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"Reich...erche" aboutie!

L'histoire sidérante que révèle l'hebdomadaire allemand Focus dans son édition du 4 novembre commence par hasard. Dans un train entre Munich et la Suisse, en septembre 2010, les douaniers allemands contrôlent un voyageur. Ils saisissent une enveloppe contenant 9.000 euros en billets et pensent avoir affaire à une banale fraude fiscale. Mais Cornelius Gurlitt, se révèle inconnu des administrations de son pays, services des impôts et services sociaux: «un homme qui n'existait pas» dit de lui l'un des enquêteurs.

altLes douaniers cherchent à faire l'inventaire des biens de ce fantôme. Ils identifient l'appartement qu'il loue à Munich et s'y rendent au printemps de 2011. Leur première surprise est d'y découvrir des nourritures périmées et avariées en quantité, entassées du sol au plafond et dans toutes les pièces. La deuxième est que, derrière les cartons de boîtes de conserves, sont dissimulées des œuvres d'art, à peu près 1.500.

La troisième – –de loin la plus remarquable –– est qu'il y a làdes tableaux d'Auguste Renoir, Henri Matisse, Pablo Picasso, Marc Chagall, Paul Klee, Oskar Kokoschka ou Max Beckmann. L'ensemble est estimé aujourd'hui à un milliard d'euros. Mais une telle estimation n'a guère de sens. Non seulement les œuvres ont pour auteurs la plupart des artistes majeurs des avant-gardes européennes du premier tiers du XXe siècle, mais leur histoire elle-même, qui commence à apparaître plus clairement, ne peut qu'accroître leur valeur.

PROVENANCE DES ŒUVRES

Les douanes allemandes, dans un premier temps, n'ont pas ébruité leur fabuleuse prise. Les œuvres ont été déménagées de l'appartement de Cornelius Gurlitt jusqu'à un dépôt officiel et protégé à Garching, banlieue de Munich. Là, des experts ont commencé l'enquête sur la provenance des œuvres. Recherche assez facile au demeurant: Cornelius Gurlitt avait pour père Hildebrand Gurlitt, historien de l'art et marchand, dont le nom est connu de ceux qui s'intéressent au pillage de l'Europe par les nazis durant la Seconde Guerre Mondiale. Mais on ne soupçonnait pas l'ampleur de ses activités.

Hildebrand Gurlitt naît à Dresde en 1895 dans une famille lettrée et artiste. En 1925, il devient le premier directeur du musée de l'Albert König Museum de Zwickau, dans sa Saxe natale. En 1930, il est démis de ses fonctions parce qu'il défend trop ostensiblement l'art moderne, que le parti nazi désigne déjà comme l'un de ses ennemis idéologiques. A cette date, Gurlitt est du côté des artistes contemporains ––et persécutépour cette raison. Pour autant, après 1933, il devient l'un des acheteurs attitrés du Führermuseum qu'Hitler veut ériger à Linz: la reconversion laisse songeur. Désormais un homme sûr aux yeux du IIIe Reich, il peut développer en toute quiétude son commerce à Berlin et Hambourg.

En 1937, l'opération Entartete Kunst ––art dégénéré––est orchestrée par Hitler et le parti national-socialiste, des hiérarques aux fonctionnaires subalternes. Près de 16 000 œuvres sont pillées dans les collections d'une centaine de musées allemands, mais aussi dans des collections privées juives.

"ENTARTETE KUNST"

Une exposition a lieu à Munich en 1937, sous ce même titre, Entartete Kunst. Elle a pour but de dénoncer dans l'art contemporain un complot –– juif et bolchevique assurément –– visant àla corruption de l'«âme allemande »et des traditions artistiques nationales. De nombreuses photographies et un opuscule qui fait office de catalogue renseignent sur ce qu'ont étécette manifestation, son antisémitisme, sa xénophobie, son ignominie. Expressionnisme, cubisme, futurisme, abstraction, Dada, surréalisme : aucun mouvement n'est épargné. Les artistes visés qui n'ont pas encore émigré comme l'ont fait déjà Max Beckmann, Max Ernst, Raoul Hausmann ou George Grosz, se retirent dans une semi-clandestinité que surveille la Gestapo –– c'est le cas d'Otto Dix –– ou se suicident –– Ernst Ludwig Kirchner en 1938.

