Africulture - Africa Nouvelles

Rien que nigérian!

Fort de son succès en 2013, le festival Nollywood Week revient cette année avec plus de nouveautés. Du 5 au 8 juin à Paris, le cinéma africain notamment les films nigérians communément  appelés «films Ibo», seront a l’honneur.

altFort de son succès en 2013, le festival Nollywood Week revient cette année avec plus de nouveautés. Du 5 au 8 juin à Paris, le cinéma africain notamment les films nigérians communément  appelés «films Ibo», seront a l’honneur. Durant 4 jours,  le public aura le privilège de découvrir le meilleur des productions nigérianes sur une sélection de 8 films.

L’on annonce déjà que le film «Half of a Yellow Sun» traduit par «L’autre moitié du soleil», sera projeté en avant-première, durant le Festival.

Nollywood Week  est actuellement une référence en matière d’accès qualitatif aux films de Nollywood en France.

Dis donc! C'est bidon!

Hussein Kurji est le créateur de la série «The Samaritans» pour Xeinium Productions, qui expose sa vision et explique pourquoi il est question de rhinocéros dans la série.

altInterview à Hussein Kurji, créateur de la série «The Samaritans» pour Xeinium Productions, qui expose sa vision et explique pourquoi il est question de rhinocéros dans la série. Vous avez aimé le ton satirique de Kaboul Kitchen? Alors The Samaritans devrait vous plaire! Ces derniers jours, cette pépite fait le buzz sur Internet, depuis que le blog Africa is a country a publié un post sur la production de cette série TV kenyane qui a le bon goût de critiquer avec humour les ONG et plus globalement certaines absurdités présentes dans le domaine du développement international. Ayant trouvé cet article/interview fort intéressant, j’ai fait le choix d’en publier une version traduite par mes soins. La version originale en anglais est disponible ICI.

Quiconque a travaillé ces dernières années dans le domaine du développement international pour le compte d’une organisation non-gouvernementale (ONG) a probablement vécu ceci; avoir:

1/ eu affaire à un consultant externe ou un supérieur envoyé depuis l’étranger pour « gérer » le field office en [Insérer n'importe quel Etat non-occidental. Précision : Ce field office peut se situer dans une capitale de n'importe quel Etat situé en dehors des Etats-Unis ou de l'Europe],
2/ été choqué par le manque d’éthique dans ces lieux d’intervention où le but est «d’aider les populations»,
3/ travaillé pour ou en interaction avec des ONG (large notion qui englobe toutes sortes d’organisations) qui agissent sans véritable objectif apparent.

Tout récemment, une nouvelle série TV a été créée afin de mettre en lumière certaines absurdités inhérentes au secteur de l’aide internationale. Ironiquement intitulée «The Samaritans», il s’agit d’une comédie centrée sur les difficultés – et les réjouissances – du monde des ONG. Créée par une compagnie de production d’origine kenyane, la série raconte les activités de «Aid for Aid», une ONG qui selon les mots de son créateur «ne fait rien».

Vous reconnaitrez certainement la palette des personnages retenus. Scott, le nouveau Directeur Pays de Aid for Aid, qui n’a aucune expérience au Kenya et commence par affirmer en guise d’introduction au tout début de l’épisode pilote: «Beaucoup se demanderont pourquoi j’ai demandé à obtenir ce poste… Je ne manque pas d’expérience, contrairement à ce que certains peuvent penser. J’ai travaillé dans l’association de ma mère depuis l’âge de 6 ans». Titulaire de deux masters américains suivis d’un stage, pourquoi ne devrait-il pas en effet être aux manettes de l’organisation? Le casting de la série compte également le stagiaire malmené, le Directeur-adjoint accro à toutes sortes de cachets, et bien sûr un employé qui appelle tout les femmes du bureau «chérie», etc…

Interview à Hussein Kurji, créateur de la série «The Samaritans» pour Xeinium Productions, qui expose sa vision et explique pourquoi il est question de rhinocéros dans la série.

