Religion - Africa Nouvelles

Arrêter la provocation!

Samedi 24 janvier, place de l'Obélisque à Dakar. Dès les premières heures de l'après-midi, l'endroit est pris d'assaut par des manifestants venus répondre à l'appel de la Plateforme africaine pour le développement et les droits humains (Pladh). La sonorisation diffuse des versets coraniques, portés par des décibels. Les forces de l'ordre veillent au grain. La consommation de café et de boissons bien rafraichissantes donne du tonus à des manifestants venus défendre le Sceau des Messagers. Son écharpe parlementaire en bandoulière, Mamadou Lamine Diallo du mouvement «Tekki» dit vouloir proposer un projet de loi à l'Assemblée nationale pour protéger la religion. 

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Les fidèles sont blessés dans leur foi par les caricatures de Charlie Hebdo. Chacun y va de son inspiration fertile : «J'aime Mouhamed (Psl)»; «Je respire Mouhamed (Psl)»; «Je ne suis pas Charlie, je suis musulman», lit-on sur des pancartes, tableaux, prospectus ou tee-shirts à la couleur blanche, synonyme d'innocence. «Le Prophète n'a pas de portrait», martèle Mame, un fidèle. 

Le préposé au micro central commence par la sourate «Fatiha», enchaîne par la «Salatoul Fatita» avant de passer le témoin à Seyda Bineta Thiam. Le lead vocal de «Firqatoul Ahmadiya» chante la gloire du Prophète (Psl). Mme Thiam entonne la même chanson qu'avaient entonné les habitants de Médinatoul Almounawara: «Tala'a Al Badrou». Le public répond. L'assistance réclame plus. Elle cède et psalmodie un 2ème morceau: «Kayfa Tarqa» d'une voix de rossignol. 

Arrêter la provocation 

Le sermon du prédicateur Alioune Sall est sans équivoque. Emmitouflé dans une djellaba, Oustaz d'avertir: «Que de tels actes ne se répètent plus, il faut dire aux instigateurs d'arrêter». Autrement dit, il faut «arrêter la provocation». Pour le célèbre prêcheur, Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, Seydi hadji Malick Sy, entre autres érudits, ont dressé le portrait parfait du digne Messager d'Allah. «Un homme comme le Prophète ne va plus apparaître sur terre», dit-il, citant Serigne Touba, avant de renchérir: «Si le Prophète (Psl) n'était pas envoyé dans ce monde ici-bas, les hommes allaient s'éterniser dans des ténèbres», paraphrasant ainsi le Maodo de Tivaouane. Oustaz Alioune Sall d'affirmer: «Nous devons avoir la même détermination que Cheikh Omar Foutiyou Tall disparu à Bandiagara, Seydi Hadji Malick qui était toujours à la quête de la cité favorable à l'implantation et à la propagation de l'Islam, mais aussi Serigne Touba déporté au Gabon». 

Comme Outaz Sall, Cheikh Alassane Sène, jeune chef religieux, prend la parole. Il gagne aussi à l'applaudimètre après avoir revisité la sourate «An-Najm» pour parler du comportement «exceptionnel» du Prophète (Psl), qui a «un grade qui ne sera plus attribué» et qui est «le meilleur d'entre nous». Pour ce chef religieux, «la lumière exaltée du Prophète renseigne sur son degré de perfection qu'aucun n'être ne peut imiter encore moins représenter». L'assistance était acquise. «Parle! Parle! Parle!», disent les fidèles. 

Ce rassemblement contre Charlie Hebdo a vu aussi la participation aussi du chef supérieur de la collectivité lébou. Abdoulaye Makhtar Diop, d'un ton grave, déclare : « Il faut dire à la France d'arrêter. J'en arrive à la responsabilité de la France. Si la francophobie se développe aujourd'hui, c'est à cause de la France. Jamais autant d'exemplaires de Charlie Hebdo (7 millions) n'avaient été achetés en France. La vérité est qu'ils ont acheté ce numéro pour se moquer de nous ».

Un drapeau français brûlé!