L'exposition terminée, restent les œuvres. Elles ne sont pas toutes détruites, loin de là. Le 31 mai 1938, Goebbels crée la Kommission zur Verwertung der Beschlagnahmten Werke Entarteter Kunst, commission pour l'exploitation des œuvres d'art dégénéré: il faut rentabiliser le pillage. Les membres de cette commission sont Alfred Rosenberg, Adolf Ziegler, Heinrich Hoffmann, Karl Haberstock et Robert Scholz. Ils ouvrent une salle de vente au château de Schönhausen, près de Berlin.

Quatre marchands y ont pour fonction de vendre les œuvres : Karl Buchholz, Bernhard Böhmer, Ferdinand Möller et Hildebrand Gurlitt. Selon la même tactique, pour financer le IIIe Reich, à Lucerne, en Suisse, la galerie Theodor Fischer organise le 30 juin 1939 la vente aux enchères des toiles susceptibles d'être achetées le plus cher : des Gauguin, des Van Gogh, des Picasso, des Chagall, des Beckmann sont acquis pour des collections européennes –– le musée de Liège entre autres – –et américaines –– celui de Saint-Louis (Missouri) par exemple. Pendant ce temps, plus discrètement, les quatre marchands font leurs affaires. Ils vendent ou, dans le cas de Gurlitt au moins, ils stockent. Parmi les 1.500 œuvres retrouvées à Munich, près de 300 ont été identifiées comme ayant figuré dans l'exposition Entartete Kunst.

PAYÉES À VIL PRIX

Hildebrand Gurlitt a donc accaparé ces œuvres –– ou les a payées à vil prix –– en 1938 et leur a fait traverser la guerre sans dommage. En 1945, quand le IIIe Reich s'est effondré, il a affirméque sa collection avait disparu dans la destruction de sa maison, àDresde, lors du bombardement de la ville en février 1945. Les autorités alliées l'ont cru, d'autant plus qu'il pouvait se prévaloir de son éviction de Zwickau en 1930 et de sa position initiale de défenseur des Modernes. Quand il est mort accidentellement en 1956, il avait depuis longtemps repris son travail au grand jour. Sa réputation était nette et son fils a pu entrer aisément en possession de ses biens, y compris de ses biens secrets.

Son nom n'a commencé à apparaître dans l'histoire des pillages nazis et du très fructueux commerce qui en est né que bien plus tard. Il est désormais voué à y tenir le premier rang. Surtout que sa collection ne se compose pas exclusivement des œuvres prises par les nazis dans les musées: elles n'en forment que le cinquième. Les premières recherches de provenance suggèrent que Gurlitt, fort de ses appuis officiels, avait aussi pour habitude de racheter pour des sommes dérisoires des œuvres à des collectionneurs juifs qui cherchaient à fuir le IIIe Reich. On imagine sans peine les termes du chantage auquel il se livrait alors.

VENDANT DE TEMPS EN TEMPS UNE ŒUVRE

Par ailleurs, une toile de Matisse, un portrait de femme, se révèle avoir appartenu au marchand parisien Paul Rosenberg, dont le meilleur de la collection, dissimulé dans un coffre de la Banque nationale pour le commerce et l'industrie, à Libourne (Gironde), fut saisi en 1941 sur dénonciation et conduit au Jeu de Paume, là où les nazis de l'Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (ERR) trafiquaient les œuvres prises dans les collections juives françaises.

