RACISME A L'ECOLE: Lettre de l'élève sénégalaise de Pisa au journal Repubblica - Africa Nouvelles

ITALIE

"10....putes" raciales? 

Réponse de l'élève sénégalaise victime de lettres racistes, dans une lettre envoyée au quotidien national "La Repubblica".

 

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Une élève sénégalaise, inscrite en 1ère année à l'Institut Technique de Pisa, fut victime de lettres anonymes racistes de la part d'un ou plus compagnons pas encore identifiés. Les lettres ont commencé peu après la publication des bulletins de notes, certains camarades n'ayant pas digéré les belles notes de l'excellente élève noire: «Une nègre ne peut pas prendre 10», écrivit la main anonyme.

Elles étaient totalement ignorantes et lourdes de haine, ces phrases écrites par quelqu'un qui les avait ensuite enfilées dans l'agenda de la jeune africaine, allant même jusqu'à déchirer ses livres et ses cahiers, tout en spécifiant dans les honteux écrits délirants: «Comment vas-tu étudier sans livre?".

Le père de l'élève avait porté plainte à la police, allant en même temps parler avec les compagnons de classe de sa fille. Mais comme rapporta le quotidien "Il Tirreno", aucun d'entre eux ne s'était gêné.

La principale de l'établissement scolaire avait publiquement présenté, au nom de tous, des excuses à l'élève et à sa famille, et s'était engagée, ensemble avec la police et les enseignants de l'école, à trouver les auteurs de ce honteux acte. 

La réponse aux insultes dans une lettre a "Répubblica" 

"Cher Directeur,

Je suis la jeune fille de Pisa qui a reçu les lettres racistes. Aujourd'hui, je suis retournée à l'école, après avoir sauté un jour de classe, parce que je suis convaincue qu'il faut aller de l'avant. En restant à la maison, j'aurais donné satisfaction à ces gens qui m'ont ciblée et je ne veux pas le faire. C'est ainsi donc que je suis allée en classe normalement et mes camarades ont été très gentils.

Mais je me sens très offensée par ce qui est arrivé. Quand tout cela sera fini et les responsables identifiés, je veux les fixer droit dans les yeux pour leur dire à quel point je suis désolée que ce soit un de mes camarades de classe qui ait fait tout cela. Je ne m'y attendais pas, mais suis également consciente d'être meilleure qu'eux intérieurement. Je suis désolée qu'on ne leur ait pas enseigné que la chose la plus importante est en nous et non en dehors. Les professeurs les ont, à plusieurs reprises, invités à se manifester, mais qui a écrit ces lettres n'a pas arrêté de le faire, et maintenant je ne les pardonne pas.

Même s'ils venaient me trouver aujourd'hui pour tout avouer et s'excuser, ce serait vraiment trop tard. Une chose est d'écrire une lettre ou deux, une autre, c'est d'en faire 6 et aller même jusqu'à déchirer les livres et les cahiers d'un camarade de classe. Et de surcroit, la veille d'un devoir. J'aurais pu le bâcler. En classe, il y a des hypocrites, tous me disent qu'ils sont avec moi, de mon côté, mais de toute évidence, il y en a qui mentent. Quand, samedi dernier, mon père est venu à l'école et a parlé avec les autres élèves, ils l'ont tous applaudi chacun d'eux, comme si de rien n'était. Il a dit que je suis leur sœur, que nous sommes tous égaux, que s'il taillait un bras et celui d'un d'eux, c'est du sang qui coule. Il a dit qu'en 2015, ces choses ne devraient pas arriver et qu'il les suppliait d'arrêter. J'aime étudier toutes les matières et le droit en particulier. Je l'ai découvert seulement en Septembre et ça m'a tout de suite enthousiasmée parce que ça parle des règles de base de la vie et parce que c'est la matière la plus importante pour atteindre mon objectif, faire l'avocat. Le mérite va peut-être à l'enseignante qui explique d'une manière qui implique et pousse à étudier. Et j'ai en effet été bouleversée parce que, dans certaines lettres, elle a, elle aussi, été ciblée, mettant en doute sa professionnalité.

En général, je vais bien dans toutes les matières, sauf peut-être celles scientifiques comme les maths. Depuis mon enfance, j'aimais le métier de l'avocat et maintenant que je l'ai commencé à étudier le droit, l'idée de cette profession me passionne encore plus, et c'est aussi grâce à cette enseignante. Je sais, il est peu probable que je devienne vraiment avocat, mais actuellement, c'est ça mon rêve.  est présent. Mes camarades de classe le savent et nous nous aidons souvent mutuellement dans l'étude. Pour un certain temps, j'ai fait faire à tous les photocopies de mes notes du cours, mais quand j'ai arrêté parce que je bossais pratiquement pour les autres, il y a évidemment quelqu'un qui s'est fâché.

Mais ce qui est en train de m'arriver n'a pas seulement à voir avec l'école. Sinon d'autres bons compagnons auraient été offensés pour leurs notes. Il y en a plein qui ont 8 et plus. Ici, il y a aussi le racisme envers moi. J'ai 14 ans et je vis à Pisa depuis 2008 et je n'ai jamais été victime de tels incidents, ni moi ni ma famille. Le racisme existe et en Italie aussi. D'habitude quand on en parle, personne n'est en faveur, mais à la fin, on découvre toujours des gens qui se comportent comme des racistes.

Ici, à Pisa, ça vit bien, j'ai toujours été bien avec les gens. C'est un endroit agréable, et c'est désormais le seul que je connais parce que je ne suis plus retournée au Sénégal, et je ne me  souviens pas des lieux, mais uniquement des personnes, des amis et des parents. Malheureusement, il y a toujours des stupides dans le groupe, et il ne faut pas condamner tout le monde, une école ou même une ville entière, par leur faute. Mais c' est juste que ces personnes assument leurs responsabilités et soient punies. Elles doivent être moins lâches, si elles ont quelque chose contre moi, elles doivent venir me le dire en face.

Beaucoup de gens m'expriment, ces jours-ci, leur solidarité avec moi et je les en remercie parce que je sais qu'ils sont tous de mon côté. La seule solidarité que je ne voudrais pas avoir à présent, c'est celle qu'ils sont en train de m'exprimer les auteurs des lettres, dans l'espoir de ne pas être découverts. Ces gens-là ont ruiné l'atmosphère dans la classe. Mais ils n'auront pas gain de cause, ils ne m'obligeront pas à me tanner à la maison. J'irai encore à l'école et j'étudierai encore plus qu'avant. Et je continuerai à me sentir à la fois sénégalaise et italienne".

(Tout mot serait vain, impossible de commenter les actes dictés par l'ignorance qui, malheureusement, appartient de plus en plus aux plus jeunes générations).