Africulture - Africa Nouvelles

Sur le thème de l'amour et de la sagesse! 

Vitrine du cinéma maghrébin et arabe, le Festival international du film oriental de Genève (Fifog) célèbre cette année son 10ème anniversaire. Cette édition intervenant dans un contexte assez particulier, le festival a choisi de s'inscrire contre l'obscurantisme et la haine montante par l'art mais aussi par l'amour. Pour ses 10 ans, le FIFOG veut faire parler l'amour et la sagesse. 

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Du 20 au 29 mars, une centaine de films sera projetée dans le cadre de la 10e édition du Festival international du film oriental de Genève. Le Festival international du film oriental de Genève (FIFOG) diffusera une centaine de films lors de sa 10ème édition, qui se tiendra du 20 au 29 mars. La manifestation, cette année, se voudra avant tout «une ode cinématographique à l'Amour», ont indiqué ses organisateurs.

Ce 10ème anniversaire du FIFOG se déroule «à un moment où la barbarie met à rude épreuve aussi bien la paix entre l'Orient et l'Occident que le principe du vivre ensemble», ont poursuivi les organisateurs, qui s'inquiètent de la montée en puissance des «groupes obscurantistes ou racistes».

Pour les responsables du FIFOG, il a paru important de mettre en exergue les voix de l'amour et de la sagesse, qui, aujourd'hui, demeurent inaudibles. La 10e édition du festival portera aussi une attention particulière «aux cinémas de la femme», avec sur la centaine de films programmés un tiers émanant de réalisatrices.

La manifestation aura à sa disposition 20 sites de projection en Suisse romande et en France voisine. Le festival diffusera aussi des films réalisés par des jeunes cinéastes issus de l'immigration. Des prix récompenseront les meilleurs longs-métrages, courts métrages et documentaires.

Plus de 60 invités sont attendus à la manifestation. Le festival sera enrichi par des débats, des colloques, une exposition, des ateliers et des programmes destinés aux écoles. Le président d'honneur du FIFOG 2015 est Ali Ahmed Saïd Esber, présenté par les organisateurs comme le plus éminent poète vivant de langue arabe

Félicitations au vainqueur! 

Le réalisateur marocain Hicham Ayouch a remporté l'Etalon d'or du FESPACO 2015. "Fièvres", du Marocain Hicham Ayouch, a obtenu à Ouagadougou, l'Etalon d'or, le prix le plus prestigieux du FESPACO (Festival Panafricain du Cinéma de Ouagadougou), et "Fadhma N'Soumer" de l'Algérien Belkacem Hadjadj a obtenu l'Etalon d'argent. Alors qu'il a été honoré aux récents Césars et Oscars, le film franco-mauritanien "Timbuktu" d'Abderrhamane Sissako a dû se contenter de prix mineurs.  A rappeler que l'édition 2015 est la première depuis la chute du président Blaise Compaoré, en octobre 2014, à la suite d'une révolte populaire. 

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Un lauréat "Africain et fier de l'être"

Hicham Ayouch a reçu l'Etalon d'or de Yennenga, qui couronne le meilleur long métrage, des mains du président burkinabé Michel Kafando, sous les applaudissements des quelque 4.000 personnes venues assister à la cérémonie de clôture. "Il a présenté une œuvre gigantesque", s'est exclamé M. Kafando: "Je tiens à le féliciter".

Emu, le lauréat a lancé: "Je suis Africain et fier de l'être. On nous a volé notre passé, on a tenté de voler notre histoire, mais notre culture nous appartient et il est temps de prendre les choses en main maintenant. Nous sommes un continent beau, noble et riche, nous sommes la mère de toute la Terre, nous sommes les sages du monde".

Son discours s'est par moment mué en diatribe contre le néo-colonialisme: "Je n'ai pas besoin d'aide, j'ai besoin d'une coopération qui cesse d'exploiter notre continent et qui cesse de faire couler des rivières de sang".

Tourné en France, dans une cité, "Fièvres" raconte l'histoire d'un enfant de 13 ans, Benjamin, dont la mère ne peut plus s'occuper et qui part vivre chez son père Karim. Ce dernier, qui vit lui-même chez ses parents, se retrouve complètement démuni, face à ce garçon aussi attachant qu'insolent qui bouleverse complètement sa vie.