Ce détail confirme qu'Hildebrand Gurlitt a été l'un des clients de l'ERR à Paris. On sait de surcroît, grâce au dépouillement des archives des ventes parisiennes, qu'il achetait aussi à l'Hôtel Drouot. Ainsi le 11 décembre 1942, des Corot, des Degas et un paysage de Cézanne –– 5 millions de francs de l'époque pour cette seule toile, enchère record pour la période de l'Occupation. Hildebrand Gurlitt ne pouvait avoir le moindre doute sur l'origine criminelle des œuvres qu'il accumulait ainsi. Son fils Cornelius ne pouvait pas en avoir davantage. Il a donc choisi la clandestinité, vendant de temps en temps une œuvre pour continuer à vivre caché. Jusqu'à un fatal voyage en train vers la Suisse…

Reste désormais aux experts une tâche immense : reconstituer la trajectoire de chaque pièce et retrouver les héritiers des propriétaires. Ce travail permettra d'en savoir encore beaucoup plus sur ce qui s'est réellement passé jusqu'en 1945 sur le marché de l'art, en Allemagne évidemment, mais aussi dans les pays occupés, à commencer par la France.

Etoile des toiles!

La galerie d'art "Iper Uranium" présente, du 3 au 10 novembre 2013, "Le jardin de l'amour". De nouvelles toiles de Mokodu Fall: première exposition personnelle à Rome de l'artiste sénégalais, connu comme dessinateur dans son pays d'origine.

Peintre autodidactealt, né au Sénégal, en 1975, Mokodu Fall expose un cycle inédit de toiles dans l'exposition personnelle "Le jardin de l'amour" (Galerie Iper Uranium: du 3 au 10 Novembre 2013).

L'exposition, organisée par Stéphanie Valente, présente 12 oeuvres, commentées par des textes critiques placées en marge des œuvres en question, écrits par Simone Papalini - écrivain romain et scénariste romain - qui, comme le laisse entendre le titre (choisi et voulu par l'artiste, mais qui cite également un célèbre tableau de Rubes), qui tournent autour du concept de l'amour-passion comme une manifestation d'un sentiment plus profond, intense, unissant les êtres humains les uns avec les autres, au-delà de toutes les frontières.

Pièce maîtresse de chaque représentation,  un couple qui échange des effusions amoureuses dans diverses métropoles - New York , Moscou, Rome - identifiables par leurs monuments symboliques évoquées parfois avec une certaine ironie (dans le tableau située à Paris, la Tour Eiffel apparait brisé en deux). Plus précisément, ses œuvres sont un hommage à l'union homme - femme: échange humain qui permet à chacun dealt réaliser sa propre identité, à travers le contact avec l'«autre moi» .

Il représente cette "chaude" conception du sentiment qui unit les êtres humains, qui s'accomplit dans la carnalité de l'acte physique, avec un signe instinctif, incontaminé, semblable à celle des peintures rupestres préhistoriques, mais pas seulement cela.

«Mokodu Fall s'exprime par un langage primordial, spontané et sincère, parfois naïf, capable de susciter un fort impact émotionnel sur ​​le spectateur. L'image en deux dimensions et des formes stylisées, d'une part, les couleurs vives - rouge et jaune - fortement en contraste, sont des éléments caractéristiques d'un style qui puise, plus que toute autre chose, dans la culture d'origine de l'artiste, comme du reste, l'ont également fait en leur temps les exposants des avant-gardes du 20ème siècle auxquels reconduisent, en quelque sorte, ses codes linguistiques».

Une série de peintures créée en 2006 - et réalisé en parallèle avec d'autres pistes de recherche (œuvres satiriques et thématiques africaines) - voilée par un érotisme doux, qui permet à l'artiste sénégalais de transmettre un message universel: l'idée que l'amour est une énergie vitale, puissante, exclusive de l'homme, en tant qu'être doué de pensée, et qui, partout et à tout moment, conduisant les individus les uns envers les autres, pousse à la solidarité humaine et à l'harmonie sociale . Dans un sens large donc, l'amour pour Mokodu amour est l'amour pour la vie, pour la nature, pour l'art.

Le jour de l'inauguration (3 novembre, 18:30) il y aura un concert de la violiniste Federica Paglia, qui s'exhibera en live, dans la zone d'exposition, et jouera des morceaux originaux, inspirées par le thème de l'amour. 

PORTRAIT DE L'ARTISTE

Né en 1975 au Sénéaltgal, d'une famille noble (descendant de Mayacine, fils du roi de l'Empire du Baol, région centrale du Sénégal) , Mokodu Fall est un artiste autodidacte qui vit en Italie, depuis 17 ans.