Quelle a été votre inspiration pour créer cette série?

Le Kenya compte plus de 4 000 ONG enregistrées, et pendant des années j’ai entendu toutes sortes d’histoires par des amis ayant travaillé pour les ONG. Il m’a un jour été demandé de créer une série humoristique, et dans ma tête trottait l’idée de voir The Office adaptée à la sauce ONG. Toutes les folles histoires que j’ai entendues ne pourraient-elles pas faire une bonne comédie ?

Quelle a été l’histoire la plus folle que vous ayez entendu à propos d’une ONG?

J’ai entendu dire de la part de quelqu’un aux Etats-Unis qu’une organisation avait organisé une vente aux enchères afin de lever des fonds au profit des rhinocéros en voie de disparition, et l’objet de cette vente était une chasse au rhinocéros en Namibie (NDLR: Oui, cela est bien arrivé. CNN et l’émission Colbert Report l’ont même évoqué).

Ces folles histoires ne s’arrêtent jamais. Je crois que le fait que les ONG ne soient pas toujours ce qu’elles semblent être m’a sauté aux yeux lorsque je travaillais il y a quelques années dans un hôtel cinq étoiles à Nairobi. Tous ces gars étaient réunis autour d’une table en mangeant du homard et discutaient sur la manière de réduire la pauvreté. Il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond.

Quelles sont les avancées pour la série?

Cela fait maintenant deux ans que nous travaillons sur l’élaboration de cette série. Nous l’avons présentée au DISCOP Africa, une conférence internationale sur les productions télévisuelles qui s’est tenue en Afrique du Sud, et nous avons remporté la compétition qui s’y est tenue. Nous avons eu de bons retours des réseaux et des distributeurs, mais tous demandent à voir un épisode pilote complet.

Afin de lever des fonds, nous avons utilisé la plateforme Kickstarter. Paradoxalement, une ONG nous a également contacté, en nous indiquant avoir adoré l’idée et qu’ils désiraient mettre en lumière les problèmes soulevés, après quoi ils ont participé financièrement à la production. La diffusion a eu lieu en octobre 2013.

Depuis cette première diffusion, nous avons reçu beaucoup d’attention pour la diffusion de tous les épisodes, mais nous sommes toujours à la recherche de moyens pour le financement de la saison entière et sa distribution. Nous avons envisagé de la rendre disponible par location en ligne (VOD), mais le délai de disponibilité est de six mois pour Amazon, et Vimeo est couteux sans être pour autant accessible à tous. (Les deux premiers épisodes sont maintenant disponibles en location sur Vimeo pour 5$).

Comment avez-vous trouvé les différents acteurs?

Nous avons procédé au casting après avoir lancé un appel public, et nous avons également contacté des amis qui ont fait tourné l’information en ligne et par bouche à oreille. Plusieurs de nos acteurs ne sont pas professionnels. Par exemple, la personne qui joue le rôle de Scott a de l’expérience au sein des ONG. Mais il a surtout travaillé en coulisse en tant que réalisateur de documentaires – il est originaire d’Angleterre, c’est pourquoi il fait semblant d’avoir un accent américain pour nous. Mais nous avons également des actrices professionnelles, comme les personnes qui jouent les rôles de Martha (Allison Karuiki), Suze (Sarah Hassan) et Elizabeth (Fridah Muhundi). De plus, le personnage « Driver » a joué dans Out Of Africa.

Pourquoi pensez-vous que le genre comédie constitue une façon appropriée pour critiquer le manque de responsabilité dans le secteur des ONG?

La comédie reste de la comédie – Vous pouvez rendre les situations sérieuses plus accessibles et plus largement regardées si vous le faites au travers de la comédie. Je pense que le rire est le meilleur des remèdes, même si cela paraît cliché. La série a pour slogan « The Samaritans est une comédie sur une ONG qui ne fait rien », et nous pouvons exagérer la réalité au travers de la comédie. Et d’ailleurs, quelqu’un en Afghanistan m’a envoyé un email pour me dire « Nous n’avons pas de Scott dans notre bureau, mais il y a une ONG juste à coté qui en a un ».