"L'œil du cyclone" grande révélation

Les Etalons d'argent et de bronze ont récompensé, respectivement, le film "Fadhma N'Soumer" du réalisateur algérien Belkacem Hadjadj et "L'œil du cyclone" du Burkinabé Sékou Traoré.

Ce dernier est d'ailleurs la grande révélation de ce FESPACO, raflant le prix Oumarou Ganda récompensant une "première œuvre", ainsi que ceux de la meilleure actrice (Maimouna N'Diaye) et du meilleur acteur (Fargass Assandé).

"Timbuktu" remporte deux prix mineurs

Le film vedette du festival, "Timbuktu", s'est contenté des prix des meilleurs décors et de la meilleure musique, après avoir été auréolé fin février en France de 7 Césars, dont celui du meilleur film.

La sécurité avait été renforcée pour cette 24e édition du FESPACO. Des "problèmes sécuritaires" étaient craints en raison de la diffusion de "Timbuktu", film racontant la vie quotidienne dans le nord du Mali sous la coupe des jihadistes, qui ont contrôlé plusieurs mois cette région en 2012 et 2013.

Selon Le Monde, Le long métrage franco-mauritanien "représentait aux yeux de certains de ses critiques africains une conception obsolète, tournée vers le public cinéphile du Nord, ignorante des goûts des publics subsahariens".

Pourtant, relève le quotidien,  le film d'Hicham Ayouch "se classe résolument dans le camp du cinéma d'auteur".

Fondé en 1969, le FESPACO se tient tous les deux ans au Burkina Faso, pays dont il constitue la carte de visite à l'international. Le FESPACO est la plus grande manifestation du 7ème art africain.

L'Etalon d'or ou Etalon de Yennenga couronne le Meilleur Film.

La valeur totale des prix décernés au FESPACO 2015 s’élève à 152 millions CFA.

Rendez-vous est pris du 25 février au 4 mars 2016 pour la 25e édition.

Afri-Nous

"7" un record absolu pour un film africain!  

Pour rafler 7 César au cours du même festival, en tant que film africain, il faut s'appeler «Timbuktu» pour le faire. Pourtant, c'est l'exploit qu'a réalisé le Mauritanien Abderrahmane Sissako, vendredi 20 février 2015, à Paris avec ce film.

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Raflé 7 César au cours du même festival, en tant que film africain, il faut s'appeler «Timbuktu» pour le faire. Pourtant, c'est l'exploit qu'a réalisé le Mauritanien Abderrahmane Sissako, vendredi 20 février 2015, à Paris avec ce film. Produit par la Française, Sylvie Pialat, le film qui raconte la résistance des habitants du nord du Mali face aux Jihadistes en 2012, est sacré dans les catégories Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur scénario, Meilleur montage, Meilleure musique, Meilleure photo et Meilleur son. Le réalisateur de 53 ans est donc devenu le premier africain à recevoir en France le César du Meilleur réalisateur.

«Timbuktu», c'est le cri de détresse du cinéaste, Abderrahmane Sissako, né en Mauritanie, étudiant à Bamako, apprenti cinéaste à Moscou et qui un jour découvre, effaré, que l'on peut lapider un couple à Aguelhoc dans le nord du Mali au XXIe siècle sous prétexte que cet homme et cette femme ne sont pas mariés.

«Timbuktu», c'est aussi la force de la poésie face à l'arbitraire: des gamins qui jouent au football sans ballon parce que les islamistes ont interdit le football. Un père qui gratte une guitare sous sa tente. Une existence qui bascule à cause d'une vache nommée GPS.

«Timbuktu», a battu le record de près d'un million de spectateurs en France, du jamais vu pour un film africain. Pourtant, c'est ce même film qui avait bouleversé le festival de Cannes en 2014, mais que le jury a ignoré.

Ce plaidoyer contre l'intégrisme religieux a été le premier film mauritanien à concourir, le dimanche 22 février à Los Angeles dans la catégorie "Meilleur film étranger". Un film qui retournera bientôt en terre africaine au prochain FESPACO (Festival international du cinéma de Ouagadougou), qui démarre le 28 février prochain.

Elle fut l'épouse d'Omar Sharif! 

Faten Hamama a été inhumée dimanche 18 janvier au Caire. Plus de 2 000 personnes sont venues faire leurs adieux à l'icône du cinéma égyptien, qui s'est éteinte la veille à l'âge de 83 ans. 