Grace à son père diplomate, il a voyagé dans le monde entier, dès son plus jeune âge. À 15 ans, il découvre une passion pour le dessin. Dans les années 90, il réalise ses premières caricatures politiques qui sont publiées dans les mensuels "Afrique Economique" et "Le Débat". Entre-temps, il fréquente "Le Cafard Libéré", dans son pays: un contexte culturel dans lequel il cotoie les plus grands dessinateurs du Sénégal.

En 1996, il s'installe en Italie et commence à exposer dans diverses villes (Rome, Bolzano, Riccione, Parme, Senigallia, Pianopoli) .

Mokodu Fall a récemment participé à deux grands festivals culturels internationaux: "Octobre Africain" à Parme (2010) et "Calafrika", en Calabre (2013).

Il est en contact avec les plus grands artistes sénégalais tels que Kalidou Kassé, Zoulou Mbaye et Joe Ouakam. Il retourne de temps en temps dans son pays. Il vit et travaille actuellement à Rome.

Cultiver la culture!

Les sélections régionales se tiennent depuis le 11 octobre, jusqu'au 26 novembre 2013.

altLa Semaine Régionale de la Culture (SRC) mettra en compétition les artistes, spécialistes de l'art culinaire qui sont inscrits au niveau des provinces. Il s'agira de désigner les représentants des régions à la phase finale.

Ces éliminatoires se dérouleront en 4 groupes et concerneront les 13 régions administratives, plus la région autonome du Houet. Selon le secrétaire permanent de la SNC, Sidi Traoré, le budget de cette semaine régionale est de 153 millions CFA.

Une dotation de 100 millions CFA est déjà effective et correspond au budget alloué pour la tenue de la semaine régionale. Ce qui n'est pas suffisant, a-t-il indiqué, au regard des besoins. Il a expliqué par exemple que pour la restauration des 50 artistes par région, les dépenses s'élèvent à 61 millions.

Sans compter les appareils de sonorisation et autres dépenses à couvrir. D'où un budget additionnel de 53 millions pour réussir le pari. Pour cela, M. Traoré a dit compter sur les sponsors et les partenaires, surtout les collectivités territoriales. Par ailleurs, il a fait comprendre que pour une meilleure visibilité de la SNC, les médias vont bénéficier d'un financement.

En plus, Sidi Traoré a affirmé vouloir donner un souffle nouveau à l'événement. Il a fait savoir qu'une réflexion est menée, afin d'élaborer un plan stratégique dans lequel seront fixés les objectifs et les perspectives à moyen et long termes. La 17e édition de la SNC va se tenir du 22 au 29 mars 2014 sous le thème «Promouvoir l'économie de la culture pour une contribution au développement durable».

Une grillade gaillarde!

Le comité d'organisation du Festival des grillades (Festigrill) a organisé, à Ouagadougou, une conférence de presse pour marquer le lancement officiel des préparatifs de la 4e édition dudit festival.

altPlacée sous le thème «la grillade au Burkina, l'autre art!», la 4e édition du Festival des grillades (Festigrill) se tiendra du 29 octobre au 3 novembre 2013 à la Maison du peuple à Ouagadougou.

Le but de cette manifestation est, entre autres, de promouvoir l'activité des éleveurs et des grilleurs, de permettre un échange de connaissances en matière de transformation des produits de l'élevage et de booster les ventes pendant le festival.

Pour la promotrice, Jeranima Mariam Doumbia, cette édition se veut être celle de la maturité avec des innovations majeures telles que l'élargissement de la période en une semaine et la prise en compte de toutes les régions du pays qui postuleront à la compétition.

Outre ces innovations, elle a souligné que tous les participants prendront part cette année, au concours d'art culinaire. Et de préciser que l'hygiène, le goût, les méthodes de transformation et la présentation des mets seront les principaux critères de sélection.

Elle a également soutenu que lors de ce concours, chaque candidat aura sa chance. «Un jury impartial sera mis en place avec le concours du Ministère des ressources animales et halieutiques», a-t-elle laissé entendre.

