Africains de la diaspora - Africa Nouvelles

Charles n'est pas... Charlie! 

«Rendre hommage aux victimes, oui. Rendre hommage à Charlie Hebdo, non»

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«Je vais aller à contre-courant de la bienséance émotionnelle en me dissociant du mouvement "Je suis Charlie". Non, je ne suis pas Charlie parce que je n’ai jamais aimé ce journal manichéen. Charlie Hebdo est un papier vulgaire, méprisant les opinions qui ne sont pas les siennes qui, sous couvert de la liberté d’expression, se permet toutes les provocations. Charlie Hebdo est un journal agressif qui exploite le filon de la haine des religions en passant soi-disant par l’humour. 

Charlie Hebdo est à l’image de la société athée européenne de gauche, un pourvoyeur de rancune et un ennemi du respect et de la fraternité entre les peuples et les hommes, quelles que soient leurs différences, leur race, leur couleur, leur religion. Je refuse donc de prendre part à une «alliance sacrée républicaine» pro-Charlie parce que, tout simplement, je ne comprends pas ce que je dois défendre.

Je ne suis ni irrespectueux, ni indécent et ne souhaite pas offenser la mémoire des crayonneurs abattus. Les mots manquent pour dire l’horreur de l’attaque qui a frappé la rédaction du journal. Je condamne cet acte de barbarie et présente aux familles et proches des défunts mes plus sincères condoléances.

Je dénonce juste la stérilité de la tentative d’union nationale et l’hypocrisie des citoyens qui n’ont jamais lu l’hebdomadaire humoristique et qui l’ont toujours critiqué.

Rendre hommage aux victimes, oui.

Rendre hommage à Charlie Hebdo, non».

Directeur du "Journal du jeudi" (Burkina Faso) 

«Un choc sans nom». C'est ainsi que qualifie Damien Glez, l'ignoble attaque contre Charlie hebdo et qui a fait 12 morts dont 5 des plus grandes figures de ce journal. Face à cette liquidation de toute une équipe de presse, le caricaturiste, portraitiste, dessinateur de presse et directeur de publication délégué de l'hebdomadaire satirique le "Journal du Jeudi" est simplement révolté. 

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Comment avez-vous vécu cette attaque à Charlie Hebdo? 

Cette attaque a évidemment été un choc sans nom. Tous les dessinateurs sont atterrés. On ne sait même plus quel sens peuvent avoir les discours sur la liberté d'expression, face à de tels islamistes... La raison ne semble plus avoir le droit de cité!

Quel est votre sentiment devant l'atrocité de l'acte? 

On a une grande émotion pour les individualités qui sont tombées sous les balles. Et, en plus, on a l'impression que c'est tout un journal qui a été décimé, puisque l'attaque a eu lieu en pleine conférence de rédaction.

Est-ce la malheureuse preuve qu'il y a encore des limites pour les journalistes? 

Il y aura sans doute toujours des limites dans la liberté d'expression. Vu d'Afrique, ce qui est frappant, c'est que de tels événements se déroulent dans le berceau même de la caricature...

Connaissiez- vous personnellement les confrères froidement assassinés? 

Je connaissais bien Tignous, qui était encore à Ouagadougou en 2011. J'avais rencontré Wolinski dans une exposition commune. Et Cabu militait dans notre association «Cartooning for peace». Charlie Hebdo était même venu faire un numéro en duo avec JJ (Journal du Jeudi, seul hebdomadaire satirique du Burkina Faso, NDLR), après la dévaluation du CFA.

Quelle conséquence majeure aura cet ignoble acte sur les crayons des caricaturistes? 

Si l'on veut être fidèle à l'esprit particulièrement corrosif de Charlie hedbo, il faut qu'on mette deux fois plus de vitriol sur nos plumes!!! Les victimes n'auraient aimé ni la frilosité ni la sensiblerie...

La leçon du caleçon? 

En Afrique du Sud, la rentrée parlementaire s'annonce mouvementée. Julius Malema, leader de l'EFF (Combattants pour la Liberté économique), menace de siéger nu s'il ne peut pas porter sa tenue d'ouvrier rouge. 

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En effet, les 25 députés de l'EFF siègent en combinaison d'ouvrier rouge et bottes de caoutchouc, pour les hommes et en tenue de ménagère et tablier pour les femmes. Un goût vestimentaire qui ne plait pas a tout le monde.

Julius Malema et ses 24 députés vont-ils siéger en sous-vêtements? «Personne ne doit nous dire comment nous habiller», a déclaré le leader de l'EFF.