Pressenti pour être le plus grand rassemblement (au Sénégal) contre les attaques du Prophète Mohamad (Psl) par le journal satirique français, ce sont quelques milliers qui ont répondu présent à l'appel de la Plateforme africaine pour le développement et les droits humains (Pladh), le samedi 24 janvier, à la place de l'Obélisque (Dakar). Y ont pris part des autorités administratives, religieuses et coutumières, entre autres. En marge de ce rassemblement un drapeau français a été brulé.

altLe dernier numéro de la parution du journal satirique français "Charlie Hebdo" caricaturant le prophète Mohamad (Psl) tiré à plus de 3 millions d'exemplaires, continue de susciter colère et indignation auprès du monde musulman et des hommes épris de justice et de paix à travers le monde. Et de ceux là, les musulmans du Sénégal en général, de Dakar en particulier ne sont pas en reste. Le samedi 24 janvier dernier, ils étaient encore nombreux à répondre à l'appel de la Plateforme africaine pour le développement et les droits humains (Pladh).

Ce rassemblement tenu à la place de l'Obélisque a vu la participation des autorités administratives, religieuses et coutumière. Les slogans étaient unanimes, samedi après-midi à la place de l'Obélisque à Dakar: «Je ne suis pas Charlie, J'aime le prophète», «Je respire Mohamad», «Liberté d'expression n'est pas synonyme d'insulte», «ça suffit maintenant, Charlie hebdo», «Touche pas à mon prophète», «Je suis musulman, Je suis Mouhamed Coulibaly, merci les frères Kouassi», pouvait-on lire sur les pancartes.

Dans la délégation conduite par le Premier ministre, Mahamed Boun Abdallah Dionne, il y avait, entre autres, Augustin Tine, ministre des forces Armées à ces côtés, Mor Ngom, Awa Gueye, premier vice-président de l'Assemblée national, Seydou Gueye... Du côté des religieux, on note, entre autres, Oustaz Alioune Sall, l'un des animateurs de ce rassemblement, Imam Abdoulaye Diène suppléant directe de l'imam ratib de la grande mosquée de Dakar.

Abdoulaye Mactar Diop, Grand-Serigne de Dakar était de la partie. Dans son allocution, il a accusé directement les hommes politiques français, en mal de popularité et surtout de conviction religieuse, d'attiser le feu au péril de la stabilité mondiale. Et cela, fera-t-il remarquer, «est tout simplement inacceptable. A ces athées, oui l'Islam est une religion de paix, mais à condition que celle-ci ne soit pas bafouée. Vous nous avez attaqué par le verbe, nous vous répondrons coup par coup par le verbe». Toutefois, il a invité ces coreligionnaires à faire la part des choses. A ces yeux, «les catholiques ne sont ni de près ni de loin impliqués ou concernés par cette désinvolture des hommes sans foi ni loi français, qui ne vivent que par des tensions, des troubles, des guerres».

Oustaz Alioune Sall, prêcheur à Sud Fm, tout comme, Abdoulaye Diène, représentant de l'imam ratib de Dakar déclarent: «Dans le journal, il est clairement écrit un journal irresponsable. A partir de ce moment comment peut-on prendre en compte les écrits de ce journal, alors que nous sommes pleinement responsables. Nous avons une foi, une religion, un Prophète (PSL). Ils caricaturent quelqu'un qui n'a pas d'image, qu'ils n'ont jamais vu, entendu. Et ils prétendent le connaitre au point de lui donner une image. Nous sommes des hommes instruits, nous allions raison et foi. Par conséquent nous savons qui nous sommes, d'où est-ce que nous venons et où nous irons». Mieux, feront-ils remarquer, «il nous faut le leur montrer par notre vécu quotidien, que nous sommes des hommes de foi, de religion, de lumière, de paix... ». A ce rassemblement, étaient présent entre autres politiques de l'opposition Mamadou Lamine Diallo (Tekki), Mamadou Diop de croix (AJ/PADES), Djibo Leyte Ka (URD), Pape Diop (CD/BG).

En marge de ce rassemblement un drapeau français a été brulé.

