Africulture - Africa Nouvelles

Héritage culturel d'un vrai "Labou...reur" littéraire! 

Pour clôturer la semaine de représentations de la pièce "Sony Congo ou la chouette petite vie bien osée de Sony Labou Tansi» au théâtre parisien Le Tarmac, Henri Lopes et Emmanuel Dongala ont évoqué le souvenir de l'illustre plume congolaise qui a quitté cette terre, il y a 25 ans. À ces évocations, il faut ajouter les témoignages vidéos du romancier Alain Mabanckou, du dramaturge Dieudonné Niangouna ainsi que du cinéaste et écrivain Léandre Alain Baker venus ponctuer cette rencontre animée par Bernard Magnier, le 14 février. 

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Au Congo, les morts ne sont jamais morts et l'ombre de Sony Labou Tansi, poète, dramaturge et romancier majeur planait dans le Théâtre du Tarmac, dont la scène était devenue pour la circonstance un coin de parcelle où l'on évoquait avec tendresse, et souvent dans les rires, souvenirs et anecdotes sur le défunt.

Sony, c'était un «grand du quartier», vivant humblement

Exerçant la profession d'enseignant à Pointe-Noire, Sony Labou Tansi, bien qu'ayant déjà gagné quelques prix, était pour Léandre Alain Baker, alors adolescent de 12-13 ans, un simple grand-frère du quartier, qui avait chez lui des cahiers d'écoliers noircis de divers textes. «Ce n'est qu'après la sortie de "La vie et demie" (*en 1979 NDLR), que j'ai su ce qu'il représentait pour la littérature congolaise», confesse-t-il.

Résidant plus tard à Brazzaville, Henri Lopes se souvient d'une première rencontre au domicile de l'auteur, dans le très populaire quartier de Ouenze-Manzanza: «J'ai trouvé quelqu'un assis sur un tabouret et écrivant sur une simple table en bois». Alain Mabanckou abonde dans ce sens: «La première fois que je l'ai rencontré, il était en pleine partie de volley-ball avec les petits du quartier. Il l'a interrompue pour me recevoir à son domicile». Ce domicile était quelque peu singulier. «Il habitait une maison en planches à laquelle on accédait en passant par une petite forêt. Il y avait partout des bougies, des calebasses et des exemplaires de Gabriel Garcia Marquez. On aurait dit une parcelle de "corbeaux"» témoignent, suscitant l'hilarité des Congolais présents dans la salle du Théâtre du Tarmac, Dieudonné Niangouna et Alain Mabanckou. 

Pour Emmanuel Dongala, qui fut très proche, s'il n'était pas Matsouaniste, Sony Labou Tansi avait en effet une «mystique très ancrée dans la mémoire Kongo». Propos appuyé par Henri Lopes: «Sony était un homme d'action à sa manière mais dans la mystique». 

Sony, c'était un géant, une figure tutélaire de la littérature, écrasante, voire intimidante

«Dans les années 1980, après sa publication au Seuil, La vie et demie circulait sous le manteau. Tous les jeunes qui aspiraient à devenir écrivains devraient passer par Sony», se souvient Alain Mabanckou. Une influence qui se poursuit jusqu'à ce jour raconte Dieudonné Niangouna pour qui «c'est comme une forme d'initiation, il faut lire Sony quand on commence le théâtre». Mais ce poids porte également un côté un peu néfaste selon Henri Lopes et Emmanuel Dongala. «Il y a beaucoup d'épigones de Sony qui essayent de "refaire du Sony". Ils ont tort», déplore l'ambassadeur-écrivain. Analyse confirmée par Emmanuel Dongala: «Sony est unique. De nombreux de jeunes, voulaient "faire du Sony" et ne sont pas parvenus à le "tuer"». 

«Bouleversement des codes» pour Léandre-Alain Baker, «apport de quelque chose de nouveau dans la langue», selon Emmanuel Dongala, «force du langage et nouvelle manière d'occuper l'espace» quant à Alain Mabanckou, le talent et l'influence sur la production littéraire congolaise de Sony Labou Tansi est décisive. 

À la manière d'un Socrate, Sony Labou Tansi était également un accoucheur, une école de maïeutique de l'écriture selon Dieudonné Niangouna. «Il y a chez Sony toute une cosmogonie de l'écriture qui mène à la libération de soi, à la naissance de soi, il faut s'accoucher soi-même, se porter, porter son écriture» explique le dramaturge. 

