Special Can - Africa Nouvelles

François Zahoui (sélectionneur de la Côte d’Ivoire)

«On s'attendait à un match très, très difficile. On a souffert au niveau des nerfs. Nos deux poteaux et nos occasions gâchées les ont mis en confiance. Il fallait gérer les moments difficiles. Heureusement, on a marqué avant la mi-temps, mais dans l'ensemble mes joueurs ont géré le match avec calme et patience. Le Mali n'était pas là par hasard. J'ai été surpris par leur calme et la manière dont ils ont posé le jeu. Mais heureusement notre défense est très mature et solide depuis le début de la compétition. Après les échecs passés, on savait que tant qu'on ne prendrait pas de buts, on pouvait faire la différence devant. Ce projet est resté en place jusqu'au bout. (A propos de la Zambie, l'adversaire de la Côte d'Ivoire en finale) C'est une équipe jeune, très joueuse qui pratique un bon football. Ils vont de l'avant et posent problèmes à ceux qu'ils croisent. Cela va se jouer à des détails mais ça va être une belle finale. Après le crash de 1993, ils ont su reconstruire et repartir avec patience. On les respecte. Mais nous aussi, avec les événements en Côte d'Ivoire, on a à coeur de ramener le trophée. Le pays est derrière nous. Il y a beaucoup de prières et d'attente autour de cette équipe».

 

Troisième finale de son histoire après celle victorieuse de 1992 et celle malheureuse de 2006.

La Cote d'Ivoire a aligné sa 5ème victoire d’affilée dans cette 28e édition et n’a toujours pas encaissé de but. Il lui reste pour décrocher le titre tant convoité depuis 2006 à gagner contre la Zambie qui s’était débarrassée juste avant du Ghana sur le même score d’un but à zéro.

 

Les Eléphants n’ont marqué qu’un seul but aux Maliens. Mais quel but. Les deux équipes sont presque sur le chemin des vestiaires. Il reste une vingtaine de secondes avant que l’arbitre ne siffle la mi-temps. Sur le côté gauche du terrain, Gervinho résiste à une charge d’Ousmane Berthé, décolle comme une fusée à Cap Kennedy, file le long de la touche en contrôlant du pied gauche, il se présente dans la surface, angle fermé, place le ballon sur son pied droit, ajuste son angle de tir et met le balon exactement où il faut. Soumaïla Diakité ne peut rien faire.

Gervinho signe ce qui sera le ballon de la victoire sans le savoir. Car de buts, il n’y en aura pas d’autre. Mais à l’inverse de la première demi-finale, la seconde disputée à Libreville en la présence du Chef de l’Etat gabonais mais également du « Roi » Pelé fut une bataille formidable entre deux équpes qui se sont livrées à fond.

Le Mali qui est écarté de la finale, la tête très haute, a été remarquable, solide, puissante et a menacé à deux ou trois reprises la défense de Copa Barry, une frappe de Diabaté (12e) une montée à deux Diabaté encore et Yatabaré (20e) plus quelques alertes sur des corners avec une équipe qui comprend plusieurs joueurs de haute stature. Les Aigles ont cédé devant une très grosse machine qui a confirmé qu’elle était la meilleure équipe du tournoi.

La Côte d’Ivoire a trouvé cette année une vraie organisation avec trois attaquants, trois milieux. Didier Drogba qui allait souvent chercher des ballons dans sa propre moitié de terrain joue devant en chasseur de buts qu’il est? Gervinho à gauche, et Kalou à droite sont chargés de l’alimenter en ballons et peuvent à tout moments le suppléer car ils savent aussi marquer des buts.

Et puis Yaya Touré a confirmé son titre de « Joueur Africain de l’année 2011 ». Sa puissance en fait un des moteurs de l’équipe. C’est un diesel qui est aussi capable de mettre le turbo.