Revenant sur le prix des stands, Mme Doumbia a indiqué qu'il sera fonction de la participation des sponsors. Car, a-t-elle dit, «A la première édition, les stands étaient à 12 500 F CFA, ce qui est rare d'ailleurs. A la deuxième édition, au vue des charges, nous étions obligés de revoir ces prix à la hausse. Donc cette année, nous attendons l'apport des sponsors pour fixer les prix». Quant au coût de l'organisation, elle a précisé qu'il avoisine 30 millions CFA.

Pour le conseiller technique du Ministère des ressources animales et halieutiques, Désiré Somé, ce festival cadre avec la politique de son département qui est de promouvoir l'aviculture traditionnelle au Burkina Faso.

Selon lui, la filière volaille constitue une porte de sortie rapide de la pauvreté, d'où le choix du Ministère en charge des ressources animales d'accompagner l'initiative de Mme Doumbia. Il a soutenu qu'à travers ce cadre de rencontre, le lien production-marché est assuré.

La question sanitaire n'a pas été occultée par les journalistes. Et le conseiller Somé de rassurer: «Nous allons avec la promotrice prendre des dispositions pour nous assurer au moins, que pendant le Festigrill, ce que vous consommez, c'est de la viande saine».

Quant au directeur de la distribution de produits locaux du Ministère de l'industrie, du commerce et de l'artisanat, Matheu Badiel, il a avoué que la promotion des produits locaux relève de la décision de son département.

 

C'est pourquoi ils sont disposés à accompagner l'ensemble des initiatives visant à valoriser le commerce des produits locaux. Il a, par la même occasion, annoncé la mise en jeu d'un prix spécial du ministre de l'Industrie, du commerce et de l'artisanat, lors de cette 4 e édition de Festigrill.

Cette édition de Festigrill, selon ses organisateurs, va servir de plateforme de brassage culturel entre les participations venus du Benin, de la Côte d'Ivoire, du Mali, du Gabon, du Cameroun et du Togo qui s'est adjugé le premier prix, à l'édition précédente.

Afric...lichés!

Le festival Photoreporter, à Saint-Brieuc jusqu'au 11 novembre, permet à des photographes d'exposer des reportages inédits, financés par le festival. Robin Hammond, l'un des 13 photoreporters sélectionnés, expose le fruit d'un long reportage sur les contrastes de Lagos, avec pour ambition de participer à «changer le regard» et de donner à voir la diversité, derrière les clichés.

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Prendre le temps de voir. C'est ce que propose le festival Photoreporter, dont la seconde édition se tient à Saint-Brieuc jusqu'au 11 novembre prochain. Et la proposition ne concerne pas que les 80 000 visiteurs attendus pour les expositions en accès libre. Elle s'adresse aussi aux photographes exposés. Car c'est là l'une des originalités de ce tout jeune événement dans le monde de la photo: les photographes ne présentent que des reportages inédits, réalisés pour le festival. Les photographes dont les projets ont été sélectionnés se voient de plus financer jusqu'à hauteur 10 000 euros. Là encore, le luxe du temps pour voir.

«Un fonds de dotation de 160 000 euros a été créé, financé par une quarantaine d'entreprises, pour financer la production et la réalisation des reportages exposés dans le cadre du festival. Il n'y a pas de thématique imposée. Dans une période de crise du photojournalisme, l'idée était de trouver un système qui permette aux photographes de travailler sur les sujets qui leur tiennent à cœur», explique Lenaïk Hemery, de l'organisation du festival.

Cette année, pas moins de 290 photographes de 46 pays ont présenté leurs projets. Treize ont été retenus.

Robin Hammond, photographe néo-zélandais de 38 ans qui vit désormais à Paris, est l'un de ceux-là. Ses photos donnent corps aux contrastes sociaux et urbains qui traversent la tentaculaire Lagos, au Nigeria.

«J'ai passé l'essentiel de ma carrière à documenter les questions d'atteinte au droits de l'homme et de développement. En tant que photojournalistes, nous avons le devoir de continuer ce travail. Mais j'ai aussi le sentiment que les médias ne voient l'Afrique que sous cet angle, celui de la pauvreté et de la violence. Or, il y a parfois des situations moins dramatiques qui sont, à mon avis, tout aussi importantes», explique-t-il.