Le Parlement envisage en effet d'imposer un code vestimentaire, car les combinaisons d'ouvriers rouges et les tenues de ménagères, devenues la marque de fabrique du parti de Malema, font l'objet de polémique. A plusieurs reprises, des députés EFF ont ainsi été expulsés par la force de parlements provinciaux pour s'être habillés tout de rouge.

Pour Richard Mdakane, président du comité parlementaire chargé de trancher sur la question, il ne s'agit pas de cibler Malema et ses députés. Il affirme qu'un code vestimentaire est en discussion depuis 2 ans déjà, notamment pour bannir des tenues considérées comme trop légères.

En tout cas, le sujet a tourné au bras fer entre les députés du parti au pouvoir, l'ANC, et ceux de Malema, ces derniers affirmant s'habiller ainsi pour représenter ceux qui les ont élus, à savoir les ouvriers, «abandonnés par le parti au pouvoir», selon eux.

Verra-t-on Malema en caleçon dans l'hémicycle? La réponse est attendue le 12 février.

Kabila! Huumm!

C'est une situation politique très tendue que vit la République Démocratique du Congo (RDC) et pour cause. La révision de la loi électorale qui devrait permettre au président sortant Joseph Kabila de briguer un mandat supplémentaire n'est pas du goût de l'opposition et de certaines organisations de la société civile. 

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Depuis lundi 19 janvier, des Congolais ont manifesté leur colère, mais le dispositif policier très musclé mis en place par le pouvoir ne leur a point permis d'aller plus loin. Et certains ont déjà payé de leur vie, cette danse macabre autour de la constitution. 

Alors qu'on pensait que le calme était revenu, mardi dans la capitale, les échauffourées entre policiers et les anti-Kabila ont repris de plus belle. Cette fois-ci, la fièvre a gagné toute la ville de Kinshasa alors que les manifestations étaient ciblées dans la zone du siège du Sénat où devait avoir lieu le vote. 

Le moins que l'on puisse relever c'est que tous les ingrédients d'une insurrection semblent réunies dans la capitale congolaise. Du moins, les manifestants semblent déterminés à aller jusqu'au bout de leur désir. 

Ce qui n'est pas sans rappeler le mouvement populaire qui a renversé Blaise Compaoré en fin octobre dernier à Ouagadougou. Au deuxième jour des manifestations, le dispositif policier de Kabila fait feu de tout bois. 

Le pouvoir n'hésite pas à procéder à l'arrestation d'opposants ou encore à couper la République démocratique du Congo du cyberespace en rendant simplement impossible la communication par Internet et par SMS. 

Pour quels résultats? C'est vrai que Joseph Kabila ce n'est pas Blaise Compaoré et Kinshasa n'est pas non plus Ouagadougou. Mais ne dit-on pas que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets?

Pouvoir laisser le pouvoir? 

L'ancien président de la République a sévèrement mis en garde son successeur à la tête du pouvoir sur l'interdiction de manifestation politique. Lors d'une déclaration de presse, à la suite de son déplacement forcé à la place de l'Obélisque où devait se tenir le meeting interdit de son parti, Abdoulaye Wade a déclaré être prêt à donner sa vie pour le respect du droit de manifester.  

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L'ancien président de la République, Abdoulaye Wade, a réaffirmé son engagement à combattre les mesures d'interdiction des manifestations de l'opposition. Accusant Macky Sall de se comporter comme un dictateur qui foule au pied la Constitution, le secrétaire général national du Pds a annoncé l'ouverture d'une résistance à l'oppression dénommée opération «Fipou», en langue wolof. Avant d'inviter tous ses militants à sa manifestation de demain, mercredi. 

Me Wade est plus que déterminé a aller jusqu'au bout dans sa lutte pour le «respect des manifestations politiques» au Sénégal. Moins de 48 après avoir forcé le barrage policier pour se rendre par la force à la place de l'Obélisque où devait se tenir un meeting interdit de son parti, le patron du Pds est encore monté au créneau. 

Présidant une réunion du FPDR (Front Patriotique pour la Défense de la République), lundi 02 janvier, il a notamment fustigé l'attitude anticonstitutionnelle de son successeur Macky Sall qui, selon lui, se comporte comme un «dictateur» qui foule au pied le texte de la Constitution, refusant les libertés comme les marches et les réunions qui sont des droits inscrits dans la Constitution. 