La défense qui constituait un peu l’inquiétude avant le tournoi s’est montrée solide. Jamais peut-être la Côte d’Ivoire n’était apparue aussi mature que cette année. Il ressort de son jeu une sorte de force tranquille. Pendant tout le tournoi, elle a vécu dans son coin, ne pensant qu’au destin qu’elle s’était dessiné.

Les Eléphants seront tout naturellement les favoris de la finale, ce qui ne retire rien aux Zambiens qui s’en sont sortis à bon compte face aux Ghanéens.

Quant aux Maliens, ils ont étonné par leur densité physique et leur bonne organisation. On ne les pensait pas aussi bons. Ils ont démontré qu’ils avaient parfaitement leur place en demi-finale, ce qui peut atténuer la déception des Gabonais, leur victime des quarts de finale. Les Aigles disputeront la troisième place aux Black Stars. Une fois deuxièmes, deux fois quatrièmes, ils n’ont encore jamais remporté le bronze. C’est un vrai challenge pour le match de classement du 11 février.

 

Et Asamoah Gyan rate encore un penalty!

La Zambie l’a fait. Elle a battu à Bata le Ghana par 1 but à 0 assurant pour la troisième fois de l’histoire sa place en finale de la Coupe d’Afrique des Nations, après celles perdues de 1974 et de 1994.

 

Et si Asamoah Gyan n’avait pas raté son penalty ou putôt si Kennedy Mweene, le gardien, n’était pas parti du bon côté, le gauche. Et si, et si, et si… avec des si bien des résultats auraient été changés dans la grande histoire du football mondial. 7ème minute de jeu, un défenseur zambien bloque le pied de Kwadwo Asamoah dans la surface. L’arbitre n’a pas un moment d’hésitation, il est sur l’action, et siffle un penalty. Gyan s’élance, un tir sans puissance. Kennedy détourne en corner.

Au cours des dix premières minutes, les deux équipes se sont jaugées, chacune désirant prendre l’initiative. Mais très rapidement le milieu de terrain ghanéen s’approprie totalement le jeu, créant de bonnes opportunités à de multiples reprises mais, les attaques trop brouillonnes, les passes mal ajustées, les centres aériens difficiles à rabaisser vers le but car trop hauts, la mauvaise coordination entre hommes de pointe ont mis les Black Stars de faire la différence. Sans oublier une défense zambienne valeureuse où Kennedy Mweene, souvent en alerte maximum a toujours eu la ressource, de la main, les deux poings levés ou encore par des arrêts à ras de terre a su éviter le pire.

Les Ghanéens étaient à neuf ou dix dans la moitié de terrain zambienne et les Zambiens étaient souvent onze chez eux ayant bien du mal à desserrer l’étau. Ces derniers auront toutefois eu quelques contres, leur vraie spécialité comme à la 32e minute quand Katongo se retrouvera seul face à un Kwarasey qui n’avait rien eu à faire jusque là et manquera l’occasion la plus nette de la première période.

Le jeu continuera identique, tout le long de la rencontre avec des Ghanéens dans l’incapacité de valider sur le tableau d’affichage leur supériorité. Terrible impression d’impuissance. Mensah, blessé, sortira à la 72e minute puis Gyan une minute plus tard.

Les deux poids lourds de l’équipe étaient à bout. L’équipe avait perdu sa capacité d’aller chercher le but qui aurait récompensé logiquement sa supériorité. Et à l’entrée des dix dernières minutes, Emmanuel Mayuka en possession du ballon dans la surface ghanéenne, pivota d’un quart de tour face au but et inscrivit une but, son but, celui de la qualification pour la finale.

Le favori ghanéen était brusquement destitué, renvoyé à la petit finale. Une sorte de monde à l’envers. Les Zambiens peuvent être heureux, mais quel incroyable gâchis de la part de John Mensah et de ses coéquipiers. Ils ne feront même pas aussi bien qu’il y a deux ans en Angola lorsqu’ils n’avaient cédé qu’en finale face à l’Egypte. Trente ans après, il leur faudra attendre encore au moins une année supplémentaire avant d’espérer retrouver une couronne qui n’a cessé de se détourner d’eux depuis 1982.

