Africulture - Africa Nouvelles

Grand mérite d'une grammaire!

Journaliste à la retraite, Laurent Botseke, féru et passionné de lingala - l'une des langues nationales au Congo - vient de publier un ouvrage sur la grammaire lingala.

altD'après l'auteur, "Mibeko Mya Kokoma Mpe Koloba Lingala" servira à vulgariser l'une des langues nationales du Congo et contribuera à sauvegarder sa richesse, vu que cette langue est en évolution constante dans les églises, les meetings, à la radio et à la télévision. C'est aussi une langue utilisée par les musiciens.

L'ouvrage de grammaire (14 chapitres), déjà en vente à la librairie des Dépêches de Brazzaville, intéresse les journalistes, les services des langues nationales et les traducteurs dans les églises. Il aidera les étudiants, les chanteurs, et tous les locuteurs du lingala.

«Dans une des chansons de Kabako Lambert par exemple, il y a un mot qui sonne mal parce que l'accent tonique était mal placé, ce qui change naturellement le sens de la phrase», explique un journaliste.

Laurent Botseke journaliste diplômé de l'école des journalistes de Pékin, a fréquenté l'école Saint-Vincent de Poto-Poto. Au cours de son parcours scolaire et universitaire, il a été encadré par des enseignants comme Guy Menga, Émile Oboa et Jean-Baptiste Taty Loutard. Admis à l'examen spécial d'entrée en faculté, Laurent Botseke y retrouve Jean-Marie Adoua, qui contribue à sa connaissance en linguistique.

Appelé à la radio pour prendre la relève d'Henri Pangui, cet enfant de Poto-Poto manie à la perfection le lingala. Il démarre alors à Radio Congo, une brillante carrière de présentateur des journaux parlés en lingala. Il a longtemps été chef de service lingala à la radio nationale. Il a, en outre, occupé plusieurs fois le poste d'attaché de presse à la présidence de la République.

Laurent Botseke fait partie de la chorale Les piroguiers, qui chanta en 1959 la messe de Noël à la cathédrale de Reims (France). La chorale profita de la tournée organisée par le magazine chrétien Le Pèlerin et la radio Europe 1 pour enregistrer un disque «La messe des piroguiers». Cet épisode de musique religieuse a éveillé chez lui la passion de la musique populaire et engagée, avec la composition de Mwassi ya bar, Tribalisme.

Par ailleurs, Laurent Botseke est auteur de la version lingala de la constitution de la République du 20 janvier 2002. Il a pris sa retraite en 2003 et s'occupe actuellement, en tant que consultant, de la formation en lingala des jeunes journalistes.

Le Congolais au quotidien!

«Panique à Kinshasa» est une bande dessinée de 32 pages couleurs, cartonnées. Elle parle du quotidien des Congolais d'ici et d'ailleurs dans une saga qui n'a d'égale que leur génie créatif.

altŒuvre du bédéiste congolais Asimba Bathy, le scénario, avec une bonne dose d'humour, est du même dessinateur.

«Je veux dire par là que j'ai joué au parfait homme-orchestre: scénario, dessin, couleurs, mise en page, maquette, etc. Donc, j'ai amené à l'imprimerie un produit prêt pour l'impression. Et aussi, je suis mon propre éditeur et distributeur» s'est-il confié, depuis Bruxelles( Belgique) où il se trouve, à la sortie de l'album le jeudi 23 janvier 2014.

Alors que la bande dessinée congolaise a vu le jour à l'époque coloniale et s'est développée aux premières années de l'indépendance de la RDC, elle donne encore l'air de patauger, bien que bien cotée à travers le monde.

«Nous avons fait plusieurs festivals internationaux tant en Occident que sur le continent, cela n'a jamais été démenti. Les questions qui nous reviennent souvent sont: à quand la production, puis à quand un festival? Voilà ce qui nous a décidés, finalement, à devenir éditeur de bande dessinée avec la ferme détermination d'aller loin, avec des produits de qualité», s'est-il réjoui.

En effet, c'est une grande première et une révolution dans le domaine national de la bande dessinée, sinon de l'édition du livre, parce que la carence des éditeurs du livre au Congo a toujours été décriée.

Asimba Bathy, coordonateur de l'association "Kin Label" a décidé de briser cette glace et de faire tomber le mythe, car assure-t-il, le produit qu'il va ramener à Kinshasa, est de très haute facture.