La satire, ça tire mais ça  attire... des pépins!

Le calme est revenu dans la capitale nigérienne dans le milieu de l'après-midi, après les violentes manifestations contre le journal satirique Charlie Hebdo. Une vingtaine de lieux de cultes chrétiens ont été brûlés. Le ministère des Affaires étrangères français a condamné dans la soirée le recours à la violence. 

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Le calme est revenu dans le centre-ville de Niamey, autour de la grande mosquée, d'où sont parties les violentes manifestations. Sur certains carrefours, des jeunes en colère sont toujours visibles, pierres et gourdins à la main, prêts à en découdre avec les forces de l'ordre, qui ont perdu déjà deux véhicules complètement brûlés.

La chasse aux églises s'est poursuivie durant une bonne partie de la journée. Beaucoup d'entre elles, notamment l'église Saint-Augustin de Niamey, en périphérie, sont parties en fumée. Au total, une vingtaine de lieux de cultes et églises chrétiens ont été incendiés. Sur la cinquantaine d'églises à Niamey, très peu sont aujourd'hui en bon état. Quant à la principale cathédrale de Niamey, elle a été très tôt sécurisée par les forces de sécurité et les prêtres évacués en lieu sûr, selon des sources proches de l'église.

Les dégâts les plus importants ont été occasionnés par des groupes de jeunes à moto, transportant des cocktails Molotov, jetés ensuite dans les églises, dans les bars, restaurants et hôtels.

Au même moment, des appels au calme ont été lancés par le Premier ministre en mission dans cette ville frondeuse. Il était accompagné de grands chefs religieux musulmans du Niger. A la télévision publique, une vingtaine d'oulémas a également appelé à retenir l'expression de violences.

« N'oubliez pas que l'islam est contre la violence. J'appelle hommes et femmes, garçons et filles, à se calmer. Les actions de destruction ne sont pas cautionnées en islam », a ainsi exhorté le prédicateur Yaou Sonna.

Un appel qui semble être entendu au vu du calme qui semble être revenu dans toutes les régions du pays. Le président de la République Mahamadou Issoufou doit s'adresser à la nation dans les toutes prochaines heures.

Mais...?

Au moins 19 personnes ont péri samedi 10 janvier, lorsqu'une bombe fixée sur une fillette d'une dizaine d'années a explosé dans un marché de Maiduguri, grande ville du Nord-Est du Nigeria, à l'heure où le marché grouillait de monde.

altAu moins 19 personnes ont péri samedi 10 janvier, lorsqu'une bombe fixée sur une fillette d'une dizaine d'années a explosé dans un marché de Maiduguri, grande ville du Nord-Est du Nigeria, à l'heure où le marché grouillait de monde. Cet attentat porte la sinistre marque de fabrique de Boko Haram. Fin 2014, ce même marché avait déjà essuyé deux attaques meurtrières commises par des femmes portant des explosifs. Fin novembre, on avait recensé 45 morts, puis 10, le 1er décembre. Depuis 6 ans que dure son combat pour imposer un Etat islamique rigoriste au Nigeria, le groupe islamiste Boko Haram a multiplié le recours à des femmes et des jeunes filles pour commettre des attentats. Selon certains analystes, Boko Haram procède ainsi, parce que ces femmes ou jeunes filles ont beaucoup plus de facilité à passer les contrôles de police.

Face à la chevauchée diabolique de Boko Haram qui a atteint le summum de la bêtise humaine, à travers l'utilisation d'une petite fille de 10 ans pour porter une bombe, le président nigérian, qui devait prendre toutes les mesures nécessaires pour répondre à la menace Boko Haram, semble avoir baissé les bras. En effet, Goodluck Jonathan a, depuis longtemps, abdiqué face à un phénomène qui s'amplifie d'année en année. Ainsi donc, il vient de donner la preuve, à travers cet autre attentat, qu'il ne se préoccupe guère du sort de sa population.