Les Zambiens, souvent en grande difficulté dans cette demi-finale, n’ont pourtant ni paniqué, ni cédé. 1974 et 1994 furent des finales perdues. L’histoire ne ressert jamais, dit-on les mêmes plats. Rendez-vous le 12 février pour Hervé Renard et sa troupe. On n’a pas fini d’entendre parler des Chipolopolo Boys.

Après le Gabon, tout est bon!

Au lendemain d’un match à long suspens contre le Gabon, le Mali encore étonné d’être arrivé en demi-finale alors qu’il n’y pensait pas en débarquant au Gabon se prend maintenant à rêver à l’ultime rendez-vous du dimanche 12 février.

L’équipe a pansé ses bobos, essayé d’effacer ses douleurs physiques, un tel match laisse toujours des traces. Ne pas être favori contre la Côte d’Ivoire n‘est pas pour lui déplaire. Dans ces conditions, c’est la sérénité parmi les acteurs de la rencontre à venir.


Seydou Keita (milieu de terrain)

«Avant la compétition, on ne parlait que de la Côte d’Ivoire, du Ghana et du Sénégal. Vous comprenez pourquoi le Mali n’a rien à perdre.

On a fait le nécessaire pour sortir du groupe. On est allé chercher notre victoire en quart dans la difficulté. Ce qu’on a fait est extraordinaire.

L’équipe est très jeune. Elle est très soudée. Elle est forte. Ce n’est pas la peine d’évoquer le passé, nos défaites plus nombreuses que nos victoires devant la Côte d’Ivoire. L’important, c’est le présent. On est déjà dans notre demi-finale de mercredi.

Mali – Côte d’Ivoire, c’est un duel attendu par des millions de supporters des deux pays. C’est un immense derby de l’Ouest, le genre de rencontre qui ne laisse personne indifférent.

Mais, entendez-moi bien, on ne sait pas qui va gagner… !»

Samba Sow (milieu de terrain)

«Gamin, je rêvais de jouer des matches contre la Côte d’Ivoire. Toutes ces rencontres étaient de grands moments. Aujourd’hui mon rêve est devenu réalité.

On ne va pas se poser de questions. On va joueur pour gagner comme nous l’avons fait depuis le début.

C’est drôle, avant le Mali avait de grand noms et pas d’équipe, aujourd’hui ce serait plutôt le contraire même si tout le monde connaît Seydou. En fait la star, c’est l’équipe. J’espère qu’on va le démontrer une fois encore».

 

Cédric Kanté (défenseur central et capitaine)

«La Côte d’Ivoire pour nous, c’est l’assurance d’un match particulier comme tout Malien ou Ivoirien aimerait en jouer. On a fini notre quart un peu sur les rotules.

Je pense qu’il est important de ne pas gamberger, de ne pas jouer notre match avant. Ce serait la plus mauvaise des stratégies.

Les anciens comme moi doivent dire à leurs jeunes camarades de ne pas trembler devant la notoriété de leurs adversaires du jour. Si on ne fait pas d’erreurs, si on leur tient la dragée haute, pourquoi ne pas réussir ce qui serait vécu comme un exploit, un haut fait dans l’histoire du football malien.

Vous savez, en quart contre le Gabon, personne ne voulait perdre. On a fait preuve d’un très solide mental. Et le mental contre la Côte d’Ivoire ce sera très important, peut-être déterminant».

 

Alain Giresse (sélectionneur du Gabon)

«Il ne faut pas ignorer qui on va avoir en face de nous. Il va falloir contrarier leurs qualités, en tout cas, essayer de le faire.

L’équipe nationale, c’est très particulier. Ce que mes joueurs ont réalisé c’est la première fois qu’ils l’ont réalisé par le maillot dans ce type de compétition a un goût à nul autre pareil.