Quel sentiment t'anime à la sortie de cet album? «Le sentiment qui m'anime en ce moment est tout à fait légitime, celui de quelqu'un qui vient d'avoir son premier bébé? après un accouchement qui aura duré des années. J'ai évité la césarienne (rire). Pourquoi mon premier bébé, j'ai participé à plusieurs albums collectifs dont j'ai initié certains. Cette-fois, j'ai décidé de penser à moi. Parce que ce qui est vrai est que j'ai toujours joué le rôle de manager pour au moins 90% des dessinateurs congolais de bande dessinée, sans trop penser à moi».

Attendue à Kinshasa depuis octobre 2013, «Panique à Kinshasa» est finalement sortie à la fin de ce mois de janvier 2014. Cet amoureux du 9ème art justifie ce retard par un problème technique. A l'en croire, il devait d'abord le présenter en octobre passé au festival international d'Alger où il est allé, malheureusement, les mains vides. Cadeau qu'il tenait à s'offrir le jour de son propre anniversaire, avoue-t-il. Finalement, il avait demandé à son imprimeur de tout arrêter jusqu'à ce qu'il fasse le déplacement de la Belgique qui était en option.

«Et voilà, c'est vite fait et très bien fait. A mon retour à Kinshasa, je ramène ce travail que, je suis sûr, les congolais vont apprécier et aimer», promet-il.

Intrigue sans héros !

Dans «Panique à Kinshasa», le dessinateur Asimba Bathy a choisi un concept un peu différent, qui n'a pas besoin d'un personnage principal comme l'exige la tradition dans beaucoup de BD que nous lisons. L'histoire s'articule autour de plusieurs tableaux en liens forts pour garder une certaine cohérence. C'est un "one shot", c'est-à-dire une histoire en édition unique et qui n'appelle pas de suite. Là-dedans, les lecteurs vont découvrir Kinshasa comme on ne l'a jamais dessiné auparavant dans une bande dessinée. Cette BD qui présente Kinshasa dans sa belle robe architecturale et urbanistique peut servir aussi pour la promo du tourisme dans la ville, précise-t-il. Puis d'ajouter que le deuxième volume qui va suivre s'inscrit aussi dans le même concept. Le titre c'est: «Il y a bon vivre à Kinshasa».

Annonçant son retour au pays pour bientôt, cet apôtre d'Albert Uderzo s'est lancé un défi : atteindre un public large! «C'est un défi que je tiens à relever. Je ne me suis pas décidé à embrasser la carrière de l'éditeur, sans avoir au préalable étudié le marché. Cela m'a pris des années et j'ai aussi beaucoup appris de mes nombreux voyages à l'étranger. Je vais innover. Aussi, je compte sur les média pour un vrai travail de promotion».

Parcours

Asimba Bathy est né en 1956 à Watsa, dans l'Ituri, en Province Orientale. C'est en 1966 qu'il débarque à Kinshasa avec sa mère, ses frères et soeurs. Après l'obtention de son diplôme d'Etat en section scientifique, il entreprend en 1979 des études supérieures en publicité à l'Académie des Beaux-Arts. Pendant ce temps, il accumule divers brevets qui feront plus tard de lui un professionnel aguerri de la communication par voie de presse. Il soutient ou lance alors divers magazines et collabore à différents journaux de Kinshasa (As des AS, Salongo, L'Avenir, Le Journal, etc.). Il crée l'Organisation des artistes réunis (OAR) et les studios BED'ART, atelier de création en BD.

En 2007, il publie un nouveau magazine de BD, «Chaleur tropicale» et coordonne l'association BD KIN-Label. Cette structure a déjà publié 12 numéros de sa nouvelle revue «Kin-Label» avec des planches de Jason Kibiswa, Hissa Nsoli, Djemba Djeis Isumo, Charly Tchimpaka, Luba Ntolila, Abelle Bowala, Cap, Lepa Saye, Jules Baïsolé, Séraphin Kajimbwami, mais aussi Boyau, Ekunde, Mfumu'Eto, Asimba Bathy lui-même et de jeunes bédéistes... L'association BD Kin-Label est actuellement soutenue par Africalia et collabore en partenariat avec Africultures pour la création d'un portail sur le Net, «AfriBD», consacré entièrement à la promotion de la BD africaine.

A l'épreuve de la preuve? 