«Agitateur de la conscience de la jeunesse», pour reprendre le mot de Léandre-Alain Baker, Sony Labou Tansi a également été attiré par la politique. «Il a rejoint les rangs du MCDDI de Kolelas et a réussi l'exploit de se faire élire député sans faire de campagne. Mais il n'allait en séance et envoyait quelqu'un récolter ses jetons de présence», témoigne Henri Lopes. 

C'était le temps où l'on parlait de la dictature du SOMADO, contraction des noms des directeurs de troupe qui trustaient le devant de la scène théâtrale congolaise de l'époque: Sony, Matondo et Dongala. Ils étaient à la tête respectivement du Rocado Théâtre, de la Troupe artistique Ngounga et du théâtre de l'Éclair. Bien qu'en compétition, les uns assistaient aux répétitions des autres. C'était aussi l'époque de la censure communiste dont les écrivains se jouaient, parfois avec humour. Malicieux, Sony Labou Tansi a ainsi infligé à un agent de la sécurité d'État, venu espionner une séance de répétition, la laborieuse répétition par l'un de ses acteurs d'un unique mouvement de scène: se lever d'une chaise, traverser la scène et revenir à son point de départ et ce, pendant une heure. L'histoire ne dit pas s'il a suscité une vocation théâtrale chez le "barbouze" qui s'est vu infliger cette purge... 

L'année de commération en l'honneur de Sony Labou Tansi va se poursuivre tout au long de l'année 2015 avec des rééditions de ses textes, des expositions, des lectures, etc. 

«L'art continue sa route, il conspue les modes et il aura le dernier mot».

Café littéraire! 

La première édition du projet "Menu livre", une initiative consistant à mettre, gratuitement, des livres à la disposition des clients des cafés, a été lancée samedi 14 février à Rabat, sous le signe "Du café pour votre corps et un livre pour votre âme". 

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Initié par l'équipe des jeunes leaders marocains de l'Institut agronomique et vétérinaire Hassan II (JLM IAV Hassan II) de Rabat, "Menu livre" est un projet innovant qui voit le jour pour la première fois au Maroc, indique un communiqué des organisateurs. 

"Le concept est simple: des menus de livres seront disponibles dans les cafés afin de permettre aux clients de consulter des bouquins gratuitement en attendant leurs commandes", précise la même source, ajoutant qu'il s'agit d'un projet culturel qui vise à implanter l'esprit de la lecture chez les Marocains. 

Le projet, réalisé en partenariat notamment avec le ministère de la Culture, a pour objectifs de promouvoir les écrivains marocains en mettant leurs ouvrages dans les menus livres et en organisant des rencontres de lecture autour de leurs travaux, lit-on dans le communiqué. 

Il aspire, également, à encourager les jeunes à créer des clubs de lecture qui organiseront leurs activités au sein des cafés participant au projet, l'objectif étant la création d'un espace d'échange et de partage, souligne le communiqué. 

Aussi, "Menu livre" permettra-t-il aux gens de profiter de leurs temps à travers la lecture, développer leurs esprits intellectuels et de créer une activité culturelle au sein des cafés.

L'équipe JLM IAV Hassan II est issue de l'organisation à but non-lucratif intitulée «Jeunes leaders marocains».

Celle-ci est une initiative 100% marocaine, avec une dimension internationale et qui œuvre pour le développement socioéconomique et durable. 

Le programme "Jeunes leaders marocains" vise à encadrer et former les jeunes étudiants marocains de l'enseignement supérieur public et privé dans la création et la gestion de projets générateurs de revenus au profit des populations en situation de précarité. 

Observations diverses sur les Noirs américains par une Noire non américaine!

Au catalogue de l'éditeur Gallimard, la romancière nigériane Chimamanda Ngozi Adichie a signé la version française de son 3ème roman «Americanah», paru précédemment en 2013 dans sa version anglaise.

altAu catalogue de l'éditeur Gallimard, la romancière nigériane Chimamanda Ngozi Adichie a signé la version française de son 3ème roman «Americanah», paru précédemment en 2013 dans sa version anglaise. À la fois drôle et grave, doux mélange de lumière et d'ombre, "Americanah" est une magnifique histoire d'amour, de soi d'abord mais également des autres. Il nous plonge dans la réalité des clichés sur la race ou sur le statut d'immigrant. Partie du Nigeria pour aller faire ses études à Philadelphie, Ifemelu tentera pendant 15 ans, de trouver sa place aux États-Unis.