Pensez-vous que les ONG perpétuent les inégalités?

Je ne sais pas si elles ont l’intention de perpétuer les inégalités, mais les ONG internationales – les plus importantes – sont empêtrées dans la bureaucratie. Le personnel est conscient que certains formalismes ou mécanismes ne fonctionnent pas, mais la machine est tellement grande – comment pouvez-vous changez cela ?

Un des thèmes retenus dans les extraits en ligne concerne l’idée selon laquelle certaines personnes qui travaillent au sein d’ONG sont touchées par le complexe du martyr, de sorte qu’elles pensent faire le bien mais conservent des habitudes qui perpétuent des problèmes – qu’il s’agisse par exemple de maltraiter le personnel, d’avoir des comportements d’adaptation malsains, etc… Comment cela apparait-il dans la série?

Nous faisons apparaître le complexe du martyr ou du sauveur dès le début avec le personnage de Scott. Parmi tous les autres, le personnage de Scott n’apprend ni ne grandit à mesure que la série avance. Il est assurément un martyr, en pensant qu’il sait tout.

Il commence à y avoir de plus en plus de débats au sein du développement international sur la responsabilité des ONG – de quelle manières les ONG devraient adopter des mécanismes qui donnent un pouvoir de décision aux populations qu’elles sont censées aider, évaluer leur impact de manière plus aboutie que le système d’évaluation des bailleurs de fonds. Cela transparait-il dans la série?

Nous faisons intervenir dès les premiers épisodes une ONG rivale – les gars de la porte d’à coté. Cette ONG est l’opposé complet de Aid for Aid – nous démontrons cela au travers de leur bonne gouvernance et de leur véritable prise de responsabilité auprès de toutes les parties prenantes. Et nous montrons comment cela fonctionne à merveille pour tout le monde.

Nous faisons également apparaître certaines absurdités comme la recherche de subventions auprès des bailleurs de fonds. L’histoire principale de la première saison met en scène la plus grande demande de subvention jamais demandée jusqu’alors par le bureau d’Aid for Aid à Nairobi. Dans le second épisode, ils doivent tout d’abord trouver un acronyme avant même de déterminer à quoi sera destinée la subvention. À mesure que la série avance, nous mettons en image les treize étapes voire plus qu’ils doivent affronter dans le cadre du processus de demande de subvention.

Quel résultat espérez-vous obtenir avec cette série?

Nous sommes le premier faux documentaire kenyan, et nous sommes très heureux des réactions que la série a suscité jusqu’à maintenant. Nous avons l’intention de créer du contenu local pour une diffusion à l’international, et nous espérons pour cela trouver des partenaires de co-production ainsi que des réseaux internationaux qui travaillerons avec nous tout au long de cette aventure.

Je voudrais que cela dure aussi longtemps que possible. Nous sommes conscients que nous critiquons une « grosse machine » et nous ne nous attendons pas à ce que la série puisse tout changer du jour au lendemain – mais nous souhaiterions qu’un dialogue soit initié, que le public en vienne à discuter et réfléchir dans quel contexte l’assistance fonctionne, et s’agissant des organisations défaillantes comment les amener à s’améliorer. Nous comptons également élaborer des sujets qui dépassent le cadre des ONG, et abordent davantage des problèmes relatifs au développement international.

Une crise grise!

Le réalisateur franco-ivoirien Philippe Lacôte a présenté la semaine écoulée «Run» son premier long métrage au 67ème Festival de Cannes dans la catégorie  "Un certain Regard". 

altLe réalisateur franco-ivoirien Philippe Lacôte a présenté la semaine écoulée «Run» son premier long métrage au 67ème Festival de Cannes dans la catégorie "Un certain Regard". La crise politique qui a secoué la Côte d’Ivoire ces 10 dernières années a été  retracée par le réalisateur avec des acteurs qui incarnent les des personnalités politiques de l’époque, même si le cinéaste refuse de l’admettre. La production du long métrage a reçu le soutient du gouvernement ivoirien représenté au Festival par le ministre de la culture et de la Francophonie Maurice Kouakou BANDAMAN et Mme Affoussy Bamba-Lamine, ministre de la communication.