En menant ce genre d'attaque dans un marché qui regroupe aussi bien des musulmans que des chrétiens, la secte islamiste a montré à quel point elle manque de cohérence. Et puis, en quoi ce marché peut-il être une émanation du «Satan occidental»? C'est le lieu d'interpeller la population nigériane sur la nécessité de prendre son destin en main, en entamant une grande marche de mobilisation à l'effet de contraindre son président à rendre le tablier. D'autant que le président camerounais, Paul Biya, aura eu plus de mérite que Goodluck Jonathan. Lui dont l'armée ne cesse d'affronter la nébuleuse Boko Haram sur le terrain, vient de lancer un appel à la mobilisation de la communauté internationale pour venir à bout de la secte.

Au regard de la situation qui prévaut au Nigeria, faut-il imputer l'échec de la lutte contre Boko Haram à ce seul pays? Assurément, non. La communauté internationale dans son ensemble, devra aussi faire preuve de fermeté face à cette escalade sanglante contre la population civile du Nigeria. Si rien n'est fait, la liste des victimes risque encore de s'allonger. A l'approche de la présidentielle, il faut encore craindre des vagues d'attentats à la bombe, les combattants de Boko Haram ne montrant aucun respect pour la vie humaine.

Boko Haram-là, vraiment....?

Alors que le Tchad a déployé ses militaires dans le nord du Cameroun pour lutter contre Boko Haram (des soldats qui sont arrivés samedi), le groupe armé nigérian ne semble pas impressionné. Dimanche 18 janvier, il s'en est pris à 3 localités camerounaises.

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Alors que le Tchad a déployé ses militaires dans le nord du Cameroun pour lutter contre Boko Haram (des soldats qui sont arrivés samedi), le groupe armé nigérian ne semble pas impressionné. Dimanche 18 janvier, il s'en est pris à 3 localités camerounaises. source policière à Maroua, la capitale régionale de l'Extrême nord, confirme ces attaques. Il s'agit notamment de l'enlèvement de 80 personnes: des hommes, des femmes et des enfants. Tous habitaient les villages Maki et Maba dans l'arrondissement de Mokolo, dans le Mayo-Tsanaga. Ces localités ont été toutes les deux complètement détruites et trois personnes ont été retrouvées mortes.

C'est la plus grande prise d'otages, en territoire camerounais, attribuée à Boko Haram depuis le déclenchement du conflit. Ces localités sont proches de la frontière avec le Nigéria et sont surveillées par les forces de défense camerounaises.

Les forces tchadiennes, entrées samedi en fin d'après-midi, en territoire camerounais sont pour l'heure stationnées 200 à 300 kilomètres plus au nord par rapport au lieu où ces enlèvements se sont produits. 

Cette attaque de Boko Haram intervient dans le nord du Cameroun tandis que dans la ville de Potiskum, la capitale économique de l'Etat de Yobe, dans le nord-est du Nigeria, un kamikaze a fait exploser son véhicule. Le bilan provisoire fait état de 4 morts et près d'une cinquantaine de blessés.

Pour le moment, cette attaque n'a pas été revendiquée. Mais, la localité est souvent prise pour cible par le groupe islamiste.

Un projet de loi mal perçu par les acteurs?

Le Sénégal veut moderniser l'enseignement et le fonctionnement des «daaras» (écoles coraniques). Dans son rapport de présentation du projet de loi fixant les conditions d'ouverture et de contrôle des «daaras», Sérigne Mbaye Thiam, ministre de l'Education nationale, partant du constat d'une «absence d'un cadre d'harmonisation et de coordination de multiples actions spontanées, menées de manière éparse, sans situation de référence et dans des conditions d'apprentissage souvent précaires», a émis la nécessité de changer leur mode de fonctionnement.

altLe ministre de l'Education nationale a également relevé «une absence de formation pédagogique initiale et continue des maîtres coraniques, une absence de programmes et de médium d'enseignement harmonisés, des insuffisances dans la planification et la gestion des activités pédagogiques, mais aussi le manque de fonctionnalité de leurs locaux, respectant rarement les normes d'hygiène et de salubrité».