Lorsqu'on lui demandait ce qu'elle faisait, elle répondait vaguement: «Je rédige un blog sur les modes de vie», car dire "J'écris un blog anonyme intitulé Raceteenth ou Observations diverses sur les Noirs américains (ceux qu'on appelait jadis les nègres) par une Noire non américaine" les aurait mis mal à l'aise» (P14). Les gens étaient flattés qu'on les interroge sur eux-mêmes, et si elle se taisait après les avoir écoutés parler, ils étaient poussés à en dire d'avantages. «De nos jours, la race est un concept totalement surfait, les Noirs doivent en finir avec ça, tout ce qui importe aujourd'hui c'est la catégorie sociale, les possédants et les autres», déclarait calmement un blanc coiffé de rasta assis à côté d'elle dans le train (P14).

Avant que le type de l'Ohio coincé contre elle dans un avion, poursuive plus tard, «Avez-vous jamais écrit sur l'adoption? Personne ne veut de bébés noirs dans ce pays, et je ne parle pas de bébés métis, je veux dire noirs. Même les familles noires n'en veulent pas», sa femme et lui avaient adopté un enfant noir «leurs voisins les regardaient comme s'ils avaient choisi de devenir les martyrs d'une cause discutable» (P16).

Souvent, assise dans un café, un aéroport ou une gare, Ifemelu observait les étrangers, imaginait leurs existences, se demandant lesquels avaient lu son blog. D'un ton irrévérencieux, l'auteur fait valser dans ce roman, l'histoire de la jeune battante Ifemelu qui de défaites en réussites, trace son chemin, pour finir par revenir sur ses pas.

Rien n'y échappe à ce condensé de 528 pages, ni les risques de la vie, ni les glissements du désir, ou encore les contradictions d'un certain féminisme et la difficulté de s'affirmer aujourd'hui.

Née au Nigeria, Chimamanda Ngozi Adichie, auteure du best-seller «L'Autre moitié du Soleil», se sert de son expérience personnelle pour explorer dans "Americanah", son 3ème roman, les différentes façons d'être Noir aux États-Unis. Ses oeuvres et ses discours captivent les grandes figures américaines à l'instar de la diva, Beyonce dans sa chanson «Flawless», où la chanteuse reprend un extrait du discours de l'écrivain, lors d'une conférence TED intitulée: «Nous devrions tous être féministes».

Cette fois, avec "Americanah", la romancière a retenu l'attention des célèbres Brad Pitt et Angelina Jolie qui envisagent d'adapter ce roman au cinéma.

Félicitations! 

Après la Camerounaise Léonora Miano en 2013, c'est l'écrivain congolais In Koli Jean Bofane qui vient d'être couronné par le Grand prix du roman métis. 

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Après la Camerounaise Léonora Miano en 2013, c'est l'écrivain congolais In Koli Jean Bofane qui vient d'être couronné par le Grand prix du roman métis. Une récompense qu'il a reçu, mardi 2 décembre à La Réunion, à Saint-Denis, où a été créé, il y a 5 ans, ce prix qui distingue les auteurs dont les livres mettent en lumière «les valeurs de métissage, de diversité et d'humanisme, symboles de l'île de La Réunion». Des qualités que le jury a trouvées dans le roman de In Koli Jean Bofane intitulé «Congo Inc.». 

Cela fait plus de 20 ans qu'In Koli Jean Bofane a quitté le Congo où il est né en 1954 à Mbandaka. Mais même de Belgique, son regard ne cesse de scruter son pays d'origine. Après des textes pour la jeunesse, et un premier roman très remarqué intitulé "Mathématiques congolaises", l'écrivain, lauréat du Grand prix littéraire d'Afrique noire en 2008, est revenu, il y a quelques mois, avec une fable caustique mais lucide sur le Congo, où il met en scène un pygmée avide d'argent. 

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Pourquoi Congo Inc.?