La Côte d’Ivoire et le Bénin sont les pays choisis par le réalisateur pour tourner le film dont le thème est toujours d’actualité. Dans une interview accordée à France 24, Philippe Lacôte évoque les raisons qui soutiennent une production sur la crise ivoirienne alors même que des plaies restent à cicatriser.

«La crise ivoirienne est un sujet encore brûlant et sensible. Beaucoup de gens y ont perdu des membres de leur famille et réveiller tout cela n’a pas été simple. Mais je n’avais pas envie de faire ce film 10 ans après le conflit. En tant que cinéaste, cela m’intéressait de tourner dans un décor encore chaud, avec des acteurs ayant connu cette page récente de l’histoire. Je voulais être au plus près de ce passé», a-t-il déclaré.

Contrairement à ce qu’on pouvait imaginer, le film n’a pas pour objectif de réconcilier les  Ivoiriens.  Pour Philippe Lacôte, ce rôle revient aux hommes politiques de son pays. Le film selon son réalisateur permet de réfléchir sur les origines de la crise afin prévenir de telles situations.

«Quand un pays comme le nôtre sort tout juste de la guerre, les artistes ont un rôle de témoin à jouer. En termes de responsabilité morale, iI ne m’appartient pas d’attiser des colères inutiles, mais je n’ai pas fait ce film pour réconcilier les Ivoiriens. Maintenant, je laisse aux politiques le soin de s’occuper du vaste chantier de la réconciliation», explique Philippe Lacôte.

Se marier et se marrer!

Le film "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu?", est-il un plaidoyer anti-raciste efficace ou un catalogue de préjugés? Des chercheurs et spécialistes du secteur éclairent.

altPlaidoyer efficace pour un rapprochement des cultures selon les uns, accumulation de clichés racistes pour d'autres, la comédie "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu?", qui domine actuellement le box-office français, reste un simple divertissement, éloigné de la réalité de la société actuelle, selon des sociologues.

Le film, qui a franchi cette semaine les cinq millions d'entrées en salles, introduit le spectateur dans la famille Verneuil dont les parents, catholiques provinciaux bon teint, ne voient pas vraiment d'un bon oeil leurs 4 filles épouser un Juif, un Arabe, un Chinois et un Noir.

Les déjeuners familiaux se transforment en catalogue de préjugés sur les différentes communautés. Un sujet périlleux et certains critiques se sont d'ailleurs émus de l'ambiguïté du propos, qui pourrait banaliser le racisme. "Le film donne une vision inversée de la société en décrivant une famille bourgeoise multiculturelle alors que les mariages mixtes, en France, se rencontrent plutôt dans les classes populaires", analyse Eric Fassin, sociologue à l'Université Paris 8, révelant aussi: "On est plus dans le fantasme que dans le réel car on décrit un communautarisme des non-Blancs. Or, en France, le communautarisme est d'abord celui des Blancs, les non-Blancs vivant entre eux non par choix mais par un phénomène de ségrégation".

Pour son réalisateur, Philippe de Chauveron, ce film est avant tout un moyen de "dynamiter" les préjugés d'où qu'il viennent. Il ne veut pas "porter de message" politique mais "parler de tolérance", assure-t-il, notant d'ailleurs que "le film marche aussi fort à Neuilly qu'à Rosny-sous-Bois et que les gens rient au même moment".

"On savait avec Guy Laurent, mon scénariste, qu'on s'attaquait à un sujet sensible. On s'est dit tout de suite qu'il ne fallait surtout pas en avoir peur et s'autocensurer. Alors on traite tous les personnages à égalité", explique le cinéaste. Il ne s'agit pas d'un "film militant mais bien d'un divertissement. Il joue sur des sentiments de la vie quotidienne placés dans des situations inhabituelles, voire cocasses", estime le sociologue Eric Donfu.