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Son sourire éclatant avait dépassé les frontières de l’Égypte. Décédée samedi 17 janvier à l’âge de 83 ans, Faten Hamama a été inhumée dimanche au Caire. Outre sa famille, de nombreux acteurs et actrices égyptiens ont assisté à ses funérailles dans un quartier huppé du sud-ouest de la capitale. La famille de l’actrice emblématique de l’âge d’or du cinéma égyptien n’a pas donné de précisions sur les causes de son décès. Selon l’agence égyptienne officielle Mena, il s’agissait d’un "problème de santé soudain".

Plus de 2 000 admirateurs, dont certains en pleurs, s’étaient massés autour de la mosquée pour faire leurs adieux à celle que l’on surnommait "la grande dame de l’écran arabe". Nombreux sont ses compatriotes qui lui vouent admiration et affection, eux qui l’ont vu grandir. Faten Hamama a seulement 9 ans lorsqu’elle apparaît pour la première fois au cinéma aux côtés d’une autre légende, le musicien Mohammed Abdel Wahab, dans le film "Jours heureux".

Apparue dans une centaine de films, l’icône du cinéma égyptien a travaillé avec certains des plus grands réalisateurs égyptiens, dont Youssef Chahine. Sa carrière a connu son apogée entre les années 1950 et 1970. Elle a joué aussi bien dans des comédies romantiques, notamment aux côtés du célèbre chanteur Abdel Halim Hafez, que dans des films engagés, dénonçant les inégalités sociales ou défendant les droits des femmes.

Son film "Je veux une solution" (1975), qui narre le parcours de combattant d'une Égyptienne tentant d'obtenir le divorce de son mari, avait d'ailleurs permis une révision de la législation pour permettre aux femmes de demander le divorce.

On ne peut par ailleurs évoquer la carrière de Faten Hamama sans l’associer à celle d’une autre star du cinéma égyptien, Omar Sharif, avec qui elle a maintes fois partagé l’affiche. Les deux acteurs se rencontrent en 1954 sur le tournage du film "Ciel d’enfer" de Youssef Chahine, qui est présenté au Festival de Cannes. Faten, déjà très célèbre, est alors mariée au réalisateur égyptien Ezzedine Zoulfocar dont elle a une fille, Nadia. Elle s’éprend alors du jeune premier qui s’appelait encore Michel Shalhoub. Pour l’épouser, ce dernier se convertit à l’islam et prend le nom d’Omar Sharif.

Le couple, qui s’est marié en 1955, a par la suite divorcé en 1974, au moment où l'acteur, déjà célèbre en Égypte, lançait sa carrière à Hollywood. Ensemble, ils ont un fils, Tarek. Omar Sharif a toutefois toujours évoqué Faten Hamama comme le seul amour de sa vie. Ils forment jusqu'à ce jour l'un des couples les plus glamours et les plus charismatiques du cinéma égyptien. Ils avaient notamment joué ensemble dans "Le Fleuve de l'amour" (1961), une adaptation du célèbre roman de Léon Tolstoï "Anna Karenine", ou encore dans "La Anam" (Je ne dors pas).

Cette élégante brune, célèbre pour sa grâce et sa douceur, était connue pour sa modestie et la discrétiion qu’elle entretenait sur sa vie privée. Après son divorce d’Omar Sharif, elle s'était remariée avec un médecin, Mohamed Abdel Wahab.

Plusieurs fois récompensée pour sa carrière prolifique, elle avait été choisie en 1996 comme "l'actrice la plus importante du pays" durant la commémoration du centenaire de la naissance du cinéma égyptien.

Premier FESPACO post-Compaoré!

«C'est l'Afrique qui ose et l'Afrique qui gagne».  Voilà l'esprit politique et artistique qui régnait lors de l'ouverture de la 24e édition du Fespaco , à Ouagadougou, capitale du cinéma africain . Après la cérémonie au Palais des sports, les 5 000 spectateurs ont apprécié le spectacle... et une certaine liberté retrouvée après la révolution. 

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«C'est l'Afrique qui ose et l'Afrique qui gagne».  Voilà l'esprit politique et artistique qui régnait lors de l'ouverture de la 24e édition du Fespaco , à Ouagadougou, capitale du cinéma africain . Après la cérémonie au Palais des sports, les 5 000 spectateurs ont apprécié le spectacle... et une certaine liberté retrouvée après la révolutionLe président de transition du Burkina Faso, Michel Kafando, est revenu sur l'évolution politique du pays, 4 mois après le changement de régime.