C'est bien dans le souci de pallier ces insuffisances, que l'Etat a estimé «nécessaire», à la suite de l'adoption du projet de loi portant statut du daara (qui est source de polémique), «de mettre en place un dispositif règlementaire régissant les conditions d'ouverture et de contrôle des daaras afin de disposer d'un cadre formel et organisé, d'uniformiser les démarches et d'assurer aux apprenants de meilleures conditions d'études pour des enseignements-apprentissages de qualité».

Statut du daara et scolarité

Dans les dispositions générales, au chapitre premier du projet de la loi portant «statut» du daara, il est stipulé: est «daara», toute institution islamique qui scolarise des apprenants âgés de 5 à 18 ans pour la mémorisation du Coran et l'éducation religieuse. A l'article 2, il est précisé que «la scolarité dure huit ans et se déroule en trois étapes: une première étape de trois ans consacrée à la mémorisation du Coran, une deuxième étape de deux ans, alliant mémorisation du Coran et programme des classes de Cours d'Initiation (Ci), de Cours préparatoire (Cp) et de Cours élémentaire-première année (CE1), et une troisième étape de trois ans réservée au programme des classes de cours élémentaire-deuxième année (CE2), et de Cours moyen-première année (CM1) et de Cours moyen-deuxième année (CM2)».

Ouverture et fonctionnement du daara

Au chapitre 2 dudit projet de loi, il est déclaré à l'article 3 que «l'ouverture de tout daara doit être précédée du dépôt auprès de l'administration compétente, d'un dossier de déclaration préalable dont la composition est fixée par décret». Il est également signalé que «le daara peut fonctionner dès l'accomplissement de cette formalité dont la preuve est apportée par la production d'un récépissé de dépôt de déclaration». Le chapitre 4 apporte des clarifications sur la prérogative du daara de librement «recruter son personnel de direction et son personnel enseignant». Toutefois, «les conditions et les titres exigibles pour servir dans les daaras sont fixés par décret», relève le texte. A l'article 5 dispose que «le daara doit respecter les programmes officiels dont les contenus sont fixés par décret».

De l'appui et des subventions des daaras

Le chapitre 3 traite de la question des appuis, subventions et primes accordées aux daaras. L'article 7 mentionne que «le daara autorisé par l'Etat peut bénéficier d'un appui matériel, de cantines scolaires et de tout autre avantage nécessaire à son fonctionnement dans la limite des crédits inscrits à cet effet dans le budget du ministère chargé de l'Education. Les modalités d'attribution de l'appui sont fixées par arrêté du ministre chargé de l'Education».

Mais aussi, structuré et innovant qu'il puisse être, le projet est décrié par certains acteurs qui le dégagent en touche. Certains représentants des daaras rejettent en bloc ledit projet de loi.

Mouhamed Lamine Fall, un des acteurs du collectif des maitres coraniques détracteurs du texte, a laissé entendre que la loi ne passera pas. «Je peux vous assurer que cette loi ne passera pas. Nous avons l'aval des chefs religieux car vous avez entendu la déclaration de Touba et de Thiénaba. Nous sommes sous leur tutelle. Nous sommes leurs bras sur le terrain. C'est pourquoi lorsque l'Etat avait commencé sa tournée nous avions laissé faire pour savoir quelle sera la position des chefs religieux», a-t-il laissé entendre, fustigant, par la même occasion, la position des Ongs sénégalaises. «A chaque fois, elles dramatisent les situations sociales pour pouvoir tirer le maximum possible de financements de l'extérieur. Comme les daaras sont censés être des regroupements vulnérables alors, elles tirent sur ça pour avoir le maximum de profits de ceux qui les financent à partir de l'extérieur. Nous savons que les Ongs tirent à chaque fois sur la sonnette d'alarme pour s'alimenter. Nous avons l'impression que ce projet de loi est un texte qui est conçu par les Ongs. Nous pouvons prendre tout en charge mais nous avons besoin de partenaires. L'Etat doit être un partenaire, il ne doit pas se positionner comme quelqu'un qui donne des ordres». M. Fall, qui tient à rappeler que «les daaras sont des structures privées qui n'appartiennent pas à l'Etat», a soutenu qu'ils ne sont «pas prêts à céder les daaras à l'Etat dont le système éducatif a échoué».