Fatou Bensouda , la procureur  de la CPI a été invitée à déposer, au plus tard  lundi 13 janvier 2014, les preuves supplémentaires dans son procès contre le président Laurent Gbagbo. L'ouvrage est édité chez l’Harmattan sous la coordination des Professeurs Raymond Koudou Kessié, Hubert Oulaye et Felix Tanoh et ayant pour titre «CPI - L’introuvable preuve contre Laurent Gbagbo». 

alt«Actore non probante, reus absolvitur»

(Si le demandeur ne fait pas sa preuve, le défendeur est libéré)

Cet ouvrage est une réflexion sur la Cour Pénale Internationale (CPI), après la décision d’ajournement pour insuffisance de preuves, rendue le 3 juin 2013 dans l’affaire «le Procureur c. Laurent Gbagbo» par la Chambre préliminaire 1.

Les auteurs, universitaires pour la plupart, de formations diverses, notamment en sciences, sciences juridiques, sociales et humaines, examinent cette décision, avec un esprit très critique. Largement en accord avec la Chambre sur l’insuffisance des preuves présentées par le Procureur, leur questionnement porte sur le maintien en détention du suspect, dans la mesure où une insuffisance de preuves doit, normalement, s’analyser au plan judiciaire, comme une absence de preuves.

Plus qu’un commentaire de la décision du 3 juin 2013 rendue par la Chambre préliminaire 1, cet ouvrage offre une excellente analyse des procédures et pratiques de la Cpi. Au-delà, dans un contexte marqué par la contestation ouverte de la juridiction pénale internationale par les pays africains, cet ouvrage donne l’occasion de s’interroger sur la place accordée à la politique dans la répression des crimes, et surtout son rôle, dans la stratégie des grandes puissances.

12 lustres illustres!

"La Saison au Congo" d'Aimé Césaire poursuit sa marche sur les podiums de France. L'œuvre a été, une fois de plus, présentée  le 19 novembre, à la Librairie-Galerie Congo à Paris.

altAu total, 3 des 38 artistes qui interprètent la pièce en ce moment du côté de Sceaux sont venus parler de cette création artistique. Une rencontre entre les acteurs majeurs de la création et le public permettant de découvrir l'œuvre dans son envergure pluridimensionnelle. Le metteur en scène, Christian Schiaretti, bien qu'absent à la soirée, est resté présent dans les discours comme celui qui a su réunir cet ensemble d'artistes. Trente-huit au total, en majorité originaires d'Afrique, représentant des compagnies diverses, dont le collectif des artistes du Burkina-Faso, Béneeré.

Moment de création théâtrale, de littérature et d'engagement, des lectures par les comédiens Paul Zoungrana, Safourata Kaboré et Marcel Mankita faisaient entendre les voix des personnages principaux: discours du roi des Belges, conversation Mobutu-Lumumba, Hélène Bijoux-Lumumba... Véritables mises en scène à partir des mots d'Aimé Césaire: Césaire le poète, Césaire le politicien... et Daniel Maximin scrutait l'homme dans toutes ses dimensions.

«Le théâtre concilie l'écrivain et l'homme politique qu'était Césaire. C'est son désir de partager avec le peuple, non pas un discours, mais une dimension artistique», évoquant ainsi l'homme venu accompagner les artistes. Lui-même, poète, romancier et essayiste qui vient de publier Aimé Césaire, frère volcan, paru en juin dernier, dans lequel il fait à voix libre et nue le récit de leurs échanges fervents durant plus de quarante ans entre Paris et leurs Antilles natales.

"Une saison au Congo", ce sont les 6 mois de l'ascension fulgurante de celui qui deviendra le héros de toute une nation: Émery-Patrice Lumumba. Une aventure qui part de la période d'avant l'indépendance à l'assassinat de l'ancien Premier ministre, traduisant la quête ambitieuse du pouvoir par Mobutu, l'un des principaux personnages de la pièce.

Parmi les personnes venues assister à la soirée, Gaylord, jeune femme originaire de Kinshasa, évoque une rencontre de grande nécessité. Un moment de rappel sur une histoire qu'elle essaie désormais de voir de plus près: «J'apprécie cette conscience citoyenne des artistes dans l'interprétation de ce moment sensible de notre histoire congolaise, au-delà de la dimension panafricaine qui peut lui être assignée».