Le Fespaco, le Festival panafricain du cinéma, qui s'est ouvert samedi dans la capitale burkinabè, est entré ce dimanche dans le vif du sujet avec les premières projections. C'est un film burkinabè qui a eu l'honneur de faire l'ouverture: "L'œil du cyclone" de Sékou Traoré.

On attend également la projection annoncée dans les prochains jours de Timbuktu du réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako... Le film a failli être déprogrammé. Pourquoi cette hésitation?

Le président burkinabè de la transition Michel Kafando répond: «C'était notre fierté de projeter un film africain qui a été primé 7 fois. Mais nous sommes obligés de tenir compte des impératifs sécuritaires pour nous et pour les festivaliers. Et dès l'instant que nous avons été informés qu'il y avait des menaces sur la projection de ce film, on s'est accordé un petit temps pour réfléchir et voir s'il fallait franchir le rubicon. C'est ce qui a été fait. Le gouvernement a pris la décision de faire diffuser le film Timbuktu ».

Y a-t-il eu des menaces sur le festival ces derniers jours à cause de ce film? 

Michel Kafando : «Indirectement. Nous avons eu, par nos chancelleries à l'extérieur, des informations que le film pouvait être menacé, que le festival aussi pourrait être menacé. Mais pas ici directement. Dès l'instant où nous sommes dans un environnement difficile, vous savez que nous sommes proches du Mali. Avec tout ce qui se passe là-bas... nous sommes proches du Nigeria, nous sommes proches du Niger, avec les menaces de Boko Haram... Donc nous étions obligés d'en tenir compte. Mais sinon, il n'y a pas eu de menaces directes en tant que tel. »

 

La survie après le viol! 

C'est le premier film qui rend visible tout l'étendue de l'horreur des femmes violées pendant le génocide des Tutsis au Rwanda. Vingt ans après ces viols qui constituaient une arme de guerre de destruction massive, des femmes devenues mères, aussi brisées que courageuses, racontent ce qui s'est passé et comment elles ont continué à vivre avec les enfants des génocidaires à leur côté. 

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Dans un dispositif cinématographique sobre, puissant et très respectueux envers les femmes victimes et leurs paroles, les Belges André Versaille, écrivain, éditeur et réalisateur, et Benoît Dervaux, réalisateur et cadreur attitré des frères Dardenne, ont réussi à capter l'inimaginable d'un crime qui n'est pas fini pour ces femmes.

«Randa, la vie après. Paroles de mères» vient de recevoir le Prix du public au 28e Festival international de programmes audiovisuels (FIPA) à Biarritz. Entretien.

20 ans après le génocide contre les Tutsis et après les commémorations de l'année dernière, certains vont dire: «Encore le Rwanda?» Pourquoi votre film est si important ? 

Je m'occupe de la question rwandaise depuis 2001 et ce que je voulais faire comme film aujourd'hui, c'est donner la parole aux femmes. Pourquoi aux femmes ? Parce que, en juillet 1994, quand le génocide est stoppé, les hommes peuvent souffler. Ils ont subi l'horreur absolue, mais ils peuvent commencer à se reconstruire. Pour les femmes, rien n'est fini. Pourquoi? Parce qu'il y a eu les viols et ce ne sont pas ce qu'on appelait autrefois des viols «collatéraux» d'une guerre. Ces viols étaient au centre de la guerre.

Depuis une trentaine d'années, que ce soit en Ex-Yougoslavie, puis en Somalie et après au Rwanda et au Congo, le viol est devenu une arme de guerre de destruction massive. C'est-à-dire qu'on détruit une population par les femmes.

Ces femmes sont des survivantes, après avoir été violées, très souvent mutilées et contractées le VIH/sida... 

Ces femmes, une fois le génocide terminé, se retrouvent enceintes d'un génocidaire, donc d'un enfant que, pour la plupart, elle déteste déjà en étant enceinte. Et leur famille ne supporte pas l'idée que, après avoir été massacré par le génocidaire, en plus on va élever son enfant. C'est inimaginable, et on le comprend. Donc ces femmes vont accoucher dans la solitude et vont vivre dans la solitude avec cet enfant qu'elles auront énormément de mal à aimer. Je me souviens d'une femme qui m'avait dit: «je n'ai pas pu supporter ma fille avant ses 16 ans. Je ne supportais pas son regard, sa voix, sa démarche, je ne supportais rien. Et je la maltraitais tout le temps». 