Pour lui, étant donné qu'ils ont constaté par eux-mêmes, l'échec du système scolaire du primaire jusqu'à l'université, ils ne vont jamais leur confier leurs enfants. «C'est l'échec total. Et ils veulent que nous leur confiions ce que nous avons de plus cher. Or, les structures qui produisent les hommes les plus célèbres de ce pays sont les daaras. Leur système est en faillite, par conséquent nous ne leur confierons jamais nos enfants. C'est impossible», a-t-il conclu.

Projet d'Appui à la Modernisation des Daaras (Pamod)

Un programme cher au chef de l'Etat

Avec ses 7 chapitres subdivisés en 19 articles, le projet de loi est inscrit dans la politique éducative du président de la République, Macky Sall. Au cours de la cérémonie de lancement du projet d'appui à la modernisation, le chef de l'Etat avait déclaré en novembre 2013 que «le projet novateur d'appui à la modernisation des daaras (Pamod)... est une réponse concertée et efficace à la problématique de l'éducation à travers la promotion des daaras. Ce projet, d'une durée de cinq ans et d'un coût de 20 millions USD (10 milliards CFA), est une initiative de l'Etat du Sénégal, fortement soutenue et financée par la Banque islamique de développement (BID), avec une importante contrepartie du gouvernement».

Le président de la République, annonçant à l'occasion que «le projet de loi portant statut du daara et les projets de décret d'application sont déjà élaborés et introduits dans le circuit d'adoption», s'était déjà félicité du «processus inclusif et participatif qui a permis d'aboutir au consensus de tous les acteurs, avec l'implication remarquable des familles religieuses, des maîtres coraniques et de leurs associations».

Macky Sall a relevé, par la même, que «le gouvernement accorde un grand intérêt au succès du projet précurseur d'appui à la modernisation des daaras». Pour le président de la République, «l'innovation pédagogique de taille que représente l'organisation, pour la première fois au Sénégal, d'un Baccalauréat arabe, ainsi que la réalisation prochaine du projet d'Université arabo-islamique, s'inscrivent dans la perspective de modernisation de notre système d'éducation, d'apprentissage et de formation professionnelle».

Non au terrorisme religieux! 

Le groupe terroriste Boko Haram aurait rasé 16 villes et villages dans le Nord Est du Nigeria, laissant 2000 morts derrière lui. 

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Le groupe terroriste Boko Haram aurait rasé 16 villes et villages dans le Nord Est du Nigeria, laissant 2000 morts derrière lui. L’attaque s’est déroulée le 7 Janvier 2014. Les extrémistes ont brûlé villes et villages, dont Baga, carrefour commercial des rives du lac Tchad. Le même jour, le chef de Boko Haram a menacé, via une vidéo postée sur Youtube, le président du Cameroun Paul Biya de traiter son pays de manière aussi violente que le Nigéria. 

Rappelons que le groupe Djihadiste n’en est pas à son coup d’essai. Il a, en effet, égorgé 48 vendeurs de poisson en Novembre dernier, enlevé 40 garçons à Malari et 233 lycéennes à Chibok en Mai 2014.

Il y a quelques jours, Boko Haram avait aussi pris le contrôle d'une base militaire et de plusieurs localités voisines dans l'extrême nord-est du Nigeria, le long des rives du lac Tchad, forçant les habitants à fuir au Tchad voisin.

Les combattants de Boko Haram ont mené un raid sur les villages de pêcheurs de Kuayen Kuros, Mile 3, Mile 4, Doron-Baga et Bundaram et la ville de Baga, provoquant la fuite de centaines d'habitants par bateaux et pirogues sur le lac, en direction du Tchad voisin, selon des témoins interrogés dimanche par l'AFP.