Pour Patrick Lozès, premier président du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN), le film pourrait même "avoir sur la société française le rôle joué aux États-Unis par 'Devine qui vient dîner'" (sorti en 1967) où un brillant médecin noir, interprété par Sidney Poitier, épouse une jeune fille blanche issue de la bourgeoisie.

Loin de véhiculer un quelconque racisme, "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu?" "vaut à lui tout seul des dizaines de spots et de campagnes antiracistes devenues inefficaces", affirme-t-il. Par les thèmes qu'il aborde (le racisme, les préjugés), "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu?" est aussi comparé à Rabbi Jacob. Le personnage incarné dans les années 1970 par Louis de Funès est d'ailleurs cité dans les dialogues du film.

Sorti le 16 avril, il a déjà battu le record du nombre d'entrées en 2 semaines pour un film français depuis 2011, même s'il a pu bénéficier des vacances scolaires, du pont du 1er mai et du mauvais temps. Plus inhabituel toutefois, selon les spécialistes, le nombre d'entrées continue d'augmenter après trois semaines d'exploitation.

"Le film devrait mécaniquement atteindre les 7 à 10 millions d'entrées", explique à l'AFP Marc-Olivier Sebbag, délégué général de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF). Mais on est encore loin des records français du box office détenus par "Bienvenue chez les Ch'tis" (20,4 millions d'entrées) et "Intouchables" (19,4 millions). "Pour atteindre de tels sommets, un film doit répondre à la fois à une demande de cinéma familial et populaire et à une question plus sociétale", analyse Marc-Olivier Sebbag.

Seul film africain!

"Timbuktu", le chagrin des oiseaux du réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako a été choisi avec 17 autres longs métrages dans la course à la Palme d'or du 67ème Festival de Cannes. Il est le seul film africain à intégrer la sélection officielle.

alt"Timbuktu", le chagrin des oiseaux du réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako a été choisi avec 17 autres longs métrages dans la course à la Palme d'or du 67ème Festival de Cannes. Il est le seul film africain à intégrer la sélection officielle.

Après "Octobre" en 1993, "En attendant le bonheur" en 2002 et "Bamako" en 2006, le réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako a présenté en 2014 le film "Timbuktu" en Sélection officielle du 67e Festival de Cannes, pour témoigner d'un sujet d'actualité tristement brûlant: le conflit dans le nord du Mali. En narrant l'histoire de Kidane, de Fatima, de leur fille Toya et d'Issan, leur petit berger, Abderrahmane Sissako s'insurge contre le climat de terreur établi à Tombouctou.

Dans la compétition officielle, 18 films de tous les continents, sélectionnés sur 1.800 soumis au festival, sont en lice pour la Palme d'or de cette 67e édition, qui se déroule du 14 au 25 mai. Le jury présidé par la Néo-Zélandaise Jane Campion, détentrice d'une double Palme d'or, à Cannes pour son court-métrage «An Exercice in Discipline-Peel», en 1986, et son long-métrage «La leçon de Piano», en 1993, aura, donc, du pain sur la planche.

Le clap d'ouverture a échu comme prévu au film «Grace de Monaco», du réalisateur Olivier Dahan, projeté en hors-compétition. Cet opus, un biopic de la princesse Grace, incarnée par Nicole Kidman, a créé, depuis quelques mois, la polémique en raison, selon la famille princière, «des références historiques erronées et littéraires douteuses». Mais polémique ou pas le film a été froidement accueilli par la critique internationale qui le qualifie de «four particulièrement ennuyeux» et de «mélodrame incroyablement idiot».

Après le faste et les paillettes de l'ouverture avec l'incontournable rituel de la montée des marches qui draine la grande foule cannoise qui vient saluer chaudement «ses» stars, place à la compétition qui a commencé jeudi avec la projection de «Timbuktu» du Mauritanien Abderrahmane Sissako et de «M. Tuner», du Britannique Mike Leigh.