En plus, quand elles essayent de se reconstruire, le fait qu'elles étaient violées et qu'elles aient survécu les culpabilise par rapport aux autres femmes et en même temps les rend suspectes. J'ai découvert aussi qu'il n'y a pas tellement de choses sur les femmes. Pourquoi ? Bien sur, parce qu'il y a la honte de dire.

Par chance, j'ai pu rencontrer Godelieve Mukasarasi [une femme hutu dont le mari tutsi a été assassiné, ndlr] qui a une petite ONG, Sevota, et qui s'occupait justement de femmes violées et qui m'a dit qu'elle pourrait me faire rencontrer des femmes qui parlent librement. Ce sont des femmes des collines.

Vous soulignez qu'il était important d'interviewer des femmes des collines et non pas des femmes de Kigali.D'abord je dois rendre hommage à l'écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop qui a écrit Murambi, le livre des ossements, un livre important. 

Quand je lui ai parlé de mon projet, il m'a dit que, généralement, les personnes à Kigali ont une vision un peu convenue. Pour eux, le génocide a été épouvantable, mais c'est terminé. Pour eux, il n'y a plus de Tutsis, il n'y a plus de Hutus, « nous sommes tous des Rwandais ».

Évidemment, c'est ce qu'il faut faire, mais on pense bien qu'au bout de 20 ans, les blessures ne sont pas renfermées. Donc dans les collines, il y avait des femmes qui n'avaient pas témoigné jusqu'ici, elles étaient beaucoup plus libres.

Pourquoi ces femmes ont-elles accepté de vous raconter ces horreurs subies qu'elles n'avaient même pas racontées à leurs propres enfants ? 

Je vous avoue, je ne sais pas. Au début, je me suis adressé à des spécialistes du Rwanda et ils étaient assez décourageants. Ils m'ont dit: «vous savez, les Rwandais ne sont pas très loquaces, ce ne sont pas des gens qui se plaignent, ce sont des gens qui sont beaucoup plus renfermés, quasiment farouches. Vous êtes un homme, cela ne vous a pas échappé, vous êtes un Blanc et vous voulez parler à des femmes sur des questions qui sont à la fois très culpabilisantes, intimes, vous aurez beaucoup de mal, elles ne parleront pas». 

Mais j'avais trois amis tutsis, qui sont remerciés dans le film, qui m'ont dit: «écoute, c'est vrai ce qu'on t'a dit, mais cela n'est pas sûr non plus». C'est aussi une question de tact et de contact. Ce qui était très difficile, c'était de faire en sorte que les enfants puissent parler. Dans le film, il y a deux enfants qui en parlent très librement.

En dix ans, toute la haine qu'ils avaient pour leur mère a disparu. Elles sont devenues de vraies mères, mais cela a pris 17 ou 18 ans ! On ne se rend pas compte de la difficulté, de la douleur ce que peut être. Et c'est de cela qu'elles témoignent. C'est quelque chose que, jusqu'ici, je n'avais jamais vue. J'ai vu de très bons films sur le Rwanda et le génocide des Tutsis, mais cette question de la femme et de l'enfant, je ne l'ai jamais vue. Et pour moi, c'était ce qui m'a le plus touché dans l'histoire du génocide.

Au début du film, les femmes disent: «depuis le viol, je n'ai jamais vécu un seul jour heureux dans ma vie ». Et à la fin du film, une femme déclare : « je dois vivre, parce que les violeurs ne voulaient pas qu'on vive ». C'est ça aussi la raison d'être des ces femmes, la raison pour continuer leur existence ? 

Ce n'est pas aussi simple. Il y a des femmes qui s'en sortent, qui ont vraiment retrouvé leurs enfants. Il y a des femmes qui sont encore dans le traumatisme. Donc on ne peut pas généraliser. Ce qui me semble vraiment important, c'est le fait de pouvoir dire les choses. Je me souviens, Godelieve Mukasarasi, la directrice de cette petite association, m'a dit: «tu sais, il y a des choses qu'elles viennent de dire que je n'avais jamais entendues».