Près de Baga, les islamistes se sont emparés d'une importante base militaire après plusieurs heures de combats, d'après plusieurs habitants. Cette base de la Force multinationale (MNJTF) est située à l'entrée de Baga, ville à 180 km au nord-est de Maiduguri, la capitale régionale de l'État de Borno. Elle a été créée dans le cadre d'une coordination régionale de la lutte contre Boko Haram.

Les combattants islamistes «ont submergé les troupes et les ont forcées à abandonner la base», a déclaré par téléphone à l'AFP Usman Dansubdu, un habitant de Baga en fuite à Gubuwa, au Tchad.

«La force multinationale est composée de militaires du Nigeria, du Niger et du Tchad», a précisé pour sa part le général Olajide Laleyevoisins.

 

Interrogé par l'AFP, le sénateur du nord-Borno, Maina Ma'aji Lawan, a confirmé le raid: «les combattants de Boko Haram ont lancé des attaques dans la région de Baga hier, détruisant six villes et plusieurs campements, forçant leurs habitants à fuir au Tchad.»

 

«Ils sont venus en quantité incroyable et ont pris le dessus sur les troupes multinationales ainsi que les groupes locaux d'auto-défense», a ajouté le sénateur.

 

Le bilan exact de ces violences n'est pas encore connu. Pendant le raid qui a duré près de sept heures, plusieurs personnes ont été tuées, des commerces et des centaines d'habitations brûlés, selon Lawan Ajukalumbu, un habitant de Doron-Baga réfugié au Tchad.

 

«Nous cherchons désormais refuge dans les villages tchadiens de Gubuwa, Kangallam et Kaiga», près de la frontière avec le Nigeria, qui traverse d'est en ouest le lac Tchad, a expliqué M. Dansubdu.

 

Abubakar Gamandi, le patron du syndicat des pêcheurs de l'État de Borno et résident de Baga, affirme qu'il a reçu plusieurs appels téléphoniques de ses membres l'informant qu'ils avaient fui au Tchad voisin pour échapper à ces attaques.

 

Samedi soir, des membres présumés de Boko Haram ont aussi lancé un raid sur la ville de Babban Gida, à 50 kilomètres de Damaturu, la capitale de l'État de Yobe. Des habitants affirment qu'ils y ont rasé plusieurs bâtiments. Selon eux, après avoir maîtrisé les soldats à l'issue d'un échange de tirs, les combattants de Boko Haram ont brûlé un pensionnat abandonné, un bâtiment administratif et détruit la base militaire.

 

Boko Haram avait déjà commis en novembre un massacre dans le village de Doron-Baga, égorgeant 48 vendeurs de poisson. Au cours d'une autre attaque au mois d'avril 2013, 187 personnes avaient été tuées et plus de 2000 maisons brûlées par les islamistes, également dans la zone de Baga.

 

L'insurrection de Boko Haram et sa répression par les forces de l'ordre ont fait plus de 13 000 morts et 1,5 millions de déplacés en cinq ans dans le nord du Nigeria majoritairement musulman.

 

Les islamistes, qui lancent de meurtrières attaques quasi-quotidiennes dans le nord-est du pays, se sont emparés ces derniers mois de plus d'une vingtaine de localités dans l'État de Borno, proclamant un «califat» dans les zones sous son contrôle. Maiduguri, capitale de l'État de Borno et important carrefour régional où s'est réfugiée une grande partie de la population de la région, est aujourd'hui presque encerclée et pourrait tomber aux mains de Boko Haram, selon les autorités locales.

 

Le groupe a également mené plusieurs enlèvements à grande échelle, face à une armée nigériane sous le feu des critiques, qui s'est montrée jusqu'à présent incapable d'endiguer cet inexorable montée en puissance.

 

Les insurgés tiennent la quasi-totalité des localités frontalières avec la province de l'Extrême-Nord au Cameroun voisin, où ils n'hésitent plus désormais à mener des raids d'envergure contre l'armée, et non plus simplement des opérations de ravitaillement ou de recrutement.

 

De l'autre côté du lac Tchad, le Niger accueille des milliers de réfugiés nigérians et a considérablement renforcé son dispositif militaire, craignant d'être à son tour la cible des raids meurtriers de Boko Haram.