C'est la raison pour laquelle, pour ce projet, il a choisi de poser son sac photo à Lagos, pendant sept semaines.

«C'est une ville exceptionnelle, qui ne cesse de s'étendre. Il y a une classe moyenne qui grandit également. C'est une ville qui a plusieurs visages, qui possède des facettes auxquelles on ne s'attend pas forcément», s'enthousiasme le photographe, dont l'un des leitmotivs est de «changer le regard porté sur l'Afrique par les médias».

Jeunes gens de la classe aisée nigériane profitant de la plage, centre commerciaux aux rayons bondés ou employés de bureaux dans des locaux aseptisés... Par ses images, Robin Hammond entend embarquer le visiteur au gré de ses propres étonnements.

«C'est exceptionnel de pouvoir travailler dans ces conditions. C'est très bien de travailler pour des magazines ou des ONG, mais on est évidemment dans une structure, on travaille dans un cadre, celui du lectorat, de ce qu'attend le média... Là, pendant sept semaines, j'ai été entièrement libre. C'est une chose pour laquelle les photographes ne cessent de se battre : raconter une histoire de la manière dont on la voit. Le festival de Saint-Brieuc m'a permis de le faire, c'est quelque chose de rare».

Aujourd'hui, Robin Hammond le reconnaît, il a lui-même mis du temps à faire tomber ses propres œillères.

«Quand j'ai commencé à travailler sur l'Afrique, je voyais le continent comme un tout, j'avais une idée très "exotique". J'avais toujours voulu me concentrer sur des questions touchant aux droits de l'homme, et l'Afrique me semblait une évidence. Mais je n'en avais qu'une idée confuse, erronée». Et puis, au fil de ses nombreux reportages, son regard s'est ouvert, ses a priori ont commencé s'effacer. «J'ai découvert un continent d'une diversité extraordinaire, qui est dans un changement permanent. Plus j'y travaillais, et plus j'avais envie d'en découvrir».

En Afrique du Sud, où il s'installe pour 3 années, il cultive  le sentiment d'être là». Mais, tandis qu'il continue de mener des reportages pour des magazines ou des ONG, en 2010, il ressent une soudaine et violente "frustration".

«J'ai regardé mon travail, et j'avais le sentiment de n'avoir rien fait de réellement marquant. J'avais l'impression de n'avoir en rien contribué à changer les choses, à faire évoluer le regard, mais au contraire de n'avoir fait que répéter des images déjà vues». Une remise en question brutale, pour ce photographe qui considère que le rôle de la profession est justement «d'apporter un regard neuf, de changer les perspectives».

Un événement, aussi, l'a poussé à faire évoluer sa pratique et son regard. En janvier 2011, alors qu'il couvre le référendum qui débouchera sur l'indépendance du Soudan du Sud, Robin Hammond découvre que les déficients mentaux sont enfermés dans la prison centrale de Juba.

«C'était vraiment dur», explique-t-il, «mais aucun magazine n'était intéressé par le sujet... Alors, j'ai commencé à mener l'enquête sur mes fonds propres, en Ouganda d'abord, puis dans d'autres pays. J'ai eu recours à du crowdfunding, également et j'ai obtenu une petite aide du magazine "Polka" (dans lequel il a publié un reportage sur les anciens enfants soldats au Liberia, ndlr)».

"Condemned", qui rassemble les images qu'il tire de ce travail de longue haleine sont puissantes, dérangeantes, aussi. Au-delà du seul aspect esthétique, elles donnent aussi à voir des instants dont on ne peut qu'imaginer qu'il a fallu du temps, au photographe, pour s'imprégner suffisamment du sujet et des lieux pour pouvoir les capturer.

«Le problème, c'est que l'on traite trop souvent des sujets très importants en très peu de temps. C'est une réalité qui doit interroger notre intégrité, en tant que journaliste», insiste le photographe Néo-zélandais.

Batik c'est pratik!