L'histoire continue. "Une saison au Congo" continue sa marche. Après les Antilles et aujourd'hui Paris, c'est vers l'Afrique et le monde que les 38 et leur metteur en scène voudront désormais tourner les regards. Peut-être pour donner vie à ces mots d'un certain Patrice Lumumba: «Je sais que l'histoire dira son mot. Et ce ne sera pas l'histoire écrite à Bruxelles, Paris ou Washington. Ce sera celle des fils et filles d'Afrique, celle d'une nouvelle Afrique...».

Dans le cadre des festivités organisées en France et au Congo par l'association AGORA afin de célébrer les 60 ans de la littérature congolaise, la Librairie-Galerie Congo organise une rencontre, mardi 10 décembre, autour des pères fondateurs de la littérature congolaise. De Jean Malonga à Henri Lopes en passant par Sylvain Bemba ou Tchicaya U Tam'si, les différents intervenants reviendront sur les figures tutélaires de ce patrimoine littéraire exceptionnel qui fait la particularité du Congo en Afrique.

Il s'agit des écrivains Antoine Matha, Itoua Ndinga, Obambé Ngakosso et Virginie Mouanda et du critique littéraire Zacharie Acafou. La rencontre sera animée par Martin Lemotieu, universitaire et critique littéraire. Cette table ronde sera suivie d'une rencontre avec les artistes congolais Nzongo Soul et Soum Carol, animée par Armand Mandziono.

Elle livre un livre à vivre! 

Elle est devenue une star dans le monde entier, grâce à son rôle dans le film "Rebelle". Rachel Mwanza a sorti un livre explosif sur les violences sexuelles, un mal qui touche encore 20.000 enfants à Kinshasa.

altUn sujet qu’elle connait bien. Car la jeune actrice congolaise révèle dans son livre-témoignage poignant, cosigné avec Mbépongo Dédy Bilamba qui a pour titre «Survivre pour voir ce jour», qu’elle a elle même été confrontée à cette violence.

C’est la première fois qu’elle se livre autant.

Rachel Mwanza n’avait que 11 ans lorsque sa grand-mère la chassa de la maison, l’accusant d’être une «sorcière».

«À travers ma propre histoire, j’ai décidé de raconter dans un livre la vie des enfants des rues de Kinshasa. Parce que, trop souvent, les gens ne savent pas ce que c’est "vivre dans la rue’": des enfants de 6 ans, voire 3 ans, se font violer par de vieux messieurs, de vieux voyous»

Ce cauchemar, elle l’a vécue avec sa soeur. Impossible d’oublier, même si depuis la vie lui a apporté bien des bonheurs. «Un soir de pluie, alors que nous sommes adossées contre un mur en train de grelotter, un homme nous propose de nous héberger. Une fois arrivées chez lui, il nous a violées».

Elle évoque également un autre fléau qu’elle a aussi connu: ces jeunes filles contraintes de se prostituer: «Je surveillais les alentours pendant que mon amie était avec un homme. Je donnais l’alerte si la police débarquait».

Aujourd’hui Rachel Mwanza veut profiter de sa notoriété pour devenir la "porte-parole" et l’ambassadrice de ces enfants abusés. Pour que cela cesse.

Elle veut aussi prouver qu’il est possible de s’en sortir.  Son histoire, il est vrai, en est un bel exemple. Elle restera comme la première Africaine à avoir reçu l’ours d’argent de la meilleure actrice, à Berlin pour son rôle dans "Rebelle", du Québécois Kim Nguyen. Elle y interprète le rôle de Komona, une fillette enrôlée de force par une milice rebelle.

Rachel Mwanza a été abandonnée par ses parents, après leur divorce. «Lorsque mes parents ont divorcé, mon père est parti vivre dans une lointaine province du Congo. Puis, il y a eu de graves problèmes dans la famille et ma mère est partie en Angola».

Elle erre dans les rues de Kinshasa (République Démocratique du Congo). Elle a tout juste 10 ans et elle dort à la belle étoile comme des milliers de sans-abri de Kin-la-belle, ces enfants de rue que les kinois ont surnommé les  "chégué".

Rachel finit par être recueillie par sa grand-mère avec ses 6 frères et soeurs. Mais elle a dû mal à subvenir elle-même à leurs besoins. L’adolescente doit partir ou passer pas mal de temps dans des endroits pas toujours bien famés. Elle s’est retrouvée sous l’emprise d’un caïd. Elle travaillait pour lui, et en échange il lui offrait un refuge.