«Le fil conducteur était la mondialisation. Issu du Congo, je voulais regarder cette guerre du Congo et je dis que le premier grand drame de la mondialisation est cette guerre du Congo qui a fait six millions de morts. On a connu des banques et des chutes de banques, mais, en fait, ce n'était rien. C'était juste un épiphénomène, même s'il y avait quelques morts ou des gens qui se sont suicidés. C'est-à-dire qu'on maquille toujours les guerres sous une bannière quelconque, mais là, non. Là, on ne se donne même pas la peine de chercher un enjeu. Il n'y a pas d'enjeu politique. Il n'y a pas de revendications. Il n'y a rien. Il n'y a pas de conquête de territoire. Il n'y avait jamais personne qui a déclaré tout cela. Tout ce que l'ONU dit aujourd'hui, c'est que c'était une guerre de pilage. C'est le business», explique In Koli Jean Bofane.  

 

Paix à son ame! 

André Brink est décédé vendredi 6 février 2015 en soirée, à l'âge de 79 ans. Il est l'auteur du célèbre roman "Une saison blanche et sèche", qui lui avait valu le prix Médicis étranger en 1980. 

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L'écrivain s'en est allé dans l'avion qui le ramenait de Belgique, où il venait de recevoir un diplôme honoris causa de l'Université catholique de Louvain. Cet Afrikaner blanc aura passé une grande partie de sa vie à critiquer le régime de ségrégation raciale en place dans son pays jusqu'en 1994.

L'homme qui s'est éteint, vendredi 7 février soir, était l'un des écrivains afrikaners les plus critiques vis-à-vis du régime d'apartheid. Il fut le premier auteur de sa communauté à être censuré par le régime blanc de ses semblables, pour son roman "Au plus noir de la nuit", publié en 1973. Quelques années après, son roman le plus célèbre, "Une saison blanche et sèche", était interdit, dès sa publication dans le pays. Son auteur n'en recevra pas moins le prix Médicis étranger pour cet ouvrage, en 1980.

André Brink, qui bénéficiera dès lors d'une renommée mondiale, faisait partie de ce mouvement d'auteurs afrikaners qu'on appelait «Die Sestigers», (Les gens des années 1960), avec Ingrid Jonker et Breyten Breytenbach. Un mouvement très marqué par le vent de liberté soufflant en France pendant ces années. C'est d'ailleurs à l'occasion de son premier voyage en France, de 1959 à 1961, au contact d'étudiants africains, qu'André Brink prend conscience des effets néfastes de la politique d'apartheid dans son pays.

«Je ne me suis rendu compte de l'apartheid, et de tout ce que cela voulait dire, que vers ma 25e année, quand j'ai quitté l'Afrique du Sud pour faire des études à Paris, avait-il confié en 2010 à nos confrères de France 24. A ce moment-là, je n'avais encore jamais eu l'occasion de rencontrer une seule personne noire qui n'était pas ouvrière ou domestique. Donc, il ne m'était jamais arrivé au cerveau de penser qu'il existe une possibilité pour qu'un Noir devienne avocat, ou médecin, ou même instituteur». 

André Brink, du noir et blanc à la couleur 

Le jeune Afrikaner est alors étudiant en littérature comparée à la Sorbonne, à Paris. Il y écrit son premier roman, L'ambassadeur, un huis clos amoureux qui fait scandale en Afrique du Sud. Mais désormais écrivain engagé, André Brink passera ensuite toute une partie de sa vie a dénoncer la ségrégation raciale en Afrique du Sud. Dans "Une saison blanche et sèche", il raconte la prise de conscience d'un certain Ben Du Toit, après la disparition du fils du jardinier de l'école dans laquelle il enseigne. Cet Afrikaner tranquille apprend que le jeune Noir est décédé en prison, et va alors décider de mener un combat pour la vérité et la justice.

Puis, à partir de 1994, il racontera la nouvelle Afrique du Sud arc-en-ciel et démocratique, avec ses espérances et ses turbulences.

«Pour moi, c'était le sommet de ma vie, disait-il encore en 2010 au sujet de la fin de l'apartheid. Je me disais à ce moment-là: "Maintenant je meurs", parce qu'il n'y avait rien de plus à quoi je pouvais m'attendre, c'était le sommet de tout! Si quelqu'un comme lui (Nelson Mandela, NDLR), qui avait passé 28 ans en prison, pouvait sortir de cette prison, dans toute la liberté de son esprit, à cause de la littérature, ça voulait quand même dire quelque chose sur le pouvoir de la littérature». 

