, le chef de l'Etat burundais a aujourd'hui deux choix. Le premier c'est de terminer ses chantiers d'ici à août 2015 et se retirer en tant que démocrate pour permettre à d'autres Burundais d'imprimer leur marque dans la gestion des affaires. L'expérience vécue ailleurs (Niger et Burkina Faso) montre que les projets de modification constitutionnelle ou l'entêtement à rester au pouvoir constituent un exercice périlleux.

La deuxième option pour Pierre Nkurunziza c'est de foncer tête baissée dans le mur en briguant un troisième mandat de 5 ans pour se maintenir au pouvoir. Certes, le coup d'Etat des généraux a échoué mais le président burundais aura à faire face à des manifestations populaires. Des hommes et des femmes qui aspirent à plus de liberté et de démocratie s'érigeront contre la boulimie du pouvoir.

Nkurunziza peut être sûr d'une chose, son 3ème mandat (s'il parvenait malgré tout à se faire élire) sera des plus difficiles à conduire. Il aura, en effet, à affronter, d'une part, ses concitoyens et, d'autre part, la communauté internationale et les partenaires financiers de son pays qui s'opposent aux tripatouillages constitutionnels. Les temps sont révolus et il vaut mieux avoir son peuple et ses amis avec soi que contre soi.

Si le président burundais réussit son projet de rester à la tête de son pays malgré les textes qui le lui interdisent, il convaincra d'autres voisins des Grands lacs notamment la République démocratique du Congo de Joseph Kabila que l'alternance n'est qu'un vain mot.

Les Etats-Unis ont clairement affiché leur position sur le projet Nkurunziza. Le département d'Etat américain estime qu'un troisième mandat du président Pierre Nkurunziza "attiserait" l'instabilité politique au Burundi.

Mais en attendant, où est passé le général putschiste? A-t-il été "fait” par ses pisteurs ou s'est-il réfugié dans une ambassade ou encore dans un pays voisin? Va-t-il accepter qu'il a perdu aussi bien la bataille que la guerre contre son ancien chef? Autant d'interrogations qui restent, pour l'instant, sans réponses. Et en tant qu'ex-compagnon d'arme de Pierre Nkurunziza au sein de la guérilla hutu, aujourd'hui au pouvoir, s'il s'échappe, il n'est pas exclu qu'il reprenne le maquis pour une nouvelle tentative de conquête du pouvoir burundais. Autant de questions sans réponses pour l'instant. Pendant ce temps, les opposants à un troisième mandat de l'homme fort du Burundi se font entendre. La répression féroce se poursuit. Chaque jour avec son lot de blessés et de morts.

Chaque livre... livre sa vérité! 

Un universitaire gabonais, par ailleurs conseiller spécial du président Ali Bongo Ondimba, vient de publier un livre intitulé Un silure dans la nasse : approximations, manipulations et posture coloniale dans les Nouvelles affaires africaines de Pierre Péan. 

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Ce livre, paru en France aux éditions du Silence, est une réponse au livre du journaliste écrivain français Pierre Péan, Les Nouvelles affaires africaines. Patrick Mouguiama Daouda ouvre son livre de 200 pages par un portrait amer de Pierre Péan: «C'est un silure. Il n'appartient ni à la catégorie des journalistes, ni à la catégorie des scientifiques, ni à la catégorie des écrivains. C'est pour se faufiler entre les eaux, mais nous l'avons attrapé avec une bonne ligne de fond». 

L'universitaire gabonais s'attaque ensuite au dossier des origines d'Ali Bongo. Pierre Péan, dans Nouvelles affaires africaines affirme que l'actuel président gabonais n'est pas le fils biologique d'Omar Bongo, et serait plutôt originaire du Biafra au Nigeria. L'écrivain gabonais consacre neuf pages de son livre pour démentir ces affirmations.

«Quelle est la seule preuve que Pierre Péan apporte pour dire qu'Ali Bongo n'est pas Gabonais ? Il cite une certaine Thérèse qui dit avoir travaillé à l'hôpital de Brazzaville. Il cite Ibrahim Babangida [à la tête de la junte qui dirigea le Nigeria de 1985 à 1993] qui est mort. Il cite Sani Abacha [à la tête du Nigeria de 1993 à 1998] qui est mort ! Vous pensez que c'est de la science ça?»

Patrick Mouguiama Daouda utilise le même style pour démontrer qu'Ali Bongo n'a pas volé sa victoire lors de l'élection présidentielle de 2009. Pierre Péan soutient plutôt qu'Ali Bongo était arrivé 2ème ou 3ème lors de ce scrutin.

Le conseiller spécial d'Ali Bongo réfute point par point les affirmations de Français. Il dit s'appuyer sur une démarche purement scientifique et non politicienne.

Sommet aux sommes sommaires?  

Au menu de cette rencontre annuelle de l'instance continentale dont le plat de résistance était «l'autonomisation et le développement des femmes pour la réalisation de l'agenda 2063», il y avait plusieurs autres sujets d'actualité, au nombre desquels la migration, le terrorisme, la gouvernance, le Burundi, la Lybie et le Soudan du sud. 