Il y aura sur le terrain une motivation terrible. Le quart c’était la cerise sur le gâteau après avoir franchi le premier tour qui était un objectif raisonnable.

Là c’est encore autre chose. La Côte d’Ivoire, un pays frontalier, une rivalité de toujours, en un mot un immense derby qui va remuer les foules et un appétit d’ogre chez mes joueurs. Parce qu’en face y’a du monde. Huit buts en quatre matches, zéro but encaissé.

A ce stade vous ne tombez jamais sur une équipe faible mais celle-là est forte. Attention, forte ne veut pas dire imbattable».

 

 

 

Christopher Katongo (capitaine et attaquant de la Zambie)

"En tant que capitaine, je vis mon meilleur moment avec l'équipe nationale.

On s'est dit que c'était notre coupe. Nous n'avons jamais douté. Même si notre deuxième mi-temps n'était pas si bonne, on a eu une occasion, et à la fin on a marqué le but qu'il nous fallait.

Le souvenir de 1993 reste dans notre esprit. A chaque match dans notre stade de l'Indépendance, tout le monde se souvient de cette équipe.

Les larmes viendront aux supporteurs quand ils regarderont la finale, ça leur ira droit au coeur.

Il fait faire tout notre possible pour ramener cette coupe."

 

 

 

Le pronostic a donc été respecté!

Les Ivoiriens int battu les Aigles maliens sur le score d'un but à 0! Ils continuent donc ainsi leur parcours sans faute: 5 victoires sur 5|

 

A la 45ème minute, Gervinho ouvre le score pour la Cote d'Ivoire! Alerté au niveau de la ligne médiane, l'ancien Lillois élimine Berthe au bénéfice de son bon contrôle. Il poursuit en solo balle au pied jusqu'à la surface malienne où il se positionne et ouvre son pied droit pour mystifier Diakité!

Le Mali jouera la petite finale pour la 3ème et 4ème place, le samedi 11 février.

La finale se jouera le dimanche 12 février entre la Cote d'Ivoire et la Zambie.

 


 

 

"Yes we CAN!" ( mais sans  bou...can).

A la veille de la demi-finale contre le Mali, les Ivoiriens tenaient tous à peu près le même discours, celui de la solidarité, de l’humilité, du respect de l’adversaire. Celui d’une équipe qui sait où elle veut aller mais qui s’interdit toute forme d’arrogance.

 

Siaka Tiéné (milieu de terrain de la Côte d’Ivoire)

«Ce ne sera sûrement pas un match facile. Les deux équipes vont arriver sur le terrain avec la même envie de gagner. Jusqu’à présent nous avons respecté la feuille de route mais, à chaque match, nous savons que nos adversaires disputent une véritable finale. Nous nous sommes venus pour prendre le trophée et le rapporter à la maison comme l’avaient fait les anciens à Dakar. Nous avons les talents pour faire la différence, notre force de frappe de devant, Drogba, Gervinho, nous avons Yaya Touré, Zokora Maestro. L’état d’esprit de l’équipe a changé par rapport aux éditions précédentes où nous n’avions pas gagné alors que nous en avions les moyens. L’équipe n’est plus l’addition d’individualités mais un groupe de 23 joueurs. Et l’entraîneur François Zahoui y est pour beaucoup».

 

Didier Zokora

(milieu de terrain de la Côte d’Ivoire)

«J’aimerais bien prendre ma retraite internationale sur une victoire à la CAN. Nous sommes quelques-uns à y avoir pensé, Didier, Kolo, Tiéné. Moi, cela fait 10 ans que je joue avec les Eléphants. Ce serait un beau final pour les joueurs, pour tout l’encadrement, pour les dirigeants et, plus que tout, pour le pays. Il en a besoin. Mais nous savons que pour atteindre l’objectif que nous nous sommes fixés, il nous en faudra six. La cinquième sera la plus difficile. C’est un derby face à une équipe qui nous a plutôt bien réussie dans le passé. Il faut se méfier car ils n’ont rien à perdre».