Au total, André Brink a écrit une vingtaine de romans et d'essais en anglais et en afrikaans, la langue dominante de la minorité blanche dans le pays. Nommé à plusieurs reprises, André Brink n'a finalement jamais reçu le prix Nobel de littérature.

Paix aux âmes des victimes! 

L'attaque terroriste contre l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo a provoqué une onde de choc en France, mais aussi en Afrique et ailleurs dans le monde. 

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L'attaque terroriste contre l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo a provoqué une onde de choc en France, mais aussi en Afrique et ailleurs dans le monde. Douze personnes, dont les célèbres dessinateurs Cabu, Wolinski, Tignous et Charb, ainsi que deux policiers, ont été tuées. Vive émotion en Algérie, en Côte d'Ivoire ou encore en Mauritanie. Les condamnations tombent de toutes parts et les réactions de la presse satirique africaine sont unanimes: c'est une horreur totale. 

Algérie: «une onde de choc terrible» 

En Algérie, l'émotion est vive à la Maison de la presse dans ce pays qui a vécu la terreur lors des années de plomb. Les chaînes de télévision françaises tournaient en boucle dans ses rédactions, mercredi 7 janvier après-midi, et les salariés se réunissaient devant les écrans, dans les bureaux, mais aussi dans le café, assez silencieux. Plusieurs journalistes étaient plutôt choqués et ont eu une réaction similaire, celle de se dire que finalement, cela arrive même en France, dans une démocratie, et qu'aucun journaliste n'est à l'abri. 

L'un des caricaturistes qui travaillent dans ces bâtiments qui regroupent plusieurs rédactions expliquait qu'il ne comprenait pas qu'en 2015 on risque de mourir pour un dessin, pour une opinion. Et puis, bien sûr, pour beaucoup d'entre eux, ce qui s'est passé ravive les mauvais souvenirs de la décennie noire. Au cours des années 1990, 117 journalistes et employés de la presse ont été assassinés en Algérie. Il y a eu deux attaques spectaculaires contre les médias nationaux. D'abord, en 1994, un groupe armé était entré dans la rédaction de l'Hebdo Libéré et avait tiré sur le personnel, tuant deux personnes. Et puis en 1996, une voiture piégée a explosé derrière la Maison de la presse d'Alger. L'explosion a soufflé la rédaction du Soir d'Algérie et fait dix neuf morts. 

Hichem, caricaturiste algérien du journal "El Watan", qui exerce le métier depuis 16 ans, avait eu l'occasion de rencontrer Charb et Wolinski de Charlie Hebdo: «Bien entendu, ça été une onde de choc terrible. Quand j'ai appris que c'était dans une salle de rédaction, au siège de Charlie Hebdo et pendant la réunion de rédaction, j'ai tout de suite visualisé ça. Cet horrible massacre et ce drame qui surviennent comme ça, c'est terrible, c'est dramatique. Je pense que d'ici quelques jours, tous les journalistes, tous les dessinateurs, tous les dessinateurs, tous les républicains, tous les démocrates, tous ceux qui sont épris de liberté et de justice vont se ressaisir et vont comprendre que justement, il ne faudrait pas baisser les bras, il ne faut pas céder à tous les conséquences qui pourraient découler de cet acte, c'est-à-dire des amalgames, des actes de vengeance. Au contraire, il faut se ressaisir et je sais que cela va se faire». 

Indignation en Mauritanie 

En République islamique de Mauritanie, beaucoup de journalistes sont indignés et disent leur colère, mercredi 7 janvier. Moussa Ould Samba Sy, président du Regroupement de la presse privée mauritanienne, craint l'amalgame et dénonce ceux qui cautionnent ce qui s'est passé: «Ma première réaction, en tant que journaliste, en tant que musulman, en tant que Mauritanien, c'est d'abord d'exprimer mon horreur totale pour cet acte absolument inqualifiable qui vient de frapper des journalistes, qui vient de frapper la liberté d'expression et surtout des journalistes en pleine rédaction. Nous pensons que là, c'est une attaque non seulement contre ces journalistes mais contre les journalistes du monde entier. Rien ne peut justifier ce qui s'est passé, absolument rien. Désormais, nous faisons un métier qui est dangereux où que l'on soit. Cela veut dire que le seul moyen de lutter, c'est de continuer à ne pas céder ; de continuer à défendre ce droit de tout le monde à s'exprimer et à exprimer ce qu'il pense». 