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Mais la présence à ce sommet de Omar El Béchir, le président soudanais dont une ONG sud-africaine a demandé l'arrestation conformément aux mandats lancés contre lui par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide, tous en relation avec la guerre au Darfour, a certainement chamboulé l'agenda des chefs d'Etat.

Avec cette affaire El Béchir, c'est un test grandeur nature sur la capacité de l'UA à respecter ses engagements et à se démarquer des satrapes qui président aux destinées de certains pays.

L'interdiction faite à Omar El Béchir de quitter le territoire, par un tribunal sud-africain, avant qu'il ne rende son arrêt ce lundi 15 juin sur l'arrestation ou non du président soudanais, est en soi un acte fort, mais on aurait tort de manifester un enthousiasme débordant, tant les chefs d'Etat africains ont imprimé à l'Union africaine, l'image d'un club de dictateurs se soutenant mutuellement.

L'organisation continentale nous a, en effet, habitués depuis sa création à des louvoiements, à chaque fois que l'occasion lui est donnée de rappeler à l'ordre tous les chefs d'Etat en rupture de banc avec la communauté internationale ou avec leur propre peuple.

Le cas du Burundi où NKurunziza a décidé de pulvériser au bazooka les accords d'Arusha pour se maintenir au pouvoir, était par exemple, une occasion pour l'UA de démontrer qu'elle a définitivement rompu avec le laxisme vis-à-vis des despotes qui sont parvenus aux manettes des Etats et y restent grâce à des procédés illégaux. Mais hélas, mille fois hélas ; l'institution continentale s'est encore bornée à rappeler des principes et ipso facto, à ménager étrangement le satrape de Bujumbura en se réfugiant derrière les résolutions des pays de l'EAC prises à Dar-es-Salaam le mois dernier.

En toute logique et en toute lucidité, comment peut-il en être autrement, quand le continent manque cruellement de leaders ou d'hommes d'Etat à même de cracher leurs vérités aux autres sans qu'on ne leur oppose leurs propres frasques ou turpitudes? En vérité, il n'existe quasiment plus cette race des Alpha Omar Konaré pour secouer le cocotier, quitte à être taxé, comme ce fut le cas pour le natif de Kayes, de subversif et d'empêcheur de « bâillonner les peuples » en rond.

En tout état de cause, on est bien loin de ce 9 juillet 2002, quand on entonnait en chœur au grand Stade de Durban, l'hymne continental et où on déclarait caduques les frontières héritées de la colonisation, avec en perspective une armée, une monnaie, un gouvernement et une banque centrale uniques.

En un mot comme en mille, l'UA est plombée par l'incapacité ou plus exactement par le manque de volonté politique de ses membres dirigeants d'appliquer les dispositions contenues dans son acte constitutif, mais aussi, ne l'oublions pas, par une impasse financière.

L'UA ne finance, en effet, que 28% de son budget de fonctionnement, le reste étant pris en charge par de généreux donateurs, parmi lesquels l'Union européenne, la Banque mondiale, la Chine et la Turquie. Et les turbulences financières que traversent les plus gros contributeurs au budget de l'organisation que sont la Lybie et l'Egypte, ne sont pas de nature à arranger les choses.

On comprend dès lors pourquoi l'UA est obligée de tendre la sébile à ses sœurs des autres continents, en faisant grise mine pour émouvoir les éventuels donateurs et susciter leur compassion.

Faut-il laisser l'institution continentale tanguer parce que dirigée par des aventuriers et des despotes de tous poils, tenant à distance les peuples pour lesquels cette union est censée exister ? Assurément non ! Et il faut travailler à renforcer les pouvoirs de la commission en rognant les prérogatives des chefs d'Etat dont la fidélité et la loyauté aux textes fondateurs de l'union sont plus qu'aléatoires.

Il faudrait en outre que l'union descende au niveau des populations, des OSC et des institutions au plus bas niveau, qu'elle soit une union des peuples pour les intérêts des peuples et non un conglomérat de satrapes le plus souvent ostracisés par les bailleurs de fonds et vomis par leurs propres peuples.

Gageons qu'avec le réveil des OSC dans bon nombre de pays africains, l'UA emboîtera le pas aux organisations sous-régionales comme la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), la SADC et dans une certaine mesure la Ligue arabe qui sont, l'on est bien obligé de le reconnaître, plus efficaces parce que plus proactives et pragmatiques, surtout en matière de résolution de crises.

En attendant les conclusions de ce 25e sommet qui, comme les précédents, risque d'accoucher de vœux pieux et de discours convenus, on peut déjà se réjouir du fait que l'un des membres du club des puissants d'Afrique ait passé la nuit du dimanche au lundi suspendu à la décision du tribunal de Johannesburg. Peut-être que de ce côté-là, « plus rien ne sera comme avant ». Mais attendons de voir. Car ces conférences tam-tam de l'UA, très souvent, n'apportent rien de nouveau ni de bon pour la démocratie et le progrès sur le continent.