Il y a une pulsion vitale qui est formidable. Les réunions de ces femmes se terminent avec des chants et des danses, et on voit des choses qui sont magnifiques. Pour moi, ces femmes sont mes héroïnes. Même aujourd'hui, quand je vois le film et Dieu sait que je le vu et revu, il me laisse ému.

Le rôle des enfants dans le film, est-ce pour inscrire cette histoire de viols dans la durée, dans l'histoire du Rwanda ?  

Oui. Il y a la souffrance des mères, mais il était important aussi de voir les enfants. J'y tenais particulièrement, parce que c'est la relève. On va voir, dans dix ans, comment ils seront. J'aimerais bien les suivre. Je continue à avoir des contacts avec quelques femmes par téléphone ou par mail. Ces enfants font aussi un chemin grâce à l'association Sevota qui a travaillé sur la déculpabilisation des femmes et le fait d'assumer ce qu'elles ont vécu et de le dire elles-mêmes à l'enfant.

Quand un enfant disait : «je veux savoir qui était mon père», la femme le battait, elle ne pouvait pas lui dire. Donc elles ont appris, petit à petit, à pouvoir le dire. Chez certaines, il y a une reconstruction, chez d'autres, l'enfant n'a pas voulu réagir, chez d'autres, c'était l'hostilité. Ces enfants, c'est le futur. 

 

 

Il y en a combien d'enfants de femmes violées ? 

Beaucoup. On n'est pas sur quelques centaines, ce sont des milliers enfants. Il s'agit d'un phénomène important. Au départ, ces enfants n'étaient pas aidés. C'était tout un combat. Par exemple, le viol, au début, à la prise du pouvoir du nouveau gouvernement, ils avaient fait une échelle sur quatre concernant la gravité des crimes. Le viol était considéré comme le moins grave ! C'est-à-dire à l'équivalence de vols de meubles, non punissable. Et les femmes ont dû lutter, même si au bout de quelques mois la loi a été adoptée et le viol est devenu le crime majeur avec les massacres. Mais ils ont quand même dû lutter pour cela.

 

Africiak! 

La capitale burkinabè vibrera du 28 février au  7 mars, au rythme de la 24è édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO). Une trentaine de pays participent cette année à la conquête du trophée le plus convoité du cinéma africain. 

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Au total 86 œuvres cinématographiques, toutes catégories confondues, qui seront en compétition. Le Burkina présente le plus grand nombre de productions (12) dont deux films dans la catégorie long métrage : CELLULE 512 de Misa Hébié et L’ŒIL DU CYCLONE de Sékou Traoré. Le pays hôte du festival est suivi du Maroc avec 6 œuvres.

Dans les autres catégories,  22 films ont été sélectionnés pour la catégorie fiction court métrages (3 films burkinabè), 20 pour la catégorie Documentaires (2 documentaires burkinabè), 9 pour la catégorie des séries télévisuelles (2 burkinabè) et 15 pour les films  des écoles (3 burkinabè).es télévisuelles (2 burkinabè) et 15 pour les films  des écoles (3 burkinabè).

Voici la sélection officielle :

FICTION LONG METRAGE

01-  ABL AL RABI 3 (AVANT LE PRINTEMPS) de Ahmed ATEF (Egypte)

02-  C’EST EUX LES CHIENS de Hicham LASRI (Maroc)

03-  CELLULE 512 de Misa HEBIE (Burkina Faso)

04-  DES ÉTOILES de Dyana GAYE (Sénégal)

05-  ENTRE LE MARTEAU ET L’ENCLUME de Amog LEMRA (Congo Brazavile)

06-  ESCLAVE ET COURTISANE de Christian LARA (Guadeloupe)

07-  FADHMA N’SOUMER de Belkacem HADJADJ (Algérie)

08-  FIEVRES de Hicham AYOUCH (Maroc)

09-  FOUR CORNERS de Gabriel IAN (Afrique du Sud)

10-  HAÏTI BRIDE de Ramesar YAO (Trinidad et Tobago)

11-  J’AI 50 ANS de Djamel AZIZI (Algérie)

12-  L’ŒIL DU CYCLONE de Sékou TRAORÉ (Burkina Faso)