Oullins est une commune située à 7 kilomètres de Lyon, chef-lieu de la région de Rhône-Alpes. C'est dans cette localité que l'association les Amis de la Cité des arts de Koudougou, a fait une exposition vente de batik, le samedi 28 septembre 2013. Les mets burkinabè y étaient aussi à l'honneur.

altL'objectif de la journée dédiée au batik, cette façon particulière des artistes burkinabè de fixer leur imagination sur la fibre textile, était de collecter des fonds pour soutenir la Cité des arts de Koudougou. Les visiteurs ont pu ainsi admirer dans la journée du 28 septembre, le génie des artistes de la 3ème ville du Burkina Faso et laisser parler leur cœur. A terme, 705 euros (environs 490 000 CFA) ont été engrangés par les Amis de la Cité des Arts de Koudougou.

Les toiles présentées sont des scènes de la vie au village: le griot avec son tam-tam, les femmes qui font la cuisine ou qui pilent le mil. L'exposition a fait également la part belle à la faune sahélienne, avec des animaux sauvages tels que les girafes, les phacochères et les antilopes.

Fait majeur, l'histoire de la fondation de l'empire du Moogo a été tracée à travers une représentation de la princesse Yennenga dans toute sa splendeur: une femme en tenue traditionnelle, avec au dos un carquois, et montée sur un cheval au galop.

Cette toile a été la vedette de l'exposition, tant elle a suscité l'admiration et les questionnements des amateurs d'art français. Elle a été vite réservée, et les visiteurs n'avaient qu'à se contenter des autres toiles qui, elles aussi étaient merveilleuses. Autant dire que même en peinture, la princesse Yennenga a séduit! Après l'exposition, dans la soirée, les Oullinois ont goûté à des plats burkinabè concoctés par les Amis de la Cité des arts de Koudougou.

Il y avait du tô (pâte de mil ou de maïs) accompagné de sauce avec viande, du riz à la sauce et enfin, du jus de bissap (variété d'oseille). L'objectif de cette journée consacrée à la promotion du batik et des mets du pays des Hommes intègres, était de collecter des fonds pour venir en aide à la Cité des arts de Koudougou, a expliqué Hélie Bécot, présidente de l'association.

«Nous les soutenons parce que depuis 2008, c'est un peu plus compliqué à cause de la crise, de faire vivre la Cité des arts», a-t-elle dit. En effet, l'association les Amis de la Cité des arts de Koudougou, selon sa présidente, Hélie, a été créée pour soutenir les projets de Maurice et Apollinaire, les deux fondateurs de la Cité.

«Là, ils veulent faire une salle informatique, un cybercafé pour avoir un petit revenu en plus, développer localement Koudougou qui ne dispose pas de cybercafé ou de salle de ce type là. Tous les fonds que nous collectons aujourd'hui, sont destinés à cette Cité», a indiqué Hélie Bécot.

A la fin de la soirée, la présidente dit avoir vendu pour 520 euros de batiks, et l'ensemble du soutien (repas et dons divers) monte à 185 euros. Au total donc, 705 euros ont été collectés pour soutenir la Cité des arts de Koudougou.

La Cité des arts de Koudougou, au dire de Hélie Bécot, organise à chaque été des expositions- ventes de ses œuvres en France. Justement, c'est lors d'un festival en été 2007 à Tour, dans le Val de Loire qu'elle a rencontré les deux «batikiers». Elle poursuit: «Devant la beauté de leurs réalisations, les couleurs et puis l'accueil qui m'a été faite, je suis tombée en amour des batiks. J'ai dit qu'un jour j'irai là-bas et je verrai comment on fait».

Voici comment la passion pour le batik est née en Hélie. Pour nourrir cet amour, elle s'est rendue à Koudougou en 2009 à la Cité des arts où elle a fait un stage en batik, en bronze. Ayant apprécié le projet des deux Burkinabè, elle s'est engagée à les soutenir.

«Au retour, j'ai réfléchi pour voir ce que nous pouvons faire en France sans leur prendre quelque chose, pour les soutenir vraiment et rester dans l'échange», a déclaré Hélie Bécot. C'est ainsi que l'association les Amis de la Cité des arts de Koudougou est née.

En effet, ce sont les toiles faites à la Cité des arts que Hélie et son association proposent en vente: «Nous avons acheté une partie de leurs batiks en 2010. Il y a 200 batiks et on les revend ici sur les marchés de Noël, sur des endroits bien spécifiques qui sont intéressés par la culture africaine ou de l'artisanat ou d'échange culturel».