Evoquant entre autres le bon déroulement de son accueil au mois d'avril dernier, suite à 2 ans d'absence du territoire national, le meeting sans incident sur la place de l'Obélisque du 24 novembre dernier, l'ex-chef de l'Etat a souligné que «depuis 2 ans, Macky Sall nous refuse les marches et son ministre de l'Intérieur évoque des propos fallacieux. Aujourd'hui, à chaque fois que nous voulons organiser ou tenir un meeting, on sérine les risques de troubles de l'ordre publique. Cela ne peut pas durer. Je lance le slogan "Fipou!". Nous avons décrété une ère de résistance à l'oppression qui est une notion de droit positif. Que toute la population vienne mercredi devant la permanence pour rejoindre avec nous la place de l'Obélisque. Et si Macky interdit notre marche, je demanderai que tout le monde aille devant la Présidence... ». 

Wade recadre son appel à l'armée 

Me Wade a saisi également l'occasion de cette rencontre avec la presse pour préciser sa pensée concernant un «appel» qu'il aurait lancé à l'armée. «... Je veux que l'on comprenne bien ce que je suis en train de faire aujourd'hui. S'agissant de la déclaration, j'ai dit et j'assume que Macky Sall se comportait comme un dictateur qui foule au pied les textes de la Constitution, refusant les droits qui y sont inscrits, utilisant la police pour nous disperser et cela nous ne pouvons plus l'accepter. J'ai ajouté que si cela continue, je ferais appel à l'armée pour nous départager et abriter les conditions d'une élection libre et démocratie. Qu'est-ce que je gagne dans un coup d'état militaire?» 

Wade invite Macky à justifier ses avoirs 

Me Wade n'a pas manqué aussi d'évoquer la traque des biens mal acquis. Se prononçant sur ce dossier, Me Abdoulaye Wade qui a tenu à préciser qu'il n'a rien offert à son ex-Premier ministre en tant que chef de l'Etat, a tout simplement demandé à ce dernier de justifier l'origine de ses biens. 

«Je connais les structures de la Présidence ; le Premier ministre a une caisse qui s'appelle la «Casamance» que je ne contrôle pas. S'il a mis Samuel Sarr en prison abusivement, il doit aussi s'expliquer sur l'origine de son argent. Moi, j'ai donné beaucoup d'argent, mais c'est mon argent. Tous les ans, j'avais un budget voté par l'Assemblée et une caisse réservée au président de la République. Je pouvais mettre de côté chaque année, 1 milliard ou 2, mais je n'en ai rien fait, j'ai tout distribué aux Sénégalais. Sa plainte à Paris a été rédigée de telle façon qu'elle me visait directement. La police a donc fouillé mes comptes et en a conclu que je n'avais pas d'immeuble». 

Selon lui, Macky Sall doit lui aussi s'expliquer sur la question. «Ceux qui l'entourent et qui l'ont mis dans cette situation actuelle, c'est juste une bande d'énergumènes. Qu'il nous dise où est-ce qu'il a trouvé ses immeubles aux Etats-Unis». En outre, le Président Wade a dénoncé la «détention arbitraire des otages politiques» dont il a exigé la libération. Il s'agit entre autres d'Aïda Ndiongue, Abdou Aziz Diop, Karim Wade et Pape Mamadou Pouye.

Pouvoir laisser le pouvoir?  

"Double Congo, double dictature", est-on tenté de dire, paraphrasant le titre d'un thriller américain. C'est la conclusion à laquelle on aboutit, quand on observe actuellement la République démocratique du Congo (RDC) et le Congo voisin.

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Deux canards boiteux en matière de démocratie. Comme on le sait et en ce qui la concerne, la RDC estle théâtre d'affrontements meurtriers entre forces de l'ordre et manifestants opposés à la loi électorale, qui devrait octroyer un bonus au président Joseph Kabila. Les chiffres sont contradictoires, certes. Mais la Fédération internationale des Droits de l'Homme (FIDH) fait état de dizaines de morts. 

Des tirs à balles réelles sur des manifestants pacifiques ont été relevés. Inconcevable dans un Etat de droit. Et même si elles avaient affaire à des pilleurs comme le défend cyniquement le porte-parole du gouvernement, rien n'autorise les forces de l'ordre à leur ôter la vie. C'est dire que ces tueries dénotent d'une barbarie des autorités de la RDC, et, hélas, d'une dictature. 

Les tensions que vit la RDC n'émeuvent pas

le camp présidentiel de l'autre côté du fleuve Congo? 

Ce, d'autant plus que ces manifestations s'inscrivent dans le cadre d'une protestation contre les dérives autocratiques du président Kabila. Sous prétexte qu'il faut recenser les populations pour le scrutin présidentiel à venir, la majorité présidentielle a adopté une loi consacrant de facto le report de l'élection. Ce qui donne une rallonge au président Kabila en fin de mandat. On sait que le camp présidentiel en RDC avait envoyé une délégation s'inspirer des méthodes de l'ex-parti au pouvoir au Burkina Faso pour tripatouiller la Constitution. Il en a certainement retenu la leçon du "lenga"[1] envisagé un temps par Blaise Compaoré.