13-  MŌRBAYASA (LE SERMENT DE KOUMBA) de Cheick Fantamady CAMARA(Guinée – Conakry)

14-  O ESPINHO DA ROSA (THE THORN OF ROSE) de Henriques FILIPE (Guinée-Bisau)

15-  PRICE OF LOVE (PRIX DE L’AMOUR) de Hailay HERMON (Éthiopie)

16-  PRINTEMPS TUNISIEN de Raja AMARI (Tunisie)

17-  RAPT A BAMAKO de Cheick Oumar SISOKO (Mali)

18-  RENDER TO CAESAR de Ovbiagele DESMOND (Nigeria)

19-  RUN de Philpe LA CỖTE (Côte-d’Ivoire)

20- TIMBUKTU de Abderahmane SISAKO (Mauritanie)

FICTION COURT METRAGE

01-  A COEUR OUVERT  Ayekoro KOSSOU (Bénin)

02-  AISSA’S STORY (L’HISTOIRE DE AISSA) de Essien IQUO (Nigeria)

03-  ASHLEY de Ibrahim Ibra KWIZEKA (Burundi)

04-  CHAMBRE NOIRE de Oumar Niguizié SINENTA (Mali)

05-  CINQ BOITES DE LAIT de Siam MARLEY (Côte d’Ivoire)

06-  COMING HOME de Marinda STEIN (Namibie)

07-  DAMARU de Agbor OBED AGBOR (Cameroun)

08-  DE L’EAU ET DU SANG de Abdelilah ELJAOUHARY (Maroc)

09-  DERNIERS RECOURS de Mahi BENA (Algérie)

10-  JIN’NAARIYÄ (L’ALLIANCE) de Rahmatou KEITA (Niger)

11-  KAMELO de Jean-Claude BOURJOLLY (Haïti)

12-  KWAKU ANANSE de Owusu AKOSUA ADOMA (Ghana)

13-  LA BOUCLE (THE LOOP) de Didier CHENEAU( Ile de la Réunion)

14-  LA DOT  de Tahirou Tasséré OUEDRAOGO (Burkina Faso)

15- LES AVALES DU GRAND BLEU de Kossivi TCHINCOUN (Togo)

16-  MADAMA ESTHER (MADAME ESTHER) de Luck RAZANAJAONA (Madagascar)

17-  MALIKA ET LA SORCIERE de Boureima NABALOUM (Burkina Faso)

18-  MOANE MORY (L’ENFANT UNIQUE) de Pacôme Amédée NKOULOU ALLOGO (Gabon)

19-  MURUNA de Moly KANE (Sénégal)

20-  SOEUR OYO de Monique MBEKA PHOBA (RD Congo)

21-  TWAAGA de Cédric IDO (Burkina Faso)

22-  ZAKARIA de Leyla BOUZID (Tunisie)

 DOCUMENTAIRES

01-  0949 FEMMES  de Nassima GUESSOUM (Algérie)

02-  ADY GASY (THE MALAGASY WAY) de Nantenaina LOVA (Madagascar)

03-  ASNI : COURAGE, PASSION ET GLAMOUR IN ETHIOPIA de Samuel RACHEL (Ethiopie)

04-  BEATS OF THE ANTONOV de  Kuka HAJOOJ (Soudan)

05-  DEVOIR DE MÉMOIRE de Mamadou CISSE  (Mali)

06-  EGYPT’S MODERN PHARAONS (LES PHARAONS DE L’EGYPTE MODERNE) de Jihan EL TAHRI (Egypte)

07-  ESKLAVAJ REPARASYON (REPARATION DE L’ESCLAVAGE) de  Jean-Luc Sylvain Michel MIHEAYE (Togo/ France)

08-  INTORE, ENTRE LA DANSE ET L’ART DE LA GUERRE De Aristide MUCO / Aristide KATIHABWA (Burundi)

09-  KOUKAN KOURCIA, LES MÉDIATRICES de Sani ELHADJI MAGORI (Niger)

10-  LA SIRENE DE FASO FANI  de Michel K. ZONGO (Burkina Faso)

11-  LA SOUFFRANCE EST UNE ECOLE DE SAGESSE  de Ariane Astrid ATODJI (Cameroun)

12-  LE CHANT DES TORTUES de Jawad RHALIB (Maroc)

13-  MANTUILA, UN FOU DE LA GUITARE de Michée SUNZU TSHIMANGA (RD Congo)