De passage à Kinshasa, Kim Nguyen, le réalisateur qui est à la recherche d’acteurs congolais pour son film "Rebelle", entend parler de Rachel.  La suite, il la raconte dans Jeune Afrique: «Elle avait été remarquée par des producteurs européens et avait déjà tourné dans un documentaire. Quand je l’ai vue, j’ai senti qu’elle avait du caractère, et, une fois sur le plateau, elle s’est révélée extraordinaire. C’était assez déconcertant de travailler avec elle, car elle n’avait pas besoin de répétitions, au contraire des acteurs canadiens qui ont toujours l’habitude de répéter avant de tourner. Elle, elle chantait, s’amusait, faisait des grimaces, et au moment où on disait «Action!», elle faisait preuve d’une concentration parfaite, sans préparation».

Ce film a permis à Rachel Mwanza d’avoir un peu d’argent et de retourner vivre chez sa grand-mère. Elle apprend à lire en français et va régulièrement à l’école. «C’est une sorte de miracle que j’aie été retenue pour ce rôle», reconnait Rachel Mwanza.

Son ours d’argent ne la quitte jamais. Mais son regard est aussi braqué sur Hollywood… Et sur les enfants maltraités des rues de Kinshasa. Car son combat est aussi là.

Ses films
2012 : Rebelle
2013 : Kinshasa Kids

(Voir la vidéo de son récit à Jeune Afrique: – Ici -)

Paix à son ame!

Décédé samedi dernier à l'âge de 62 ans, à son domicile de Limoges (France) où il vivait depuis 1999, l'écrivain et éditeur Moussa Konaté fut une grande figure du paysage intellectuel et littéraire du Mali.

altMoussa Konaté a codirigé avec Michel Le Bris pendant 10 ans le festival "Étonnants Voyageurs" de Bamako. Lauréat du prix Sony-Labou-Tansi 2005 pour le théâtre francophone, il était considéré comme le meilleur représentant de la littérature de son pays. Diplômé en lettres de l'École normale supérieure de Bamako, passionné de littérature depuis son enfance, Moussa Konaté abandonne la fonction publique pour se consacrer uniquement à l'écriture.

En 1981, il publie son premier roman, "Le Prix de l'âme". Il crée en 1997 les Éditions Le Figuier et devient le premier écrivain éditeur du Mali. Ses éditions sont tournées vers la littérature jeunesse dans le but de faire connaître le visage réel de l'Afrique aux lecteurs en herbe du monde entier. Le Figuier a publié des ouvrages dans 5 langues maliennes, dont le bambara, le peul et le soninké.

altMoussa Konaté fonde en 1990, à Bamako, la compagnie de théâtre qui lui vaut d'obtenir une résidence au Festival des francophonies de Limoges. Il quitte son pays pour la première fois à cette occasion, mais ne se trouve pas dépaysé: «Je savais tout de la France depuis l'école, par mes lectures et par les films». Il a conservé un lien très fort avec son pays, partageant son temps entre Limoges et Bamako.

L'auteur de «L'Assassin du Branconi et de «L'Honneur des Keita, premier et second volets des enquêtes du commissaire Habib, a publié plus d'une vingtaine d'ouvrages, entre autres: «L'Empreinte du renard», sous-titré "Meurtres en pays Dogon", «La Malédiction du Lamantin», «Le Prix de l'âme», «Un appel de nuit», «Une aube incertaine», «Fils du chaos», «L'Afrique noire est-elle maudite?»

Dans son dernier essai au titre provocateur, «L'Afrique noire est-elle maudite?», l'auteur interrogeait sans indulgence les maux de son continent. Il y rendait aussi hommage à la société malienne, tout en pointant l'importance de sa nécessaire évolution en dénonçant les lourdeurs imposées par la famille, qu'il nommait «le pacte social».

Moussa Konaté s'est illustré comme une voix importante du combat contre la dictature de Moussa Traoré dans des livres comme Mali, ils ont assassiné l'espoir. Il se désolait parfois d'être au milieu des écrivains de son pays l'arbre qui cache la forêt, son nom faisait de lui un ambassadeur de la littérature malienne, au détriment, disait-il, de ses compatriotes vivant au pays. Il était, depuis 1985, au cœur des efforts de développement du village de Sanankoroba, au sud du Mali.

Né en 1951 à Kita, Moussa Konaté était marié et laisse deux enfants.

Paix à son ame!