R.D.C.: «Un crime odieux», pour l'ONG Journalistes en danger  

Les organisations non gouvernementales (ONG) de défense des droits de l'homme et des journalistes sont également choquées par l'attentat. A Kinshasa, en RDC, l'ONG Journalistes en danger (JED) se bat depuis de longues années pour la liberté d'expression, non seulement en RDC mais aussi dans huit pays voisins d'Afrique centrale. Joint par RFI, son secrétaire général, Tshivis Tshivuadi, dénonce un crime odieux: 

«Je voudrais d'abord avoir une pensée pleine d'émotion pour toutes les personnes et toutes les victimes de cette attaque barbare et lâche parmi lesquelles se trouvent évidemment des journalistes. Il n'y a aucun doute que Charlie Hebdo a été attaqué pour ce qu'il est, c'est-à-dire un journal qui dérange par les informations qu'il diffuse et par les critiques qu'il émet. Il s'agit là donc d'un crime odieux perpétré en plein Paris, c'est-à-dire dans un pays qui est considéré comme un modèle de démocratie, de liberté et de tolérance. Je pense que c'est le moment de devoir nous mobiliser contre cette intolérance ; contre cette attaque qui est aussi menée contre la démocratie et contre les valeurs fondamentales de liberté dans une société». 

Côte d'Ivoire: «C'est comme si on nous demandait de reculer de dix siècles en arrière»  

En Côte d'Ivoire, Antoine Tiemoko Assal, directeur général du bi-hebdomadaire «L'Eléphant Déchaîné, lui-même victime d'une tentative d'assassinat il y a quelques jours, condamne lui aussi ce qui s'est passé, mercredi 7 janvier matin, à Paris. 

Le P'tit railleur sénégalais bien résolu à rester «bête et méchant» 

Au Sénégal, au mensuel le P'tit railleur sénégalais, le seul journal satirique du pays, on se place dans la droite ligne du journal français "Canard Enchaîné" et l'on se veut «bête et méchant» comme à Charlie Hebdo. C'est Odia qui dessine les caricatures. Il se dit dévasté, surtout par la mort de son modèle, le dessinateur Cabu: 

«C'est quelqu'un qui m'a toujours subjugué par rapport à ses dessins, ses idées, son trait, son humour. C'est génial. Je rigole toujours de ses dessins. C'est quelqu'un de fabuleux, de fantastique. Je ne peux pas comprendre qu'il puisse partir comme ça, par la force des armes, à cause de ses idées. Tout le monde connait Cabu. Il a la plume alerte et la plume libre. C'est absolument triste pour moi. C'est terrible. Nous en sommes à un monde où on peut te buter pour rien du tout. Un dessin. Cela est devenu général, c'est-à-dire que maintenant, les gens s'accrochent à leur manière de voir le monde, à leur manière de penser leur religion au point que c'est devenu une question de vie ou de mort. C'est la cruauté humaine qui prend le dessus et qui, aujourd'hui, est en train de triompher et cela ne va pas se calmer». 

D'où l'importance de continuer pour Tiokk Baram, le rédacteur en chef, plus résolu que jamais à être «bête et méchant». 

Akwaback! 

Comme il l'avait souhaité de son vivant, le "double" d'Ahmadou Kourouma a vu ses restes rapatriés sur la terre de ses ancêtres, en Côte d'Ivoire, la nuit du mercredi 12 novembre 2014, en passant par le pavillon d'honneur de l'Aéroport international Félix-Houphouët-Boigny d'Abidjan-Port-Bouet. 

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Comme il l'avait souhaité de son vivant, le "double" d'Ahmadou Kourouma a vu ses restes rapatriés sur la terre de ses ancêtres, en Côte d'Ivoire, la nuit du mercredi 12 novembre 2014, en passant par le pavillon d'honneur de l'Aéroport international Félix-Houphouët-Boigny d'Abidjan-Port-Bouet. La dépouille mortelle du célèbre père de l'inclassable roman "Le soleil des indépendances" (1968), accompagnée par sa veuve Christiane-Angèle, leur quatre enfants, a été accueillie par sa famille biologique et Maurice Kouakou Bandaman, ainsi que d'autres personnalités.