14-  MINERS SHOT DOWN de Desai REHAD (Afrique du Sud)

15-  MOMSAREW (LE PARI DE L’INDEPENDANCE)  de Alassane DIAGNE (Sénégal)

16-  PATHS TO FREEDOM de Richard PAKLEPPA (Namibie)

17-  SUR LES CHEMINS DE LA RUMBA de David-Pierre FILA  (Congo Brazzaville)

18-  SUR UN AIR DE RÉVOLTE de Franck SALIN (Guadeloupe)

19-  TANGO NEGRO ‘’LES RACINES AFRICAINES DU TANGO’’ de Dom PEDRO (Angola)

20-  VICTORIEUX OU MORTS MAIS JAMAIS PRISONNIERS de Mario L. DELATOUR  (Haïti)

SERIE TELEVISUELLE

01-  « EH LES HOMMES ! EH LES FEMMES !»  de Woye Apolline TRAORE (Burkina Faso)

02-  CHRONIQUES AFRICAINES de Marie Christine AMON (Côte-d’Ivoire)

03-  COEURS ERRANTS de Sorel AGBODEMAKOU (Bénin)

04-  COURSES POUR LA VIE de Francis ZOSSOU/ Tiburce BOCOVO (Bénin)

05-  DOUGOUBA SIGUI de Boubacar SIDIBE (Mali)

06-  DU JOUR AU LENDEMAIN de Adama ROAMBA (Burkina Faso)

07-  LA BELLE MERE de Ebenezer KEPOMBIA (Cameroun)

08-  LEX NOSTRA de Gérard DésiréNGUELE AMOUGOU (Cameroun)

09-  TÔT OU TARD  de S. Bernard YAMEOGO (Burkina Faso)

FILM DES ECOLES AFRICAINES DE CINEMA

01-  ABC, ABLONI BIEN CHOISI de Tchilalo BEBEI SOLO/ École Supérieure des Études Cinématographiques (ESEC) (TOGO)

02-  CROIX D’AGADEZ de Amadou Dénis Paraiso ROUFAY CHARIFATOU/  Institut de Formation aux Techniques de l’Information et de la Communication (IFTIC) (NIGER)

03-  DELESTAGE ELECTRIQUE de Karim KONE Brico / Films Formation (MALI)

04-  DINAN de Senami KPETEHOGBE / Institut Supérieur des Métiers de l’Audiovisuel (ISMA) (BENIN)

05-  ELISE de Saho Venance Simon ZOH/Institut Supérieur des Métiers de l’Audiovisuel (ISMA) (BENIN)

06-  ET SI DIEU AVAIT TORT? de Palakiyem KPATCHAA/ École supérieure des études cinématographique (ESEC) (TOGO)

07-  JE DANSE, DONC JE SUIS de Aissata OUARMA /Institut Supérieur de l’Image et du Son/Studio Ecole (ISSIS/SE)  (BURKINA FASO)

08-  KADI (LANTERN) KADI (LANTERNE) de Lawrence AGBETSISE National Film and Télévision Institut (NAFTI)  (GHANA)

09-  KANKO L’IXELLOISE de Boubacar SANGARE/  Institut Supérieur de l’Image et du Son/ Studio Ecole (ISSIS/SE) (BURKINA FASO)

10-  KARITE, MANE DES SAVANES de Abossi Abenan Felicia KOUAKOU/ Groupe BLM Formation (ISACOM- IST- EPT- EMA) (COTE d’IVOIRE)

11-  LIBERTÉ EMPRISONNÉE de Sara MIKAYIL/ École Supérieure des Arts Visuels de Marrakech (ESAV) (MAROC)

12-  SAGAR Pape Abdoulaye SECK de École Supérieure des Arts Visuels de Marrakech (ESAV) (MAROC)

13-  STIGMATE D’UNE PRETRESSE de Prince KONG A MANENG/ Institut Supérieur des Métier de l’Audiovisuel (ISMA) (BENIN)

14-  THE TRAVELLER (LE VOYAGEUR) de Peter SEDUFIA/National Film and Télévision Institut (NAFTI) (GHANA)-

15-  WAKMAN de Sékou Oumar SIDIBE/ Institut Supérieur de l’Image et du Son/ Studio Ecole (ISSIS/SE) (BURKINA FASO)