Le poète égyptien, Ahmed Fouad Najm, s'est éteint à l'âge de 84 ans, à son domicile au Caire. Il a succombé à une grave et longue maladie. Il était connu pour ses poèmes révolutionnaires et ses critiques virulentes contre les présidents égyptiens, notamment Gamal Abdel Nasser, Anouar al-Sadate et Hosni Moubarak, ainsi que certains leaders politiques. Ce qui lui a valu de nombreuses années d'emprisonnement.

altEn tout, il aura passé 18 années de sa vie derrière les barreaux. C'est la guerre des Six jours en 1967 qui aura fait connaître ses poèmes à travers le monde arabe. Sa collaboration au générique du célèbre film «Al Ard» (La terre), de l'Egyptien Youssef Chahine, lui conférera plus d'allant.

 

«Elève tes châteaux»

Tu peux élever tes palais sur nos champs

avec notre labeur et le travail de nos mains,

tu peux installer tes tripots près des usines

et des prisons à la place des jardins,

tu peux lâcher tes chiens dans les rues

et refermer sur nous tes prisons,

tu peux nous voler notre sommeil

nous avons dormi trop longtemps,

tu peux nous accabler de douleurs

nous avons été au bout de la souffrance.

A présent nous savons qui cause nos blessures,

nous nous sommes reconnus et nous sommes rassemblés,

ouvriers, paysans et étudiants ;

notre heure a sonné et nous nous sommes engagés

sur un chemin sans retour.

La victoire est à la portée de nos mains,

la victoire point à l'horizon de nos yeux.

En voilà un poème, «Elève tes châteaux», qui résume toute la créativité, le talent, le sens artistique et la virulence des textes de Ahmed Foued Najm, le poète égyptien qui nous a quittés dans la matinée du mardi 3 décembre. Un poème qui résonne encore dans les têtes des démunis, des opprimés et des assoiffés de liberté et de démocratie.

Ahmed Foued Najm est connu pour ses textes engagés et ses poèmes révolutionnaires, surtout après la guerre des Six Jours en 1967. Engagé et révolutionnaire, Najm a été, tout au long de sa carrière, une épine dans la gorge des dictateurs. Sa virulence et sa ténacité à critiquer les pouvoirs successifs en Egypte lui ont valu 18 ans de prison. Mais même les barreaux n'ont pas eu raison de son talent et n'ont pas pu l'empêcher d'écrire pour les pauvres, lui qui a été désigné en 2007 par les Nations unies en tant qu'«Ambassadeur des pauvres». Une distinction qui rend hommage à ce farouche défenseur des plus démunis.

Tenace et résistant, Ahmed Foued Najm a continué son combat au nom des pauvres malgré son âge avancé.

En 2012, et alors qu'il avait 83 ans, Najm a été accusé par la justice égyptienne d'atteinte à l'islam, lors d'une intervention télévisée. Il a également été accusé d'avoir tenté de détourner les soldats égyptiens des commandements du maréchal Tantaoui, suite à ses critiques incessantes à l'égard du régime militaire. C'est dire à quel point ce poète est resté fidèle à ses principes et à son art engagé. Certains ne peuvent pas être achetés, heureusement!

Ahmed Foued Najm a constitué un tandem incroyable avec son ami Cheikh Imam. Leur musique a fait le tour du monde et est devenue un symbole pour tous les opprimés, surtout dans le monde arabe.

Ce ne sont pas uniquement les artistes qui ont perdu un collègue et un maître en la matière, ce sont également les étudiants, les agriculteurs et les travailleurs qui ont perdu leur voix si pure et si virulente. Ses textes resteront à jamais des slogans et des symboles pour les pauvres et les assoiffés de liberté. Paix à son âme!

Né en 1929, Ahmed Fouad Najm est l'un des plus grands poètes populaires d'Egypte et l'un des noms les plus illustres du « zajal » arabe. A sa sortie de prison dans les années 80, Najm sera accueilli par l'Algérie où il vécut de nombreuses années aux côtés de son compagnon de lutte, le chanteur Cheikh Imam, avant la disparition de ce dernier en 1995.

En 2007, il a été nommé « Ambassadeur des pauvres », par les Nations unies. Pendant la révolution de 2011, ses poèmes ont été déclamés sur l'emblématique place Tahrir par les jeunes révolutionnaires. Il a aussi contribué à la création des deux partis d'opposition El Ahrar et Eddoustour.

Meher KACEM