Pour le ministre de la Culture et de la Francophonie, il était temps, 11 ans après sa disparition à Lyon, en France, où l'écrivain ivoirien avait été enterré en première intention, qu'Ahmadou Kourouma retrouve son pays. "Cet événement est à attribuer au chef de l'Etat, Alassane Ouattara. C'est lui qui m'a recommandé de faire rapatrier la dépouille mortelle de l'écrivain Ahmadou Kourouma. Et nous travaillons sur ce sujet depuis deux ans. Aujourd'hui, c'est chose faite. Au moment où le corps d'Ahmadou Kourouma revient en Côte d'Ivoire, sur sa terre natale, je voudrais, au nom du ministère de la Culture, au nom du gouvernement, m'incliner de façon pieuse devant sa dépouille pour lui dire toute la fierté que les Ivoiriens ont pour l'avoir eu comme écrivain. Le chef de l'Etat, la Côte d'Ivoire, a décidé de lui rendre hommage et nous le ferons dans la pure tradition républicaine", a déclaré Maurice Bandaman qui, dans la foulée, il a exprimé toutes ses condoléances à Christiane Kourouma, à ses enfants et à toute la famille.

Au dire du ministre de la Culture, "le chef de l'Etat et le gouvernement se tiennent à leurs cotés pour donner à Ahmadou Kourouma des obsèques dignes et des hommages liés au service qu'il rendu à la Côte d'Ivoire, tant dans ses fonctions de banquier, de financier que d'écrivain".

L'événement a été également salué par la veuve Christiane-Angèle Kourouma. "Il voulait qu'on l'enterre ici. C'était son souhait. Je suis tellement émue, heureuse qu'il revienne. La famille est très contente, nous sommes honorés et fiers. Pour nous, c'était un grand homme ; pour moi, c'était un mari extraordinaire".

Henri N'Koumo, directeur du livre et de la lecture au ministère de la Culture, a abondé dans le même sens. "Vous savez, avant son décès, Kourouma avait entamé la construction d'un caveau familial au cimetière de Williamsville. Et ce caveau, il entendait l'occuper. Le retour de ses restes est un moment un peu particulier, en ce sens que la Côte d'Ivoire retrouve l'un de ses écrivains les plus importants. Un écrivain qui était capable d'étirer les frontières de la Côte d'Ivoire parce que son seul nom était un symbole d'ouverture et d'affirmation de la Côte d'Ivoire à l'extérieur au même titre que celui du footballeur Didier Drogba.

Le fait que Kourouma soit là est également une occasion pour l'ensemble des acteurs du secteur du livre et pour la Côte d'Ivoire de revisiter sa production littéraire et de lui rendre homme dans le même temps", a-t-il dit.

"C'est le corps qui retourne à sa terre. Je pense que les textes d'Ahmadou Kourouma reviennent sur cette nécessité pour le défunt de retourner à la terre pour pouvoir se régénérer et devenir source de vie. Donc, pour moi, ce retour est une forme de renaissance. Maintenant, comme l'enseigne les traditions africaines, son corps va se libérer et il va devenir un pur esprit. Et le travail du deuil au niveau de la famille pourra ainsi s'achever. C'est cette dimension anthropologique qui me préoccupe". Propos de Pr Yacouba Konaté, président du comité d'organisation des obsèques de l'illustre disparu.

Une rue abidjanaise, ex-K 20, derrière le restaurant BMW des Deux-Plateaux, a été officiellement baptisée de son nom. Une veillée artistique, à 20 h, devrait être dédiée à Ahmadou Kourouma, à l'INSAAC, à Cocody.

Vendredi 14 novembre, à 10 h, a lieu sa levée du corps, à Ivosep de Treichville, suivie de l'hommage que lui a rendu la Nation, avant son inhumation, à 13 h, dans le caveau familial qu'il s'était fait bâtir, à Williamsville, à Abidjan-Adjamé.

Né en 1927 à Boundiali (nord ivoirien) et décédé le 11 décembre 2003 à Lyon, en France, l'écrivain ivoirien a été directeur de l'Institut international des assurances, à Yaoudé, au Cameroun, directeur général de CICARE, à Lomé, au Togo. Il avait également servi à la Cnps, à la Société générale de banque (Sgbci), en Côte d'Ivoire.

Ahmadou Kourouma laisse derrière lui, une veuve, quatre enfants et une œuvre d'une immensité incroyable.