Plaidoyer poétique contre l'extrémisme

Bien qu'il soit une production à majorité française, «Timbuktu» est le seul film de la compétition réalisé par un Africain. Plaidoyer contre toutes les formes d'extrémisme, cet opus met en lumière l'opposition entre deux islams, l'un extrémiste et l'autre paisible et tolérant. Cela en se focalisant sur deux images des plus antagonistes, la première reflète «la vie simple et paisible de Kidane, dans les dunes non loin de Tombouctou, entouré de sa femme et de ses deux enfants alors qu'en ville, les habitants subissent, impuissants, le régime de terreur des djihadistes armés qui ont pris en otage leur foi. Fini la musique et les rires, les cigarettes et même le football. Les femmes sont devenues des ombres qui tentent de résister avec dignité. Des tribunaux improvisés rendent chaque jour leurs sentences absurdes et tragiques. Kidane semble être épargné par le chaos qui règne à Tombouctou Mais bientôt sa vie va basculer».

Cet opus a emballé l'ensemble de la presse internationale pour ses moments de fulgurance poétique, son humanisme, sa manière d'éviter le manichéisme et la caricature, bref pour sa retenue et ses pointes d'humour malgré le ton dramatique de l'œuvre. Certains critiques ont reproché au réalisateur d'avoir réalisé «un film à thèse», comme le précédent «Bamako». Mais justement quand l'actualité est aussi tragique, quand il y a urgence, le cinéma peut-il détourner totalement le regard afin de ne pas tomber dans «la pensée soi-disant pesante»?

Malgré quelques faiblesses narratives, «Timbuktu» est nécessaire parce que inspiré de faits réels, parce qu'il attire l'attention sur un danger certain: l'extrémisme religieux et le terrorisme. Son film, le cinquième, né d'une gestation, appelle, les Africains notamment, mais aussi le monde entier, à s'indigner, à résister, à ne pas (se) laisser faire et à se mobiliser pour combattre l'obscurantisme et l'horreur. Car à ses yeux, l'Islam a été pris en otage par des ignorants qui lui sont totalement étrangers.

Lors de la conférence de presse, très ému, Abderrahmane Sissako n'a pu retenir ses larmes au moment de répondre à une question. Et de déclarer, après s'être ressaisi, sous les applaudissements chaleureux des journalistes qui lui ont exprimé, ainsi, leur soutien: «Je pleure à la place de ceux qui ont vécu cette réelle souffrance».

«Timbuktu» qui a forcé l'admiration de la presse internationale pourrait également séduire le jury de cette 67e édition de Cannes et être ainsi récompensé.

 

 

Sauve... qui peut?

Au Kenya, a été diffusé une production indépendante qui se moque des Associations internationales qui veulent "sauver l'Afrique" mais ne savent pas comment s'y prendre. Protagoniste est la phantomatique "Aid for Aid" (Aider pour aider). Le metteur en scène déclare s'etre «inspiré de la réalité pour faire rigoler et faire réfléchir".

altAu Kenya, a été diffusé une production indépendante qui se moque des Associations internationales qui veulent "sauver l'Afrique" mais ne savent pas comment s'y prendre. Protagoniste est la phantomatique "Aid for Aid" (Aide pour aide). Le metteur en scène déclare s'etre «inspiré de la réalité pour faire rigoler et faire réfléchir".

Une ONG qui ne fait rien si ce n'est remplir les tweets et les pages Facebook de mots vides comme «faire la différence», «changer les choses», «mesurer l'impact".

Un cynique directeur (blanc) catapulté "sur le terrain" à diriger une équipe de collaborateurs farfelus (colorés), des projets inexistant pas, du vide médiatique et surtout absence totale de valeurs, respect, l'éthique et solidarieté. Voici les ingrédients du  premier "moqumentaire" (documentaire - moquerie): une fiction Tv satirique créée avec l'intention déclarée de se moquer) sur l'univers des ONG internationales. Particulier à ne pas négliger: l'oeuvre est produite et réalisée au Kenya .