Cette rallonge vise certainement à laisser à Kabila, le temps de porter un coup fatal à la clause constitutionnelle limitant le nombre de mandats présidentiels. En restant au pouvoir en attendant que ce recensement se fasse, Kabila se donne le temps et les moyens de peaufiner sa stratégie de tripatouillage constitutionnel, aux fins de faire sauter le verrou limitatif du nombre de ses mandats présidentiels.

Ce faisant, il pourra s'octroyer le droit de briguer un 3ème mandat consécutif. Et pour qui connaît la propension de bien des pouvoirs africains à la fraude électorale, sa réélection ne serait alors qu'un jeu d'enfant.

On ne cessera jamais de déplorer cette attitude des chefs d'Etat africains. Pour eux, il n'y a pas de vie après le pouvoir, pas de raison d'exister en dehors du pouvoir. C'est dommage. Où étaient donc Joseph Kabila et ceux qui défendent aujourd'hui la thèse de la nécessité du recensement? Qu'ont-ils fait depuis tout ce temps, pour brandir aujourd'hui l'absolue nécessité du recensement électoral sans lequel il ne peut y avoir d'élection? Ignoraient-ils après la réélection de Kabila en 2011, qu'ils devaient préparer une présidentielle en 2016?

L'organisation de consultations électorales dans un Etat de droit démocratique, ne saurait être une surprise pour le pouvoir en place. Cet alibi, pire cette argutie, prouve, au mieux, toute l'incurie de ceux qui dirigent ce pays. Au pire il cache mal une intention délibérée du pouvoir de ne pas aller aux élections. Disons-le tout net : le fait pour le pays de ne pas être prêt pour la présidentielle de 2016, a été sciemment organisé. Et il est déplorable que des sénateurs en soient à cautionner une telle ruse préjudiciable à l'avenir de la RDC. Quel héritage ces "sages" veulent-ils léguer aux générations futures? Le chaos, selon toute vraisemblance.

Ces tensions que vit la RDC n'émeuvent visiblement pas le camp présidentiel de l'autre côté du fleuve Congo. Pendant que Kinshasa brûle, Brazzaville s'y prépare. Le président Denis Sassou N'Guesso ne se laisse pas instruire par ce qui se passe chez son voisin. Lui, a trouvé une autre argutie au secours de son projet de tripatouillage constitutionnel. Il veut tout simplement "moderniser" la Constitution de son pays. Rien que ça!

Après plus de 30 ans au pouvoir avec la petite parenthèse du pouvoir de Pascal Lissouba, le chef de l'Etat congolais se rend compte, subitement, que la Constitution de son pays est archaïque. On s'en serait bien marré si la situation n'était pas dramatique. Qu'a le président Sassou à donner encore au peuple congolais, qu'il n'a pas pu donner pendant plus de 30 ans au pouvoir? La vérité, c'est que, comme les autres dictateurs du genre, il rêve de mourir au pouvoir.

Le sang qui coule sonnera davantage la révolte 

Finalement, ces deux Congo ont beaucoup de points communs. Ils sont tous les deux gâtés par Dame Nature. Aussi, les deux pays sont, à ce jour, dirigés par des militaires prétendument reconvertis. Et ceci expliquant peut-être cela, ils ont en commun une gouvernance exécrable. Ces deux chefs d'Etat représentent aujourd'hui une sorte de coalition contre la démocratie. Le drame, les immenses richesses naturelles de leurs pays leur offrent des moyens de chantage ou à tout le moins, des moyens de résister aux pressions occidentales.

De plus, l'environnement immédiat de ces pays ne les aide pas. Ils sont en effet entourés par d'autres fossoyeurs de la démocratie comme le président angolais Dos Santos. Ces homologues qui ne cracheront pas eux-mêmes sur le pouvoir à vie, s'ils en ont l'occasion, représentent pour ces tripatouilleurs une sorte d'assurance-vie, plus exactement d' "assurance-pouvoir". Malheureusement, les grandes démocraties, malgré leurs réactions, n'ont pas vraiment la tête à ces débats actuellement, beaucoup plus préoccupées qu'elles sont par le combat contre le terrorisme, notamment contre Boko Haram et Daech (que d'aucuns soupçonnent meme etre leurs créatures). Et il ne faut pas non plus compter sur l'Union africaine (UA). Comme d'habitude, l'organisation africaine brille par son silence. Les tueries de manifestants à Kinshasa, elle n'en dit mot. Elle ne se manifestera qu'en cas de coup d'Etat.  