Les toiles, au regard de la crise qui frappe les Français, ne s'achètent pas aussi bien, selon Hélie. Cependant pendant la fête de Noël, ça marche, car des gens en font des cadeaux à des amis pour des décorations de maisons. «Ça reste un produit entre guillemets réservé dans une niche des gens qui apprécient ce type d'art», a-t-elle conclu.

Messagère de sa culture!

Roukiata Ouédraogo est née en 1979 d’un père fonctionnaire. Sa mère ne travaille pas mais elle elle très impliquée dans le monde associatif.

altElle a passé son enfance à Fada N’Gourma, ville de l’est du Burkina, puis à Ouagadougou pour y poursuivre sa scolarité.

Elle touche à tout, et très jeune elle se lance dans les affaires. Tout en poursuivant ses études, elle ouvre un salon de coiffure dans un local qu’elle loue près de son domicile et elle dessine des vêtements. Elle sort une collection de maillots de bain en tissus africains.

Stéphane Eliard, son mari, confie:  "Ce qui la caractérise, c’est ce besoin de créer, de fabriquer elle-même son destin. Elle préfère la mise en danger, le terrain de la création au risque de l’échec".

En 2000, le bac en poche, elle s’installe en France chez son grand frère. Elle continue du multiplier les boulot et les expériences. Elle est tour à tour maquilleuse professionnelle pour des enseignes telles que Black Up ou Make-up Art Cosmetics (MAC), modèle chez Nivea Beauté.

En 2007, elle est admise au Cours Florent. La passion du théâtre et de la scène ne la quittera plus. «C’est à ce moment que je me suis mise à écrire et à mettre en scène ma première pièce, Yennenga, l’épopée des Mossé, que j’ai présentée en fin d’année. Je me suis sentie interpelée par cette histoire. D’abord, il faut savoir que l’histoire de Yennenga est inscrite dans mon nom car je porte le même patronyme que l’enfant de Yennenga et de Riallé, Ouédraogo. Ce nom est fréquent chez les Mossés et résonne pour nous comme la trace actuelle de la filiation qui nous relie tous aux fondateurs des premiers royaumes mossés. D’autre part, je voulais, à travers cette histoire, faire connaître ma culture, ma tradition et l’histoire du peuple mossé au public français et étranger».

Dès 2008, elle se produit au théâtre parisien de la Comédie de la Passerelle, puis en province, en Italie, mais elle n’oublie pas pays natal, le Burkina.

Son spectacle connait un grand succès,  la télévision nationale couvre l’événement, le ministre de la Culture se déplace. Son oncle, le naaba (chef mossi) de Soumiaga, village d’où la famille de l’actrice est originaire, assiste même publiquement à la représentation.

Son second show raconte l’immigration sur le ton de de l’humour.

En mars 2009, elle devient une actrice de pub et se fait connaitre avec une campagne sur les déodorants bio de la marque Ushuaia.

Sur les femmes africaines, elle dit: «Pour s’épanouir, elles ont avant tout besoin de volonté. Mais cela ne suffit pas toujours. Les femmes d’aujourd’hui ont aussi besoin de plus de liberté d’expression et aussi d’hommes qui les épaulent. Trop souvent, aujourd’hui encore, la femme africaine est reléguée à un rôle de second plan et les pesanteurs sociales entravent son épanouissement. Il revient peut être aussi aux hommes de leur accorder un plus grand espace d’expression quel que soit le domaine dans lequel elles souhaitent s’investir, que ce soit l’art, le sport, la politique"

Roukiata Ouédraogo rêve de s’investir dans la culture de son pays. Elle a déjà un terrain sur lequel elle veut construire un théâtre:   "À long terme, mon rêve serait d’y ouvrir un théâtre et d’y former des gens. Je voudrais leur apporter mon savoir-faire et leur offrir un lieu de résidence où ils pourraient présenter leurs spectacles».

Il lui manque à trouver des fonds, mais elle sait que ce n’est pas mission impossible.

A suivre donc…