FMI: Fabrique-Misère International? 

Depuis 30 ans, le docteur FMI (Fonds Monétaire International) tue tous les patients qu'il soigne. Un seul traitement dans sa sacoche: la saignée. Si le patient ne guérit pas? C'est qu'il faut saigner encore! Le voilà qui agonise? Saignons-le davantage! Il meurt? C'est qu'il a refusé de se laisser saigner assez. 

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Après l'Europe ravagée, l'Amérique du Sud ruinée, l'Asie enfoncée, les «plans d'ajustement» du FMI gagnent désormais l'Afrique, jusqu'au Sénégal. Mais, des expériences passées, on pourrait tirer une leçon d'espoir: les cancres s'en tirent mieux que les bons élèves.

A nouveau, aucune surprise aux propos du FMI sur le Sénégal. En bref: l'économie ne fait pas trop mal, mais des nuages orageux pointent à l'horizon. Pour les éviter, il faut une réforme des pensions, assainir sur les soins de santé et revoir notre système d'indexation automatique des salaires. Le discours du FMI sonne comme un écho à ce que l'establishment tente de nous faire croire depuis déjà longtemps. Un tel discours est en effet prononcé sur base de données mises à disposition par le gouvernement sénégalais.

Il est vrai que Wade avait pris des décisions qui ont fondamentalement déréglé le système de rémunération des Agents de l'Etat, portant les inégalités de traitement à un niveau jamais atteint! Mais faut-il sacrifier certains fondamentaux économiques pour stimuler le rythme d'une croissance inclusive? L'un des paramètres de cette équation, et l'un des éléments de réponse, est le niveau d'endettement de l'économie et surtout la soutenabilité des dettes. Actuellement, les pourparlers entre le Sénégal et le FMI avancent à grands pas. Et comme à l'accoutumée, le recours à une source de financement ou à une autre n'a jamais fait l'unanimité des économistes, encore moins des politiciens. Mais cette fois, les réserves grimpent d'un cran. Car, le passage par le «pompier» éveille les souvenirs du Programme d'Ajustement Structurel (PAS) initié, ou plutôt imposé, en 1984, par l'institution internationale. Pis, le recours aux bailleurs de fonds étrangers semble devenir un réflexe, voire une solution de facilité !

En effet, avec des ressources naturelles limitées et des recettes fiscales insuffisantes, l'endettement extérieur demeure une source incontournable de financement du budget de l'Etat. Un budget constamment révisé à la hausse pour répondre aux demandes sociales pressantes. Il est à noter, par ailleurs, que le Sénégal a toujours gardé des niveaux de dette relativement maîtrisés et acceptables. D'ailleurs, le taux d'endettement public extérieur du Sénégal «n'est que» de 42,9% en 2014, de loin inférieur à celui du Japon, 185%, ou à d'autres économies avancées, à l'instar des Etats-Unis ou de la France. L'analyse de la viabilité de la dette publique indique un risque de surendettement faible certes, mais avec une vulnérabilité qui s'accroit.

Or, il est question pour les pays comme le Sénégal qui souhaite «émerger» d'éviter de retourner à la situation antérieure de PPTE (Pays Pauvres Très Endettés) et de l'Initiative de l'Allègement de la Dette Multilatérale (IADM).

Ce qui, d'emblée, pose la question de la pertinence du recours aux institutions internationales telles le FMI et celle de savoir s'il n'existe pas d'autres alternatives et d'autres solutions nationales (reprise des exportations du secteur des phosphates et dérivé, relance du secteur touristique et celui de la pèche...) qui éviterait au Sénégal de subir le diktat du FMI...

De nombreux défis sont lancés à ce nouveau programme d'ajustement structurel que le FMI veut nous imposer: la progression du secteur informel, la montée de la pauvreté et des tensions sociales (grèves, insécurité urbaine). Ces tensions viendront s'ajouter au coût social des politiques de développement menées, sans succès, depuis l'indépendance. L'accès aux services de base (éducation, santé, eau potable, électricité, infrastructures collectives) est de plus en plus difficile pour la majorité de la population. Selon la plupart des enquêtes, deux habitants sur trois sont touchés par la pauvreté. Une étude menée sur les ménages note que «les Sénégalais sont surendettés et vivent au-dessus de leurs moyens».

Le FMI fait une "réponse du berger à la bergère" , en voulant incriminer les salaires des agents de l'Etat, pour répondre à ceux qui incriminent le train de vie exorbitant de l'Etat, dans ses dépenses matérielles et salariales, notamment, celui des grandes institutions de la République (Présidence, Gouvernement, Assemblée nationale, Conseil économique, social et environnemental, ministère des Affaires étrangères avec la fameuse prime des épouses des ambassadeurs), et celui des dirigeants des entreprises parapubliques et autres Agences! Combien sont- ils? Combien pèsent-ils?

Patrice Sané 

militant de l'APR, membre du CCR et CICR