"The Samaritans" (Les Samaritains) - c'est le titre - raconte l'histoire de la phantomatique organisation "Aid for Aid" (Aide pour Aide) dont la mission est de «ne rien faire". Le set est le bureau de l'organisation à Nairobi, où les coopérants (dirigés par le jeune Américain Scott, fils à son tour d'une coopérante et avec un Master à peine décroché à Stanford) passent leurs journées à tenter d'interpréter les requêtes provenant du siège social à Londres, écrivant rapports et invitant des hashtag à lancer sur les médias sociaux; l'objectif de leurs agitations est évidemment de "sauver l'Afrique» , mais aucun d'entre d'eux ne semble vraiment savoir comment, et, à surprise, arrive la «plus grande donation» de l'histoire de l'ONG, un véritable défi se déclenche: comment l'utiliser? Et pour faire quoi?

«Au Kenya , il y a plus de 4000 ONG enregistrées et, au fil des années, j'ai entendu pas mal d'histoires droles sur elles. C'est ainsi que quand on m'a demandé d'écrire une commédie pour la télévision, j'ai pensé raconter ce monde-là", a déclaré le créateur de la série, Hussein Kurji de Xeinium Productions à Nairobi. 

Et des histoires, Kurji en sait vraiment tout un tas, comme celle (tout à fait vraie et reprise dans la fiction) du Club Texan qui a organisé un concours pour sauver le rhinocéros, mettant en jeu un safari de chasse au rhinocéros. Comme reporté par CNN. 

«C'est une comédie et donc on rit, mais on a aussi voulu réfléchir sur quelques défauts qu'on perçoit comme pays destinataires des aides: le syndrome du sauveur, dont le directeur de l'ONG est un exemple, l'incompétence, la transparence floue et la clarté dans les objectifs... Et puis, ce ne sont pas toutes les ONG qui sont comme ça; en effet, on a introduit dans la série une autre association, rivale de "aid for Aid", qui bosse sérieusement. On la donne comme revers positif pour faire comprendre ce que si on veut, on peut", explique le producteur. 

La série, qui a été diffusé avec énorme succès au Kenya en octobre 2013, continuera jusqu'en 2015 et les producteurs (qui l'ont réalisée à travers la collecte de fonds du "crowdfunding") bougent pour en vendre les droits dans tous les pays anglophones.

Vive la Beauté noire!

La diva africaine de "12 Years A Slave" a été élue la plus belle femme du monde par le magazine américain très réputé "People".

altLa comédienne marche ainsi sur les traces des grandes renommées du cinéma et du chant américain telles Julia Roberts, Gwyneth Paltrow, Kate Hudson et Beyoncé. Elle devance cette année Keri Russell, Jenna Dewan-Tatum et Mindy Kaling dans ladite sélection. En un rien de temps, Lupita Nyong'o a su transporter sa couleur, son talent et sa conception de la beauté de l'Afrique vers un géant du monde, l'Amérique.

2014 est naturellement l'année la plus souriante de la starlette qui jusqu'alors va de gloire en gloire à grands pas. Au mois de mars dernier, l'actrice décrochait la statuette du meilleur second rôle féminin pour sa performance dans Twelve Years A Slave. Dans sa robe vaporeuse bleue Prada, elle avait illuminé le tapis rouge et avait été élevée au rang d'icône de la mode.

«Le plus beau compliment que l'on puisse me faire, c'est de me dire que je suis belle quand je n'ai pas une once de maquillage sur le visage, avant que je sois coiffée ou que je mette une jolie robe», déclare l'élue lors de l'interview accordé à People.

Le choix de la marque de cosmétiques française Lancôme, faisant de Lupita sa nouvelle conseillère, montre sans doute que la jeune actrice est à la fois l'ambassadrice de la beauté noire et la nouvelle étoile montante du cinéma hollywoodien. La jeune femme a fait de la beauté une idée qu'on ne doit pas imposer, mais plutôt «l'expression d'une femme libre face à elle-même».