Cela confirme si besoin en était encore, que seuls les peuples sont maîtres de leur destin. Plus ils seront déterminés à défendre la démocratie, plus ces satrapes auront fort à faire. Et le sang qui coule sonnera davantage la révolte. Mais Kabila devrait comprendre que la répression n'est pas la solution. Au contraire, plus elle s'abattra, plus elle provoquera la colère des populations. Comme l'a si bien dit l'archevêque de Kinshasa, Monseigneur Laurent Monsengwo, les autorités doivent cesser d'ôter la vie de leurs concitoyens. C'est aux antipodes des valeurs de la démocratie et du respect du droit le plus fondamental de l'homme qu'est le droit à la vie.

Le sang des manifestants versé, des jeunes pour la plupart, est un mauvais présage. D'autant que le mouvement commence à toucher d'autres localités de la RDC, l'Est notamment. Des voix discordantes se font également entendre au sein même du parti du président Sassou N'Guesso. Et si cette dynamique se poursuit, la fin n'est peut-être pas loin pour Kabila, mais aussi pour son homologue de l'autre côté de la rive.

[1] Sorte de "bonus" en langue nationale mooré (Burkina Faso).

Compaoré enseigne? 

C'est depuis lundi 19 janvier que la République Démocratique du Congo (RDC) est en ébullition. Cette fois-ci, ce n'est pas un accès de rébellion dont sont coutumiers les millions d'habitants de ce vaste pays, notamment à l'Est. La pomme de discorde, c'est surtout cette volonté affichée du pouvoir en place de procéder à la révision de la Constitution, dont l'objectif inavoué est de permettre à Joseph Kabila de se représenter à la présidentielle de 2006. 

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Après 3 jours de manifestations, il y a une quinzaine de morts et, petit à petit, le pays est en train de sombrer dans un cycle de violence/répression aux conséquences incalculables. La situation serait très volatile, notamment aux alentours des universités à Kinshasa et à Goma; les étudiants ne voulant pas en démordre. 

Jusqu'où ira-t-on surtout que Petit Kabila ne veut pas faire marche-arrière? Et en pire, la machine répressive est allée si loin que depuis lundi, les autorités se sont tirées une balle au pied, avec le black-out Internet et les SMS. L'on a appris que la connexion a été rétablie. Empêcher de communiquer, n'est-ce pas mettre tout un pan de la vie économique, notamment les Douanes, en berne? Du reste, il s'agit là d'une solution cosmétique d'autant que les internautes peuvent bien se tourner (ils l'ont fait d'ailleurs) vers des sites internationaux sur lesquels la censure n'a pas prise. Après la chienlit qui a été installée, il ne manquait plus que pareilles décisions inconséquentes de la part du gouvernement.

Dans cette ambiance des plus moroses, il y a eu la sortie du clergé contre la volonté du clan Kabila de vouloir, coûte que coûte, vaille que vaille, procéder à la révision de certains articles de la constitution. Soit dit en passant, cette volonté est d'autant plus critiquable que lesdits articles sont verrouillés. Cette révision est si inopportune qu'après différentes rencontres à Rome avec le pape François, la conférence épiscopale de RDC a publié, dimanche dernier, une lettre dans laquelle elle réaffirme son opposition à toute modification de la Constitution de la RDC pour une nouvelle candidature de Joseph Kabila en 2016.

Mieux, suite à la dégradation de la situation, Monseigneur Laurent Monsengwo, grande figure de l'église catholique en Afrique, a donné de la voix en appelant le pouvoir à ne pas tirer sur la population. Pour l'instant, elle prêche dans le désert, cette autorité morale incontestable qui a été dans une autre vie un acteur politique majeur de la période de retour à la démocratie qui a suivi la chute du régime du dictateur Mobutu, devenant président du Bureau de la Conférence nationale souveraine de 1992 à 1996.

En sus des manifestations de la population, l'on se rappelle qu'au Burkina Faso, l'église catholique était également montée au créneau face à la volonté de Blaise Compaoré de réviser l'article 37 portant sur le nombre de mandats. On sait ce qu'il advint. Comparaison n'est pas raison, mais les autorités congolaises, à commencer par le président de la République, Joseph Kabila, devraient méditer sur ce pan de l'histoire du Pays des hommes intègres.

Un proverbe bien de chez nous ne prévient-il pas que «lorsque l'âne veut terrasser son cavalier, ce dernier ne fait pas attention à la position de ses oreilles»?